«Midterms» : Donald Trump perd la Chambre mais se renforce au Sénat (Philippe Gélie – Le Figaro)

Les démocrates reprennent la majorité à la Chambre des représentants, mais ils reculent de plusieurs sièges au Sénat.

Cette fois, les sondages ne se sont pas trompés. Les couleurs du prochain Congrès américain se sont affichées assez vite mardi soir, même si le contour exact des majorités restait à préciser.

Dès 21h30 (3h30 en France), Fox News a projeté la conquête de la Chambre des représentants par les démocrates. Au même moment, Sarah Sanders, la porte-parole de la Maison-Blanche, est apparue tout sourire pour se féliciter de la victoire annoncée des républicains au Sénat. Elle a appelé le nouveau parti majoritaire à la Chambre basse à «légiférer» plutôt que multiplier les enquêtes sur l’Administration Trump. «Le président est toujours prêt à travailler avec le camp adverse», a-t-elle assuré.

Peu après 22 heures, CNN a à son tour projeté une majorité démocrate de 230 à 238 sièges à la Chambre des représentants, soit un gain net de 35 à 42 sièges. Il leur en fallait 23 pour atteindre la majorité de 218 sièges sur 435. Au milieu de la nuit à 4h, ils avaient atteint 219 sièges. Au Sénat, à l’inverse, les démocrates devaient perdre du terrain avec la défaite annoncée des sortants en Floride, dans l’Indiana, le Dakota du Nord, le Missouri et peut-être le Montana.

«Une vague bleue» selon les démocrates

Au Texas, Beto O’Rourke a longtemps menacé le sortant Ted Cruz, avant de s’incliner dans cet État solidement républicain. Mais l’enthousiasme suscité par sa campagne a entraîné des gains à la Chambre, avec la victoire inattendue de l’ancien joueur de football américain Colin Allred au nord de Dallas et celle – projetée – de MJ Hegar au nord d’Austin.

Les démocrates ont taillé des croupières aux républicains dans l’électorat modéré des banlieues, où Trump est impopulaire. En Virginie, dans l’Illinois, en Pennsylvanie, au Kansas, le même phénomène a balayé les sortants républicains.

Compte tenu des effets du charcutage électoral, les démocrates célébraient mardi soir une «vague bleue», dont la hauteur restait toutefois à mesurer avec précision. Plus d’une demi-douzaine de sièges détenus par les républicains étaient également en danger en Californie, où les résultats étaient attendus dans la nuit.

Nombre record de représentants des minorités ethniques ou sexuelles

Les commentateurs évoquaient aussi une «vague arc-en-ciel», avec un nombre record de représentants des minorités ethniques ou sexuelles élus au Congrès. D’après les sondages de sortie des urnes, deux thèmes ont dominé les motivations des électeurs: Trump et l’assurance-maladie.

Dans la bataille pour le contrôle des gouvernorats (trente-six étaient en jeu), les démocrates étaient aussi en passe de réduire la domination républicaine en prenant le pouvoir dans l’Illinois, le Michigan, le Nouveau-Mexique et même le Kansas.

Après avoir tweeté toute la journée pour encourager ses partisans à voter en faveur de son camp, Donald Trump pouvait au moins se féliciter des bons résultats de candidats qu’il a soutenus avec énergie dans la dernière ligne droite de la campagne. C’est notamment le cas en Floride où Ron DeSantis et Rick Scott, deux de ses émules les plus enthousiastes, ont été élus respectivement gouverneur et sénateur, comme en Géorgie, où Brian Kemp dominait plus nettement Stacey Abrams que les sondages ne l’avaient anticipé.

Vers 23h15, le président a tweeté: «Immense succès ce soir. Merci à tous!»

 

« Demain sera un jour nouveau en Amérique »

Nancy Pelosi, élue démocrate

«Demain sera un jour nouveau en Amérique», a proclamé dans la soirée Nancy Pelosi, qui espère récupérer le perchoir de speaker. À 78 ans, elle pourrait cependant être contestée par la nouvelle génération d’élus. «Nous allons restaurer l’équilibre des pouvoirs voulu par la Constitution», a-t-elle annoncé, promettant de travailler à «l’unité du pays» et de «prendre des initiatives législatives fortes».

Le contrôle de la Chambre confère à l’opposition la capacité de bloquer les projets législatifs du président et de placer son Administration sous surveillance. La consolidation de sa majorité au Sénat permettra cependant à Donald Trump de faire approuver ses nominations, notamment dans les tribunaux fédéraux, et de bénéficier d’un appui utile dans la mise en œuvre de sa politique étrangère.

La paralysie du Congrès et le harcèlement du président ne sont pas exclus, mais à un coût politique qu’il revient aux démocrates d’évaluer dans la perspective de la présidentielle en 2020. Vers minuit, la Maison-Blanche a fait savoir que le président avait téléphoné à Nancy Pelosi pour la féliciter.