Migrants africains en Israël : le revirement de Nétanyahou

Le premier ministre israélien a renoncé lundi soir à un accord avec l’ONU annoncé dans la journée. Des milliers de personnes devaient être expulsées vers l’Europe ou le Canada.

Quelques heures après l’annonce d’un accord avec l’ONU pour la réinstallation de 16 250 migrants africains vivant en Israël dans des pays occidentaux, Benyamin Nétanyahou a fait volte-face : « J’ai décidé de suspendre l’application de cet accord et d’en repenser les termes », a écrit M. Nétanyahou sur sa page Facebook, lundi 2 avril au soir, affirmant avoir compris les critiques suscitées par cet accord.

Lundi dans la journée, le gouvernement israélien avait, en effet, annoncé avoir conclu un accord avec le Haut-Commissariat des nations unies pour les réfugiés concernant des milliers d’Africains entrés illégalement en Israël ces dernières années. Parmi les destinations de « réinstallation » évoquées figuraient « des pays développés comme le Canada, l’Allemagne ou l’Italie ».

Ces deux derniers pays ont marqué leur étonnement, lundi 2 avril dans la soirée, quelques heures après l’annonce de M. Nétanyahou. Dans un communiqué, le ministère des affaires étrangères italien a nié être concerné par l’accord de relocation de migrants. De son côté, le ministère de l’intérieur allemand a assuré « ne pas avoir connaissance d’une demande concrète concernant une prise en charge de réfugiés vivant en Israël, en particulier originaires de pays africains ».

Le précédent plan très critiqué

Environ 64 000 migrants africains sont entrés illégalement entre 2007 et 2012 sur le territoire israélien et se sont installés en nombre dans les quartiers pauvres de Tel-Aviv. 42 000 d’entre eux se trouvent toujours sur le territoire, selon le ministère de l’intérieur israélien. Majoritairement Erythréens et Soudanais, ils sont passés pour la plupart par le Sinaï égyptien. La frontière, à l’époque poreuse avec l’Egypte, a depuis été rendue quasiment hermétique avec la construction d’une clôture de sécurité.

Début janvier, Benyamin Nétanyahou avait posé un ultimatum à la moitié d’entre eux – les femmes et les enfants n’étant pas concernés : partir d’ici à début avril dans leur pays d’origine ou dans un pays tiers, ou aller en prison indéfiniment. Le gouvernement proposait 3 500 dollars et un billet d’avion pour gagner un pays africain jugé « sûr ». Selon les médias israéliens, il s’agissait du Rwanda.

Ce plan, suspendu par la Cour suprême israélienne, a suscité de nombreuses critiques, notamment des organisations de défense des droits de l’homme et du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU mais aussi, en Israël même, de certains survivants de la Shoah.

M. Nétanyahou a précisé lundi que le budget prévu pour le plan précédent serait utilisé à la fois pour développer les quartiers pauvres du sud de Tel-Aviv et pour disperser les migrants à travers le pays.