Meurtre de Mireille Knoll : «Le destin des Français juifs est lié à la nation entière (Vincent Tremolet de Villers – Le Figaro)

«La réislamisation par les réseaux fréro-salafistes ne pouvait que s’accompagner d’une culture antijuive radicale», dénonce Barbara Lefebvre, professeur d’histoire-géographie.

Professeur d’histoire-géographie, coauteur des Territoires perdus de la République (2002) et d’Une France soumise (2017), Barbara Lefebvre vient de publier Génération «J’ai le droit»(Albin Michel).

LE FIGARO. – Un an après l’assassinat de Sarah Halimi, Mireille Knoll a été sauvagement tuée par un de ses voisins. Le parquet a retenu le caractère antisémite du meurtre…

Barbara LEFEBVRE. – J’y vois une leçon retenue du scandale judiciaire sur l’assassinat barbare de Sarah Halimi le 4 avril 2017: onze mois pour qualifier de la circonstance aggravante d’antisémitisme! De même l’indifférence médiatique et politique qui avait entouré sa mort a dû jouer dans l’inédite promptitude du parquet, des médias et des politiques à prononcer le mot «antisémitisme» dans le cas de Mireille Knoll. Néanmoins, on a encore droit à quelques circonvolutions pour ne pas révéler que son assassin est de confession musulmane. L’information judiciaire pour «assassinat à raison de l’appartenance vraie ou supposée de la victime à une religion et sur personne vulnérable» permet aux enquêteurs d’explorer cette piste et pas uniquement celle de l’homicide volontaire. Espérons que les leçons de ces crimes «de voisinage» ont été tirées depuis l’assassinat de Sébastien Selam en 2003 par son voisin, «copain» d’enfance, qui avait exulté: «J’ai tué un Juif, j’irai au paradis.» Il est en liberté, déclaré pénalement irresponsable.

«Israël excepté, la France est le seul pays où des Juifs ont été ciblés et assassinés pour ce qu’ils sont depuis 1945»

Depuis Merah jusqu’à Traoré, l’assassin de Sarah Halimi, à chaque fois le criminel est un délinquant. Pour une certaine jeunesse déculturée, l’antisémitisme est-il un réflexe répandu ?

Certes, la déculturation peut conduire à l’ensauvagement, mais elle est un phénomène sociétal massif, pour autant on ne voit pas des criminels antisémites surgir de partout. Ce n’est pas un joint de cannabis de trop qui met le feu dans la tête d’un Traoré, comme il veut le faire croire. Vu la consommation de cannabis en France, ça se saurait! Le feu qui couve est idéologique: la haine du Juif traverse le Coran et la Sunna. Le peuple juif y est présenté comme un corrupteur de la parole divine et un comploteur visant à détruire l’islam et son prophète. Depuis le début du XXe siècle s’ajoute la littérature fréro-salafiste qui puise son antijudaïsme mortifère aux sources religieuses et dans la jurisprudence islamique. Voilà ce qui permet le passage à l’acte. La réislamisation par les réseaux fréro-salafistes ne pouvait que s’accompagner d’une culture antijuive radicale.

Mme Knoll avait échappé à la rafle du Vél’ d’Hiv’. Vivons-nous un retour de l’histoire?

En ce qui concerne Mme Knoll, il faudra que la justice établisse les faits mais rappelons que le destin des Français juifs (1 % de la population, victime de 30 % des actes racistes recensés) est lié à celui de la nation entière. Les Français l’ont compris après Toulouse en 2012 et surtout janvier 2015. Mais notre cas est singulier car – Israël excepté – la France est le seul pays où des Juifs ont été ciblés et assassinés pour ce qu’ils sont depuis 1945. Et les «Juifs d’en bas» vivant au contact de leurs tueurs sont délaissés par les «Juifs d’en haut» ; c’est le même type de fracture sociologique que celle décrite par Christophe Guilluy à l’échelle nationale! L’histoire n’est pourtant pas une mécanique prévisible. C’est d’abord une écriture du passé pour nous aider, ici et maintenant, à atteindre une intelligence critique du monde. Mais combattre cet antisémitisme en invoquant le «devoir de mémoire» serait se condamner à l’impuissance. Une idéologie a produit cet antijudaïsme islamique. Détruisons-la. Imposons notamment aux pouvoirs publics, à toute échelle, de cesser de négocier avec les islamistes institutionnels qui, ici en France, arment idéologiquement des assassins au sein de nombreuses associations cultuelles et culturelles.