Nétanyahou joue sa survie dans les urnes (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Le Likoud, parti du premier ministre sortant accusé de corruption, est donné à égalité avec une formation centriste aux législatives de mardi.

Benyamin Nétanyahou est le dos au mur. Le premier ministre doit à tout prix parvenir à obtenir une majorité pour former une coalition à la Knesset, le Parlement israélien, à l’issue des élections législatives de mardi et celle-ci n’est pas acquise. Le scrutin va se jouer, comme le précédent d’avril, sur le fil. Les sondages, qui se sont souvent trompés par le passé, ont montré ces derniers jours une légère poussée des courants de la droite conservatrice et des religieux. Mais la coalition au pouvoir ne parviendrait pas à atteindre le seuil des 61 sièges sur 120 nécessaires pour former un gouvernement.

Dans ce climat d’incertitude celui qui est surnommé le «magicien», mais dont les tours souffrent d’un phénomène d’usure, joue la dramatisation. Il brandit l’épouvantail d’une victoire du centre gauche allié, selon lui, à la communauté arabe du pays et agite la menace du chaos. Benyamin Nétanyahou exerce les fonctions de chef du gouvernement depuis dix ans. Son exceptionnelle longévité politique lui a valu de battre en juillet le record de temps passé au pouvoir détenu par David Ben Gourion, le fondateur de l’État hébreu. Son règne est marqué par une prospérité économique et, aux yeux du public israélien, par une certaine stabilité sécuritaire, en dépit de la tension permanente qui domine dans la région.

Le scrutin a valeur de référendum car il a été provoqué par l’incapacité du premier ministre à trouver assez d’alliés après les législatives du printemps. Il aurait pu passer la main mais il s’y est refusé. La campagne électorale s’est d’abord enfoncée dans la torpeur de l’été avant de se réveiller dans la dernière ligne droite. Benyamin Nétanyahou, patron du Likoud, a multiplié les coups politiques. Il a joué sur les effets d’annonce. Un commentateur du quotidien de gauche Haaretz l’a comparé au lapin Duracell avec sa clé dans le dos face à son rival Benny Gantz, le leader de l’opposition, chef du parti Bleu et Blanc. Cet ex-chef d’état-major de l’armée serait dans le rôle du «lapin pris dans les phares d’une voiture sur une autoroute». Ses interventions ont été en demi-teinte avec la disparition de l’effet de nouveauté provoqué par son entrée surprise sur la scène politique au début de l’année. Il continue à se présenter comme un homme à poigne quand il s’agit de défendre les intérêts d’Israël, mais ouvert sur les questions de société. Le Likoud et Bleu et Blanc sont quasiment à égalité dans les projections de vote.

Benyamin Nétanyahou déclare vouloir annexer les parties de la Cisjordanie occupée où sont installés des colons israéliens, mais peu d’heures après son discours, il a dû quitter la tribune d’un meeting près de Gaza, à la suite d’un tir de roquette palestinien, sans réaction énergique de sa part.

Liens étroits avec Trump

Il revendique sa crédibilité internationale. Il vient d’être reçu à Moscou par Vladimir Poutine et se vante de ses liens étroits avec Donald Trump. Le déplacement en Russie visait à convaincre l’électorat russophone israélien mais ce dernier n’est pas homogène. Il est représenté par Avigdor Lieberman, un politicien madré d’origine moldave, ancien allié du premier ministre dont il veut désormais la peau. Le soutien du président américain est ferme mais à géométrie variable. Donald Trump a affirmé samedi avoir discuté avec Benyamin Nétanyahou d’un possible traité de défense mutuelle entre les États-Unis et Israël. Un cadeau moins spectaculaire que celui de la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan mis en scène en mars dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche. L’establishment militaire juge un traité contraignant car il réduirait la marge de manœuvre et l’autonomie de l’armée dans ses opérations, à Gaza notamment. Il est critiqué par Amos Yadlin, l’ancien commandant des forces aériennes et directeur du think-tank INSS. Le premier ministre estime que ce pacte assurerait «la sécurité pendant des siècles». Avant d’ajouter à l’adresse des votants mais «pour cela, j’ai besoin de vos voix».

Le projet d’annexion d’un secteur de la Cisjordanie concerne la vallée du Jourdain et les rives de la mer Morte. Il s’est accompagné du feu vert donné par le gouvernement à la légalisation de Mevoot Yericho, un «avant-poste» sauvage proche de Jéricho devenu une colonie juive en droit israélien. Le premier ministre israélien associe ces démarches au plan de paix américain pour le Proche-Orient qui devrait être rendu public après les élections. L’initiative maintes fois repoussée par Washington est rejetée par l’Autorité palestinienne.

Benyamin Nétanyahou cherche à séduire la frange la plus nationaliste de l’électorat pour l’amener dans le berceau du Likoud. Il est concurrencé par Ayelet Shaked, une personnalité populaire de la droite sioniste religieuse, à qui il voue une acrimonie personnelle, et par les extrémistes suprémacistes juifs et ségrégationnistes d’Otzma Yehudit. Les partis ultraorthodoxes traditionnels lui apportent, quant à eux, un soutien constant et leurs partisans ont pour habitude de se rendre massivement aux urnes.

Le mois prochain, Benyamin Nétanyahou doit être entendu par le procureur d’Israël, Avichai Mandelblit, en vue d’une probable inculpation dans trois affaires de corruption, fraude et abus de confiance présumés. Le premier ministre clame son innocence et se garde de préciser s’il tentera de faire passer, s’il gagne son pari, une loi d’amnistie en sa faveur. En cas de défaite, son avenir pourrait être sombre. Avant lui, l’ex-premier ministre Ehoud Olmert a passé seize mois en prison voici deux ans pour des faits de corruption.