Nétanyahou mitonne son cinquième gouvernement (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Le premier ministre, qui s’apprête à battre un record de longévité, n’en reste pas moins menacé par plusieurs enquêtes judiciaires.

Le gouvernement «Bibi V» est en route. Le président Reuven Rivlin a chargé mercredi Benyamin Nétanyahou de former une nouvelle équipe ministérielle à l’issue des législatives du 14 avril. Sorti vainqueur sur le fil de son duel avec Benny Gantz, l’ex-chef d’état-major des armées, mais surtout seul à même de pouvoir composer une coalition avec le soutien de 65 députés sur 120 à la Knesset, sera premier ministre pour un cinquième mandat, un exploit sans précédent en Israël.

Le leader du Likoud va s’entourer de personnalités issues de l’ultradroite et des partis ultraorthodoxes. Les négociations s’annoncent âpres avec l’un de ses partenaires, Avigdor Lieberman, l’ex-ministre de la Défense à l’origine de la crise qui a mené aux élections anticipées. Le patron d’Israël Beiteinou réclame une loi obligeant les ultraorthodoxes des écoles talmudiques à se plier aux obligations du service militaire. Une revendication jugée inacceptable par les partis religieux. Ces derniers représentent 10% des Israéliens mais sont en position de faiseurs de roi grâce au scrutin à la proportionnelle, qui favorise le vote communautaire.

Rompu à l’art des marchandages, Benyamin Nétanyahou en a vu d’autres. Deux dossiers délicats l’attendent s’il parvient à démêler cet écheveau: son avenir politique menacé par des affaires judiciaires et celui de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967 dont il a promis l’annexion partielle. Il est prêt dans les deux cas à s’engager, comme à son habitude, dans des guerres d’usure et un travail de sape pour parvenir à ses fins.

«Plan mort-né»

Mis en cause dans trois dossiers de corruption présumée, le premier ministre qui clame son innocence joue la montre. Le procureur général d’Israël, Avichaï Mandelblit, devrait l’entendre à la fin de l’été, et ce n’est qu’après la présentation des arguments de la défense que son inculpation devrait lui être signifiée. La loi israélienne ne l’oblige pas à démissionner et, fort d’une légitimité populaire renouvelée, il prévoit d’exercer ses fonctions jusqu’à la fin du feuilleton judiciaire. Sauf accident de parcours, le procès et les appels pourraient prolonger les procédures pendant des années.

Ses soutiens évoquent également l’idée de faire voter une loi dite «française» lui octroyant une immunité sur le modèle qui accorde en France une irresponsabilité civile et pénale au chef de l’État pour les actes accomplis en cette qualité. Ou, plus modestement, de lui offrir une immunité parlementaire.

Quant à la question d’une annexion de la Cisjordanie, elle ne sera pas posée avant la divulgation du «plan de paix» américain pour le Proche-Orient. Maintes fois annoncé, le «deal du siècle» vanté par Donald Trump a été repoussé en raison des élections israéliennes. Il vient cette fois d’être reporté pour cause de ramadan, à en croire l’un de ses concepteurs, Jared Kushner, gendre du président américain. Le document d’une cinquantaine de pages promettrait aux Palestiniens une meilleure intégration économique, mais sans leur garantir un État souverain. Israël maintiendrait son contrôle sur des territoires palestiniens «autonomes». La solution à deux États avec Jérusalem pour capitale est pourtant un préalable pour une entrée des Palestiniens à la table de futures négociations. Pour le nouveau premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, le plan est déjà «mort-né».