Les Moudjahidins du peuple, cactus entre Paris et Téhéran (Georges Malbrunot – Le Figaro)

L’Iran reproche à la France de protéger et d’héberger des membres du mouvement considéré comme une organisation terroriste jusqu’en 2012 par les États-Unis et 2009 par l’Union européenne.

À chaque entretien téléphonique ou presque, Hassan Rohani aborde le sujet avec Emmanuel Macron. Pourquoi la France héberge-t-elle encore les Moudjahidins du peuple, ces opposants au régime iranien, considérés comme une organisation terroriste jusqu’en 2012 par les États-Unis et 2009 par l’Union européenne? Le 2 juillet, ils tenaient leur rassemblement bisannuel à Villepinte, près de Paris, en présence de personnalités, dûment rémunérées: l’ex-maire de New York Rudy Giuliani et les anciens ministres français Bernard Kouchner, Philippe Douste-Blazy et Rama Yade.

À Téhéran, confie un officiel, «personne ne peut accepter qu’une telle réunion puisse se tenir sans l’aval des services de renseignements français. Cela casse la confiance entre nous.» Quelques jours après, l’ambassadeur de France en Iran, François Sénémaud, était convoqué au ministère des Affaires étrangères et des parlementaires iraniens demandaient son expulsion.

Retour en arrière

Les diplomates français sont pourtant les premiers à reconnaître que les Moudjahidins ne représentent pas une alternative crédible au pouvoir actuel. Mais une affaire est venue compliquer la donne. Ce même 2 juillet, un couple de Belges d’origine iranienne était arrêté pour avoir planifié un attentat à l’explosif contre le rassemblement parisien des Moudjahidins. Il était en possession de 500 grammes d’explosif dans sa voiture. En poste à Vienne, un diplomate iranien, en contact avec le couple, a également été interpellé.

«C’est potentiellement une affaire extrêmement sérieuse et grave qui, si les faits sont avérés, pourrait nous ramener longtemps en arrière», lâche un diplomate français. Au temps où, via ses relais, le régime iranien punissait la France de son soutien à l’Irak de Saddam Hussein en posant des bombes à Paris. Il serait en effet difficile aux Européens de soutenir alors l’Iran dans son bras de fer avec les États-Unis. Les Moudjahidins ont immédiatement accusé la «dictature» iranienne. Téhéran, de son côté, a crié à la manipulation par des services de renseignements ennemis, le Mossad israélien en premier lieu. Une instruction judiciaire a été ouverte en Belgique.