L’ombre du Hezbollah plane sur la visite de Saad Hariri à Washington

Personne, au Liban, n’a oublié le déplacement de Saad Hariri aux Etats-Unis en 2011 : le premier ministre avait à peine conclu son entretien avec Barack Obama qu’il apprenait que les ministres du Hezbollah et leurs alliés avaient fait chuter son cabinet. Cette fois, pour sa visite officielle à Washington démarrée lundi 24 juillet, Saad Hariri, de retour à la tête de l’exécutif depuis fin 2016, doit composer avec la grande offensive lancée contre des djihadistes à la frontière libano-syrienne par le Parti de Dieu d’Hassan Nasrallah. Ce dernier a promis, mercredi, une « grande victoire ».
Venu à Washington pour défendre les institutions libanaises, le premier ministre se serait passé d’une intervention militaire du Hezbollah, qui illustre son hégémonie au pays du Cèdre. D’autant plus que l’administration Trump est à l’offensive contre la formation armée pro-iranienne. De nouvelles sanctions financières visant le Hezbollah sont en cours de préparation au Congrès. Saad Hariri souhaite en amoindrir l’impact sur le Liban. Mardi, le président Trump a déclaré que le Hezbollah, classé comme « organisation terroriste » par Washington et bête noire d’Israël, était une « menace » pour tout le Proche-Orient. Laissant interloqués les Libanais, il a aussi loué la lutte de Beyrouth « contre l’EI, Al-Qaida et le Hezbollah » : le parti chiite est non seulement présent au gouvernement, mais il est aussi l’acteur politique le plus puissant dans le pays.


« Modération »
Le maintien de l’aide militaire américaine, la plus importante parmi les partenaires du Liban, est l’un des principaux enjeux de la visite de Saad Hariri. Il a mis en avant, à Washington, un Liban modèle de « modération ». Depuis plusieurs mois, des analystes affirment que cet appui crucial pourrait prendre fin dès 2018 : la nouvelle administration veut couper dans ses dépenses à l’étranger, et elle considérerait que l’armée libanaise est incapable de s’opposer au Hezbollah, ce qui est l’un des objectifs poursuivis par Washington. S’exprimant sur le sujet, le président américain a toutefois loué l’engagement de l’armée libanaise contre l’EI. « L’aide américaine peut aider à garantir que l’armée
libanaise soit le seul défenseur dont le Liban ait besoin », a dit M. Trump.
Vue de Beyrouth, l’armée, malgré ses faiblesses, reste l’une des rares institutions fonctionnelles du pays. Les militaires ont joué un rôle important depuis 2014 dans la région d’Ersal pour contenir les combattants de l’ex-Front Al-Nosra ou de l’organisation Etat islamique à la frontière. A l’issue d’une conférence de presse, mercredi, Saad Hariri a affirmé qu’il n’était « pas d’accord » avec « ce que fait le Hezbollah ». Avant d’ajouter : « Je préférerais que l’armée libanaise fasse ce que fait le Hezbollah » à la frontière libano-syrienne.
Un observateur estime que « tous les pays qui soutiennent le Liban veulent que le réduit djihadiste soit maté, c’est une priorité ». Mais les Etats-Unis pourraient accentuer leur pression contre le Hezbollah en raison de son rôle dans la guerre en Syrie aux côtés de Bachar Al-Assad. Son influence, dans le Sud syrien, non loin du Golan occupé, est dénoncée avec une véhémence croissante par Israël.