L’ONU secouée par la démission surprise de Nikki Haley (Marie Boureau – Le Monde)

En dix-huit mois, l’ambassadrice des Etats-Unis avait, entre autres, réussi à maintenir un canal de dialogue entre l’organisation et Washington.

A son arrivée à la tête de la mission des Etats-Unis auprès des Nations unies en janvier 2017, Nikki Haley avait fait forte impression, promettant de « prendre les noms » des Etats membres récalcitrant à suivre les directives de Washington et d’engager des mesures de rétorsion notamment financières.

Les ambassadeurs – plus habitués au ton courtois de la diplomatie – avaient vu arriver cette ancienne gouverneure de Caroline du Sud, le verbe tranchant, perchée sur de hauts talons et vêtue de tailleurs colorés, avec curiosité puis avec un certain soulagement. « C’est un animal politique », disait alors un membre du Conseil de sécurité, qui louait encore ses qualités« pragmatiques en privé, sa capacité d’écoute et sa volonté de réformer l’ONU ».

Ministre la plus appréciée de l’administration

Avec le secrétaire général Antonio Guterres, qui commençait son mandat au même moment, elle avait su nouer une relation personnelle qui avait permis de maintenir un dialogue entre Washington et les Nations unies, une organisation pour laquelle le président Trump avait affiché son dédain d’une comparaison lapidaire. L’ONU n’est qu’« un club où les gens se réunissent, parlent et passent du bon temps », avait-il lancé.

Mais si le Portugais a salué « l’excellente coopération et le soutien » que lui a témoigné Nikki Haley ces derniers mois, l’intéressée n’a pas pris la peine de le prévenir de son départ en amont, tout comme à ses homologues du Conseil de sécurité qui l’ont appris par voie de presse.

Celle qui a incarné durant de longs mois le visage de la diplomatie américaine face au discret secrétaire d’Etat Rex Tillerson a annoncé mardi 9 octobre par surprise, qu’elle quitterait ses fonctions « en janvier 2019 »pour laisser le temps au locataire de la Maison Blanche, Donald Trump, de lui trouver un successeur et au Sénat de l’approuver.

A 46 ans, Nikki Haley était pourtant le ministre – un rang exceptionnel pour une républicaine et qu’elle avait directement négocié avec le président Trump – le plus apprécié de son administration avec un taux de satisfaction de 63 %, selon un dernier sondage de l’institut Quinnipac. Elle était, en outre, la seule à obtenir un vaste soutien des républicains, des démocrates et des indépendants confondus.

« Sa démission ne me surprend pas », souligne un ambassadeur. « Elle avait moins d’espace dans la nouvelle configuration à Washington. »L’arrivée de Mike Pompeo, comme secrétaire d’Etat, et de John Bolton – ancien éphémère ambassadeur à l’ONU de 2005 à 2006 – en tant que conseiller à la sécurité nationale avaient considérablement réduit sa marge de manœuvre sur les dossiers stratégiques clés : l’Iran et la Corée du Nord.

Sujets les plus importants pour l’électorat

Depuis son arrivée au siège de l’ONU posé au bord de l’East River, à New York, ses collègues du conseil de sécurité n’avaient cessé de suspecter Mme Haley d’utiliser ce poste « comme un tremplin » vers de plus hautes fonctions gouvernementales, soulignant qu’en 2024 elle n’aurait que 52 ans et un pedigree idéal : installée sur la scène internationale et nationale, femme et fille d’immigrés indiens.

L’ex-ambassadrice avait donc choisi de ne s’exposer aux Nations unies que sur les sujets les plus importants pour l’électorat américain en cognant sur les ennemis désignés de Washington : Téhéran, Pyongyang, le Venezuela et les finances onusiennes jugées trop dispendieuses.

Ce sont d’ailleurs les sujets qu’elle a choisi de mettre en avant lors de sa conférence de presse surprise dans le bureau Ovale aux côtes du président Trump. En dix-huit mois, a t-elle souligné, les Etats-Unis sont parvenus à réaliser 1,3 milliard d’économies sur le budget de l’ONU, à faire voter un embargo sur les armes au Soudan du Sud et à faire adopter trois trains de sanctions supplémentaires en Corée du Nord pour pousser Pyongyang à entamer des pourparlers avec Washington.

Très critique de la Russie, elle a été, au contraire, un soutien sans faille pour Israël accusant l’organisation de biais et transformant régulièrement l’enceinte du Conseil de sécurité en tribunal contre Téhéran, sponsor du terrorisme international, le Hezbollah libanais et l’Autorité palestinienne responsables, selon elle, de saper les efforts de paix au Proche-Orient.

Son héritage comprend aussi une impressionnante liste de retraits, dont elle a été le principal artisan : le Conseil des droits de l’homme à Genève, l’Unesco à Paris, l’Accord sur le climat, le Pacte sur les migrations, la fin du financement de l’Agence d’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA) ou encore le retrait unilatéral de l’accord sur le nucléaire iranien qui ont renforcé l’isolement des Etats-Unis sur la scène internationale.

Ses contempteurs regrettent aussi un soutien aux droits de l’homme à géographie très variable, Nikki Haley se montrant impitoyable sur le Venezuela, la Chine, l’Egypte ou l’Iran, mais beaucoup plus discrète sur l’Arabie saoudite, qui mène une offensive militaire depuis trois ans au Yémen, qui a plongé le pays dans la pire crise humanitaire de son histoire.

Son successeur devrait être nommé dans « les deux à trois semaines », a assuré Donald Trump. Des noms commencent déjà à circuler tels qu’Ivanka Trump, la fille du président des Etats-Unis, Dina Powell, diplomate née au Caire et ex-conseillère adjointe à la sécurité nationale, ou encore Richard Grenell, actuel ambassadeur en Allemagne. Nikki Haley était « une alliée des Nations unies en ces temps troublés pour le multilatéralisme », estime un diplomate qui craint maintenant avec ce départ « une nouvelle crise de légitimité pour l’organisation ».