Moscou a testé en Syrie ses armes les plus modernes

Le Figaro – Alain Barluet


Les militaires russes ont notamment employé des bombes guidées au laser KAB-500, capables de percer d’épais murs de béton.

Depuis le début de son intervention militaire en Syrie, en septembre 2015, Moscou y a testé «en situation réelle» ses armements les plus modernes. L’armée russe n’est pas la seule, loin de là, à profiter des opérations pour mettre ses capacités au banc d’essai, à des fins tant technologiques et tactiques que commerciales. Le brevet du «combat proven» – ayant subi l’épreuve du feu – constitue pour tout matériel de guerre un atout déterminant à l’exportation.

S’agissant de la Russie, les enjeux sont considérables lorsque l’on sait que ce pays, qui reconstitue à marche forcée sa défense depuis une décennie, représente 25 % des exportations mondiales d’armement, notamment en Inde, au Vietnam et en Chine. De l’aveu même du ministre russe de la Défense, Serguëi Choïgou, Moscou a expérimenté en Syrie 160 armes ou systèmes d’armes qui «ont démontré leur fiabilité et leur efficacité».

Début octobre 2015, quelques jours après le début de son intervention, la Russie engageait en Syrie son chasseur bombardier polyvalent Soukhoï Su-4 pour des missions depuis la base syrienne de Hmeimim. À la suite de ces engagements, jugés probants, les autorités russes ont décidé de doter cet appareil moderne – il a été mis en service en 2014- de systèmes d’armement et de guerre électronique encore plus avancés.

Selon l’Institut Valdaï, un think tank proche du Kremlin, Moscou a utilisé en Syrie de nombreux types de bombes et de missiles dernier cri. Les militaires russes ont notamment employé des bombes guidées au laser KAB-500, capables de percer d’épais murs de béton. Le missile de croisière Kalibr (d’une portée maximale de 2 .600 kilomètres), a été tiré pour la première fois depuis un sous-marin sur un adversaire réel. Des corvettes de type 21631 Buyan-M, parmi les plus modernes de la marine russe, ont également été mises à contribution, notamment en mer Caspienne.

En novembre 2015, le nouveau missile de croisière de haute précision Kh-101 (4.500 kilomètres de portée) a été tiré pour la première fois en conditions réelles de combat par deux bombardiers stratégiques Tu-160 «Blackjack»partis de la base aérienne d’Engels, près de Saratov. La Syrie a également permis aux militaires russes de mettre à l’épreuve le système de défense antiaérienne S-400, notamment le «Krasuha-4», équipements mobiles (emportés sur un gros camion) qui permettent de neutraliser les radars des avions et des drones. De nombreux tests ont également été effectués sur le nouveau système de reconnaissance et de guerre électronique installé à bord d’avions Iliouchine-20M. Les drones tactiques russes, Orlan et Forpost, par exemple, ont connu en Syrie leur premier déploiement à large échelle en situation de guerre.

Ces efforts capacitaires rejoignent des objectifs plus larges. Selon Pierre Razoux, directeur de recherches à l’Irsem et auteur de La Guerre Iran-Irak (Perrin), le Kremlin a quatre priorités au Moyen-Orient: «Contenir la menace djihadiste au sud et empêcher sa remontée vers le nord, promouvoir ses intérêts énergétiques, isoler Recep Tayyip Erdogan, Moscou craignant la dérive islamiste de la Turquie, et enfin montrer à tous les autocrates de la région que la Russie est un partenaire incontournable sur lequel un pouvoir autoritaire peut compter».