L’Occident impuissant face à la tragédie syrienne

Paris réclame une trêve alors que les raids des forces gouvernementales sur la région rebelle assiégée de la Ghouta ont fait plus de 300 morts.

Le long conflit syrien a atteint un nouveau sommet de violence dans la plaine de la Ghouta orientale, aux portes de Damas, pilonnée sans relâche par les forces du régime depuis dimanche dernier. Quatre jours sous un déluge de fer et de feu. Un déchaînement, ponctué de scènes apocalyptiques devant lesquelles la France a décidé de sonner l’alarme pour tenter de relancer l’action diplomatique.

Ces bombardements, au moyen d’obus, de missiles, de barils explosifs, auraient fait quelque 300 victimes civiles, dont plus d’une centaine de femmes et d’enfants, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Mercredi, 24 civils ont été tués dont 22 dans la localité de Kafr Batna, où se sont concentrés les bombardements aux barils d’explosif par les avions du régime. Mardi, l’aviation russe serait également entrée en action à la Ghouta, une implication démentie mercredi par le Kremlin. Emmanuel Macron a «vigoureusement» condamné cette offensive mercredi. «La France demande une trêve dans la Ghouta orientale afin de s’assurer de l’évacuation nécessaire des civils, de la création de tous les accès humanitaires indispensables, dans les meilleurs délais», a déclaré le chef de l’État.

Des hôpitaux pris pour cibles

La veille, Jean-Yves Le Drian a tenu des propos particulièrement alarmistes, lors de la séance des questions à l’Assemblée nationale. Pour le chef de la diplomatie française, un «cataclysme humanitaire» se profile en Syrie où «le pire est devant». «Il y a une urgence absolue sur le sujet», a dit M. Le Drian en rappelant qu’il rendrait visite, les prochains jours, à deux acteurs importants du conflit, la Russie et l’Iran.

Dans l’entourage du ministre des Affaires étrangères, on se dit «très alarmé», à double titre. D’une part, à cause du «caractère systématique» des violations des droits humains lors des bombardements où les sites civils, notamment les hôpitaux, ont été délibérément pris pour cibles. Plusieurs établissements hospitaliers ont ainsi été mis hors service ces derniers jours dans cette région contiguë à la capitale syrienne et où vivent 400.000 habitants.

«Enfer sur Terre»

D’autre part, Jean-Yves Le Drian se montre très préoccupé par la mutation du conflit et les risques d’extension régionale, comme en témoignent plusieurs développements récents. Parmi ceux-ci: la confrontation dans l’enclave d’Afrine entre la Turquie et l’armée de Bachar el-Assad, la montée des tensions entre Israël et l’Iran dont un drone a été abattu alors qu’il survolait l’État hébreu, et enfin les récentes frappes américaines contre des forces pro-Bachar lors desquelles plusieurs mercenaires russes auraient été tués. Mercredi, Ankara est remonté au créneau sur Afrine. Un porte-parole du président Recep Tayyip Erdogan a évoqué de «graves conséquences», si les forces syriennes entraient dans l’enclave pour prêter main-forte aux milices kurdes des Unités de protection du peuple (YPG).

À Paris, on pointe l’urgence d’agir au Conseil de sécurité de l’ONU pour faire adopter un texte humanitaire qui soulagerait les populations. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a réclamé mercredi un arrêt immédiat des combats dans une zone qu’il a qualifiée d’«enfer sur Terre». Dans le même esprit, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a réclamé un accès à la Ghouta orientale pour porter secours aux blessés.

À portée de roquettes de Damas

À Moscou, M. Le Drian devrait insister auprès de la Russie pour qu’elle s’engage «à abaisser la violence» et sur «l’engagement fort». Il rencontrera son homologue Sergueï Lavrov dans quelques jours à Moscou. «C’est difficile, mais il faut continuer», indique-t-on dans l’entourage du chef de la diplomatie française. De fait, depuis le début du conflit, Moscou a utilisé dix fois son droit de veto au Conseil de sécurité pour protéger Damas des pressions internationales, tout en soutenant son allié syrien sur le champ de bataille. Début mars, Jean-Yves Le Drian se rendra à Téhéran, pour une visite, prévue initialement en décembre puis reportée, dont l’agenda s’annonce particulièrement rempli.

Le 5 février dernier, les forces pro-Bachar avaient déjà déclenché une campagne aérienne de cinq jours d’une intensité inédite sur la Ghouta qui avait fait environ 250 morts parmi les civils et des centaines de blessés. Depuis, l’armée loyaliste a massé des renforts tout autour de cette ancienne zone agricole qu’elle assiège depuis 2013. La situation du dernier bastion rebelle, à portée de roquettes de Damas, fait à certains égards penser à celle d’Alep et son réduit d’opposants que les pro-Bachar avaient écrasé à coups de pilon pendant quatre mois, en 2016. Après un accord, en décembre de cette même année, le dernier carré des combattants avait dû se résoudre à évacuer la ville.


Ces enclaves assiégées reprises par le régime

Avant la Ghouta, plusieurs zones rebelles ont été écrasées par le régime syrien. La vieille ville de Homs a connu à partir de 2012 un siège de deux ans qui s’est achevé, après la mort de 2200 personnes selon l’OSDH, par le retrait des insurgés. La ville d’Alep a été reconquise le 22 décembre 2016 à l’issue d’une offensive de dix mois des forces du régime soutenues par des combattants du Hezbollah libanais et des bombardiers russes. Dans un rapport intitulé «Partir ou mourir», Amnesty International a estimé que les déplacements forcésde populations au titre des accords dits «de réconciliation» s’apparentaient à un crime contre l’humanité.