L’Iran dans le viseur d’Israël et des États-Unis

La conférence sur la Sécurité qui a pris fin ce dimanche à Munich a été marquée par l’intervention du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou qui a brandi un morceau de drone iranien abattu au-dessus du territoire israélien. Fort du soutien américain, il a menacé de représailles Téhéran.

Soudain, Benyamin Nétanyahou a brandi le débris d’un drone, la carcasse de ce qui a ressemblé à une aile. Le premier ministre israélien, qui participait pour la première fois à la Conférence sur la Sécurité qui s’est achevée dimanche à Munich, tient là «la preuve», dit-il, de la menace militaire iranienne. «M. Zarif, vous reconnaissez cela, c’est à vous», poursuit-il en interpellant le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif qui, même s’il n’était alors pas présent dans la salle, devait prendre la parole après lui à la tribune. Le drone a été abattu au-dessus du territoire israélien il y a une semaine. Cette «violation de son espace aérien» a déclenché une riposte de Tel-Aviv «contre les bases iraniennes» en Syrie. «Vous pouvez rapporter un message aux tyrans de Téhéran», a ajouté Benyamin Nétanyahou: «Ne testez pas notre détermination». La région n’a jamais été aussi proche de l’escalade militaire.

Parmi les multiples crises qui ont occupé les participants de la Conférence sur la Sécurité, le cas iranien figure parmi les plus brûlantes. Benyamin Nétanyahou n’a pas hésité à comparer la situation actuelle à celle de 1938. Face à la menace nazie, les Européens avaient tenté, lors des accords de Munich, une vaine stratégie d’apaisement. Pour le premier ministre israélien, l’accord sur le nucléaire signé en 2015 avec Téhéran ferait preuve de la même naïveté et n’empêchera rien. «Aussitôt que l’Iran disposera d’armes nucléaires, ses agressions ne pourront plus être contrôlées», a mis en garde Nétanyahou en s’inquiétant de l’influence grandissante de l’Iran dans la région. «Les erreurs du passé ne se reproduiront pas», a-t-il ajouté. «Le compte à rebours a commencé», a-t-il affirmé en promettant d’intervenir contre «les représentants de l’Iran» tout comme «contre l’Iran» elle-même.

«Il est temps d’agir»

Le ton résolument belliqueux de Nétanyahou tient beaucoup au soutien américain. Dès son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump avait émis les mêmes critiques contre l’accord sur le nucléaire. Vendredi, à Munich, son conseiller à la Sécurité national Herbert McMaster tenait lui aussi l’Iran dans son viseur. «Il est temps d’agir contre l’Iran», a-t-il lancé en accusant Téhéran de construire «un réseau» dans la région en armant des groupes en Syrie, au Yemen ou en Irak «sur le modèle du Hezbollah» au Liban. Herbert McMaster s’en est aussi pris aux pays, tels que l’Allemagne, qui ont décidé de reprendre des liens commerciaux avec l’Iran depuis la signature de l’accord de 2015. «Pour des raisons de sécurité et pour des raisons morales, nous devons arrêter de commercer avec les Gardiens de la Révolution», a-t-il exigé en jugeant que les conservateurs iraniens étaient les seuls à être renforcés par l’ouverture économique. Un peu plus tard, dimanche, l’ancien secrétaire d’État américain John Kerry, qui a négocié l’accord de 2015, a jugé «complètement fausse» l’idée que l’Iran puisse se doter d’armes nucléaires dans un futur proche. Il s’est aussi inquiété de l’affaiblissement de la parole américaine qui aurait perdu en crédibilité pour trouver une solution à la crise. «Il est essentiel que l’accord survive», a-t-il dit.

Zarif dénonce un «cirque»

La réaction iranienne aux accusations israélienne et américaine est arrivée quelques minutes plus tard. Mais Mohamad Javad Zarif, le ministre des Affaires étrangères iranien, a choisi de prendre le contre-pied de ses ennemis en refusant de leur répondre directement. «Cela ne mérite pas qu’on réagisse sérieusement», a-t-il expliqué en qualifiant de «cirque» les propos tenus avant lui. «L’Iran ne peut être tenue responsable des erreurs des autres», a-t-il ajouté en évoquant la guerre en Irak, le conflit israélo-palestinien ou la politique occidentale en Afghanistan. «La sécurité de l’Iran exige une nouvelle architecture de sécurité», a-t-il ensuite poursuivi en proposant un accord entre pays du Golfe persique «sur le modèle des accords d’Helsinki» en Europe du temps de la Guerre froide «qui pourrait conduire à un pacte de non-agression régional». Vendredi, l’émir du Qatar Cheikh Tamim avait formulé une proposition similaire pour mettre un terme à l’embargo dont souffre son pays. L’Arabie Saoudite comme les Émirats arabes unis soupçonnent la pétromonarchie d’un rapprochement avec le rival iranien.

Pour l’instant, c’est un dialogue de sourd. Après Mohamad Javad Zarif, c’est le ministre des Affaires étrangères saoudien Adel bin-Ahmed El-Jabeir qui s’est installé au pupitre. Il a répondu à la «fiction» pacifiste exprimée par son homologue en énumérant les actes de terrorisme dans lesquels Téhéran était impliqué depuis des années ou encore en pointant du doigt l’aide militaire apportée aux milices Houthis dans la guerre au Yemen. «Ce sont des faits», a martelé El-Jabeir. «L’Iran est sanctionnée parce qu’elle soutient le terrorisme. Elle doit procéder à des changements fondamentaux pour être traitée comme un partenaire normal», a-t-il déclaré en l’accusant de double jeu. À la Conférence sur la Sécurité de Munich, intitulée cette année «Au bord du précipice et en revenir», alliés et adversaires se sont succédé à la tribune sans se croiser, sans pouvoir conjurer le pire.