Netanyahou chez Poutine pour interdire le Golan à l’Iran (Marc Henry – Le Figaro)

Le premier ministre israélien est venu à Moscou montrer la détermination de son pays à interdire toute emprise militaire autour de cette région stratégique.

Pour la troisième fois depuis le début de l’année, Benyamin Nétanyahou a effectué mercredi un pèlerinage en Russie. Objectif: tenter une fois de plus de convaincre Vladimir Poutine qu’il est de l’intérêt même de la Moscou de laisser Israël bouter l’Iran hors de Syrie, y compris par la force. Il y a en effet urgence. Les troupes de Bachar al-Assad soutenues par l’aviation russe sont sur le point de reconquérir la partie syrienne du plateau du Golan qui est aux mains des rebelles.

Benyamin Nétanyahou s’est fait une raison. Il accepte que Bachar al-Assad rétablisse son pouvoir, mais à condition de respecter certaines règles du jeu. L’armée syrienne ne doit pas déployer des armes lourdes dans la zone démilitarisée qui sépare les parties israélienne et syrienne du Golan. Et surtout empêcher coûte que coûte que l’Iran, le Hezbollah, son allié libanais, et les milices chiites pro-iraniennes profitent de la situation pour s’implanter dans cette région stratégique qui surplombe le lac de Tibériade et le nord d’Israël. Selon les médias israéliens, Téhéran aurait d’ores et déjà mis un pied sur le plateau en infiltrant des militaires dans les rangs de l’armée syrienne. Mais Benyamin Nétanyahou ne veut pas se contenter de garanties pour ce seul secteur. Il n’est pas question pour lui de laisser l’Iran établir sur le territoire syrien la moindre base aérienne permanente, des rampes de lancement de missiles ou des unités de production d’armes.

Une centaine de frappes

Pour faire passer le message, Israël, sans l’admettre officiellement, a attaqué pour la troisième fois une base aérienne en Syrie utilisée par les Iraniens trois jours seulement avant la rencontre Netanyahou-Poutine à Moscou. Depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011, Israël a frappé plus d’une centaine de fois en visant des convois d’armes, des avions, des positions iraniennes en Syrie et compte bien continuer sur cette lancée.

Les militaires israéliens et russes ont conclu des arrangements précis et établi des lignes de communications directes afin d’éviter que les aviations des deux pays se tirent dessus «par erreur»

Jusqu’à présent, Moscou a plus ou moins fermé les yeux sans pratiquement protester contre cette politique «offensive» alors que Téhéran est censé être dans le même camp pro-Assad que Moscou. Mieux encore: les militaires israéliens et russes ont conclu des arrangements précis et établi des lignes de communications directes afin d’éviter que les aviations des deux pays se tirent dessus «par erreur» dans l’espace aérien syrien. Reste à savoir jusqu’où Vladimir Poutine est prêt à jouer ce jeu alors qu’il affirme qu’un retrait iranien total de Syrie n’est pas envisageable, du moins pour le moment.

Comme le souligne Amos Yadlin, ancien chef des renseignements militaires israéliens, «dans cette partie d’échecs, Benyamin Netanyahou ne dispose que d’un seul atout maître: la priorité des priorités pour les Russes est de parvenir à mettre un point final à la guerre en écrasant les réduits rebelles et stabiliser ainsi le pouvoir de Bachar al-Assad. Or Israël est en mesure de faire dérailler ce scénario en s’attaquant directement au régime et à l’armée du président syrien.»