L’Union européenne veut la désescalade avec Recep Tayyip Erdogan (Leonor Hubaut – Le Figaro)

Les Européens refusent de céder au chantage migratoire du président turc mais cherchent une sortie de crise.

Sur fond de tensions aux frontières extérieures de l’Union, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Charles Michel, ont accueilli Recep Tayyip Erdogan à Bruxelles, lundi soir. Comme ils le font depuis le 28 février et la décision turque de ne plus empêcher les migrants de franchir ses frontières avec l’Europe, et même de les y encourager, les Européens maintiennent un ton ferme.

La visite à Bruxelles, qui fait suite à celle de Charles Michel à Ankara la semaine dernière, est «la reprise d’un dialogue, la relance de la parole commune», assure la présidente de la Commission européenne. «D’autres discussions devront certainement suivre au cours des prochains jours et des prochaines semaines», prévient Mme von der Leyen, qui ajoute que l’objectif est «au mieux, à l’élaboration d’une feuille de route commune».

Si la réunion était toujours en cours en début de soirée, le message des dirigeants européens n’a pas changé depuis 10 jours. Contrairement à ce que le Turc souhaite, les Européens refusent de mettre la main à la poche. Il n’y aura pas de nouvelle enveloppe financière dans l’immédiat.

«Chantage cynique»

Le mot d’ordre se veut clair: la menace migratoire, utilisée comme instrument de chantage, ne fera pas plier l’Europe. «C’est inacceptable. Nous rejetons fermement une situation dans laquelle les migrants affluent aux frontières de l’Europe en pensant qu’elles seront ouvertes», martelait encore Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, vendredi dernier. Rejetant le «chantage cynique» de la Turquie, les Européens l’appellent plutôt à revenir à une pleine mise en œuvre de l’accord de 2016, prévoyant que le pays ferme ses frontières, en échange d’une aide de 6 milliards d’euros destinée à l’accueil des migrants. Ils en font même une condition préalable. «Pour trouver une solution, il faudra relâcher la pression qui s’exerce sur la frontière», a déclaré Ursula von der Leyen lundi midi.

L’idée d’une aide financière a pourtant bien circulé dans les couloirs des institutions européennes en fin de semaine dernière, sous impulsion allemande. Et même dans la capitale croate, Zagreb, où se réunissaient de manière extraordinaire les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept. Mais le reste des États membres a fait barrage. Seul le Néerlandais Stef Blok s’est dit ouvert à un soutien financier supplémentaire, tout en signalant que cela ne doit pas se faire «sous la menace actuelle que la Turquie exerce contre nous».

Le spectre de la crise de 2015 a poussé Angela Merkel à une grande fermeté, au point de s’aligner avec son ministre de l’Intérieur, le conservateur Horst Seehofer (CSU). Celui-là même qui avait durement critiqué la décision de la chancelière d’ouvrir son pays à près d’un million de demandeurs d’asile. Les rumeurs mentionnant une nouvelle enveloppe de 500 millions préparée par la Commission européenne sont restées dans les tiroirs… pour l’instant. Officiellement, «aucun chiffre» n’est discuté, mais l’exécutif prépare bien des options. «C’est son rôle de se préparer pour pouvoir agir vite si une décision politique devait être prise en ce sens», précise un diplomate. Mais pour l’instant, une telle décision n’a pas été prise insiste-t-il.

Ursula von der Leyen a annoncé la prise en charge de 1500 mineurs non accompagnés bloqués sur les îles grecques, par une « coalition de volontaires »

Outre la pression migratoire aux frontières européennes, les deux parties ont également fait le point sur les autres termes de l’accord sur lesquels Ankara souhaite des progrès, notamment sur le rôle actif des Européens dans la reconstruction du Nord syrien, autour de la région d’Idlib. Les Vingt-Sept ont pourtant toujours dit que cela ne viendrait qu’une fois une transition politique enclenchée dans le pays. «Nous allons voir comment on peut apporter plus de stabilité dans l’ensemble de la région», a promis Charles Michel avant le début de la réunion. De son côté, l’Otan «continuera à jouer son rôle», a affirmé le secrétaire général qui a aussi rencontré M. Erdogan. Mais au niveau des alliés également, la rencontre n’a débouché sur aucune annonce. «Nous étudions ce que nous pourrions faire de plus», a simplement affirmé Jens Stoltenberg.

En fin de journée, la seule annonce concrète a été en faveur de la Grèce. Ursula von der Leyen a annoncé la prise en charge de 1500 mineurs non accompagnés bloqués sur les îles grecques, par une «coalition de volontaires». Participeront la France, l’Allemagne, le Portugal, le Luxembourg et la Finlande. D’autres devraient suivre.