«Mémoire et guerre d’Algérie: le risque politique d’un piège historique» (Guillaume Tabard – Le Figaro)

CHRONIQUE – Le discours de repentance et de relecture accusatrice de l’histoire française agace une grande part de l’électorat de droite.

Mauvaise interprétation ou maladresse d’expression? Dès samedi, dès la publication des confidences aériennes d’Emmanuel Macron, nous soulignions que non le chef de l’État n’avait pas comparé et encore moins assimilé la colonisation en Algérie à la Shoah. Et que le parallèle qu’il effectuait concernait l’exercice de relecture de l’histoire auquel il devait procéder au nom de l’État ; comme Jacques Chirac l’avait fait en 1995. C’est cet exercice «mémoriel» qu’il estime du «même statut». Mais en matière de polémique, précision ne vaut pas conclusion.

Il subsiste une interrogation sur le moment de ces confidences. En relançant le débat sur l’Algérie en rentrant de la commémoration de la libération du camp d’Auschwitz, il a contribué à entretenir la confusion. D’autant qu’il a confié ne pas «regretter» avoir parlé de «crime contre l’humanité» à propos de la colonisation ; une expression qu’il s’était pourtant abstenu d’utiliser depuis son entrée à l’Élysée et qui, pour le coup, semble accorder le «même statut» à l’extermination délibérée et systématique d’un peuple et à la domination d’un peuple sous un prétexte, même contestable ou trompeur, de «civilisation».

Ce n’est certes pas parce que l’exercice de relecture et de vérité est à la fois risqué et piégé qu’il ne doit pas être mené. Mais l’annoncer sans l’effectuer formellement encore, c’est ajouter à la fébrilité des mémoires blessées. Parce que l’histoire et l’actualité «miroitent», selon le verbe utilisé par Emmanuel Macron, le travail de mémoire ne peut être que difficile, voire douloureux.

Si polémique il doit y avoir, autant qu’elle porte sur les déclarations du président plutôt que sur ses intentions. Sur un discours écrit et prononcé, que sur des réflexions esquissées à haute voix. Comme pour ce fameux discours du Vél d’Hiv de Jacques Chirac, validé par tous ses successeurs, mais alors contesté par des figures au républicanisme ou au gaullisme incontestables comme Philippe Séguin ou Jean-Pierre Chevènement.

Face à l’histoire, Emmanuel Macron est aussi face à un défi politique. Si Jacques Chirac y versait souvent, le discours de repentance et de relecture accusatrice de l’histoire française agace une grande part de l’électorat de droite. Or, plus que jamais dans cette phase de contestation sociale, le chef de l’État a brûlé ses vaisseaux avec l’électorat de gauche. Pour tenir, c’est donc dans celui de droite qu’il doit renforcer son assise. Alors que c’est dans ce vivier sociologique qui l’a rejoint (les retraités, les cadres supérieurs) que le débat sur les retraites fait le plus reculer Macron. Dans le contexte actuel, une querelle de plus, en l’occurrence sur les liens chahutés entre la France et l’Algérie, rendrait-elle vraiment service au chef de l’État?