Nétanyahou met en scène un rendez-vous diplomatique sans précédent (Marc Henry – Le Figaro)

Lors d’un sommet inédit à Jérusalem, réunissant les conseillers à la sécurité national américain, isralien et russe, Netanyaou a entériné la présence russe en Syrie, avec, dans la balance, l’éviction à terme des milices pro-iraniennes du pays.

Bouter l’Iran hors de Syrie ; tel est l’objectif stratégique prioritaire que Benyamin Nétanyahou s’est fixé. Pour y parvenir, le premier ministre israélien estime avoir franchi mardi une étape importante. Il est en effet parvenu à organiser à Jérusalem un «sommet historique» d’une troïka composée des conseillers à la Sécurité nationale américain, John Bolton, russe, Nikolay Patrushev, et israélien, Meir Ben-Shabbat. Devant cet aréopage réuni pour la première fois, il a clairement annoncé la couleur.

«Le but général est que toutes les forces étrangères déployées en Syrie depuis 2011 quittent ce pays, ce qui serait bon à la fois pour la Russie, pour Israël, mais aussi pour la Syrie»

Benyamin Nétanyahou

«Le but général est que toutes les forces étrangères déployées en Syrie depuis 2011 (date du début de la guerre civile) quittent ce pays, ce qui serait bon à la fois pour la Russie, pour Israël, mais aussi pour la Syrie», a expliqué Benyamin Nétanyahou. Détail important, ce retrait ne concernerait pas la Russie implantée militairement en Syrie depuis des décennies. Autrement dit, Israël accepte, bon gré mal gré, la pérennité de la présence militaire de Moscou en Syrie, tout en étant prêt à reconnaître implicitement le régime de Bachar el-Assad, allié à la Russie.

Mais pour Benyamin Nétanyahou, il n’est pas question que l’Iran et ses alliés, tels le Hezbollah libanais ou des milices chiites pro-iraniennes actives en Syrie, y prennent pied et contrôlent des bases susceptibles de servir à des tirs de missiles ou à l’infiltration de commandos en territoire israélien. Face à cette menace qui l’obsède autant que le programme nucléaire de Téhéran, Israël a jusqu’à présent utilisé la manière forte. «Nous avons attaqué des centaines de fois», a rappelé son premier ministre.

L’État hébreu a effectivement lancé ces dernières années de multiples raids aériens en Syrie, sans toujours les revendiquer. Parmi les cibles attaquées figurent notamment des convois d’armes iraniennes destinées, au Hezbollah, ou directement des bases iraniennes. Plus d’une quinzaine de «conseillers» militaires iraniens auraient été tués durant ces attaques. Pour éviter des confrontations dans l’espace aérien syrien entre des appareils russes et israéliens, Benyamin Nétanyahou et Vladimir Poutine ont établi, lors de multiples rencontres ces deux dernières années, des «arrangements», aux termes desquels, grâce à un «téléphone rouge», les militaires israéliens sont censés prévenir à temps leurs homologues russes des raids sur le point d’être menés, afin d’éviter des affrontements entre les deux aviations.

Ces précautions ont jusqu’à présent prouvé leur efficacité, sauf à une occasion en septembre dernier, lorsque la défense anti-aérienne syrienne a abattu par erreur un «avion de reconnaissance» russe, alors qu’elle visait des appareils israéliens qui participaient à une attaque. Quinze militaires russes à bord de cet avion de type Iliouchine II avaient été tués. Le ministère russe de la Défense avait vivement protesté, mais Vladimir Poutine avait refusé d’en faire un casus belli. Cet «accident de parcours» n’a d’ailleurs pas dissuadé Israël de poursuivre ses opérations en Syrie ces derniers mois.

En privé, les responsables israéliens sont persuadés que le temps joue en leur faveur: à un moment ou un autre la Russie évincera l’Iran de Syrie pour assurer sa sphère d’influence et se débarrasser d’un sérieux concurrent. En attendant que ce scénario devienne réalité, Moscou refuse de lâcher ouvertement Téhéran.

Nikolay Patrushev a ainsi rappelé que la Russie et l’Iran continuent à être alliés pour combattre un ennemi commun en Syrie – le «terrorisme» islamiste -, et que cette mission n’est pas encore achevée. Tout en dénonçant «l’agressivité» de la politique israélienne en Syrie, il s’est bien gardé d’adresser un ultimatum en exigeant, par exemple, un gel total des opérations militaires israéliennes contre l’Iran en Syrie. Bref des admonestations, de la diplomatie, mais pas de menace: une manière pour Vladimir Poutine de garder plusieurs fers au feu.