Nétanyahou évite de souffler sur les braises du dossier iranien (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Depuis le début de la crise entre Téhéran et Washington, Benyamin Nétanyahou agit avec retenue afin de préserver les frontières d’Israël des conséquences d’un embrasement.

Benyamin Nétanyahou est sorti de son demi-silence prolongé sur l’Iran. Il a réclamé des «sanctions immédiates» contre Téhéran de la part de la communauté internationale si les limites de stocks d’uranium enrichi autorisées par l’accord international de 2015 devaient être franchies. «La communauté internationale devra immédiatement imposer le régime de sanctions convenu préalablement, les “snapback sanctions”, si l’Iran met à exécution ses menaces et viole l’accord nucléaire», a affirmé le premier ministre avant d’ajouter: «Israël ne permettra pas à l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire.»

Israël estime qu’une escalade militaire dans le Golfe aurait des conséquences périlleuses à ses frontières

Pourtant familier des rodomontades dès que le chiffon rouge iranien est agité, le chef du gouvernement est depuis le début de la crise entre Téhéran et Washington d’une retenue inhabituelle. Il parle peu ou alors d’une manière générale du sujet iranien qui est, avec les nouvelles élections de septembre, sa préoccupation majeure. Ses ministres font également profil bas. Une attitude qui rappelle la discrétion observée durant l’affaire Khashoggi, l’opposant assassiné par l’allié saoudien dans la lutte contre Téhéran.

Dans un contexte incertain, Benyamin Nétanyahou approuve la fermeté de son ami Donald Trump et espère que Washington va maintenir la pression mais il s’abrite sous le parapluie américain. Israël ne veut pas être accusé d’avoir joué les boutefeux sur le chemin d’une confrontation directe. Une position exprimée par le général de réserve Yaakov Amidror, ancien conseiller à la sécurité nationale de Benyamin Nétanyahou, pour qui «la tâche la plus importante d’Israël est de ne pas interférer avec ce que les Américains font vis-à-vis de l’Iran».

Israël estime qu’une escalade militaire dans le Golfe aurait des conséquences périlleuses à ses frontières. Il n’a pas attendu les mises en garde de Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, pour s’en convaincre. «Toute guerre contre l’Iran ne restera pas confinée aux frontières de l’Iran. Toute guerre contre l’Iran signifiera que toute la région s’embrasera», a prévenu le guide du mouvement chiite libanais soutenu par le régime iranien.

Selon les experts israéliens, la milice pro-iranienne dispose d’un stock d’environ 130.000 missiles. De quoi déclencher des centaines de tirs quotidiens d’engins guidés vers des villes israéliennes

À la faveur de la guerre en Syrie, l’Iran s’est doté d’une profondeur stratégique et militaire qui a mené les gardiens de la révolution iraniens et leurs milices combattant aux côtés des forces loyales au président Bachar el-Assad à portée de canon du territoire israélien.

Au Liban, des transferts de technologie et d’armes via la Syrie ont considérablement renforcé l’arsenal militaire du Hezbollah. Ils ont permis, en dépit des bombardements de l’aviation israélienne, d’augmenter ses capacités de nuisance. Selon les experts israéliens, la milice pro-iranienne dispose d’un stock d’environ 130.000 missiles. De quoi déclencher des centaines de tirs quotidiens d’engins guidés vers des villes israéliennes et atteindre des installations sensibles jusque dans le sud du pays. Moins dangereux que le Hezbollah, le Hamas palestinien pourrait être activé bien que, comme le Hezbollah, il suive son propre agenda. Samedi, des dirigeants du Hamas ont ainsi rencontré à Beyrouth le ministre des Renseignements iranien, Mahmoud Alavi. John Bolton, le conseiller à la sécurité de Trump est, lui, attendu dimanche à Jérusalem alors que se profile la tenue en Israël d’une réunion à laquelle devraient participer les chefs des services de renseignements israélien, américain et russe.