L’Iran s’engage à renforcer les défenses antiaériennes de la Syrie, face à Israël (Georges Malbrunot – Le Figaro)

Le chef des forces armées de Téhéran l’a promis à Bachar el-Assad. Mais la Russie gardera le dernier mot.

Alors que l’aide transfrontalière à partir de la Turquie à destination des populations syriennes en zones rebelles a été réduite sous la pression de la Russie, qui ne veut pas affaiblir son allié Bachar el-Assad, la situation sécuritaire se dégrade dans la province d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, dernier bastion des forces antigouvernementales.

Des militaires d’une patrouille russo-turque ont été blessés mardi dans l’explosion d’une bombe au passage de leurs véhicules sur l’autoroute M-4, qui sépare les factions insurgées de celles loyales à Damas. Moscou et Ankara avaient lancé des patrouilles communes en mars, après un accord de cessez-le-feu destiné à mettre fin aux combats dans et autour d’Idlib. Une faction djihadiste peu connue, Kataeb Khattab al-tchetcheni (composée en majorité de combattants d’Asie centrale), a revendiqué l’attaque. De précédentes patrouilles avaient été interceptées par des groupes djihadistes, signe de la fragilité de cet accord de désescalade conclu entre Russes et Turcs, alors que Damas cherche à relancer son offensive pour en finir avec la poche rebelle.

Accord militaire syro-iranien

Mais, à court terme, le pouvoir syrien, confronté aux sanctions américaines qui aggravent la misère de la population, semble avoir d’autres priorités. «La signature d’un accord de coopération militaire entre l’Iran et la Syrie est une première étape pour vaincre les sanctions», a déclaré Bouthaina Shaaban, proche conseillère de Bachar el-Assad. Elle fait allusion à la visite d’une délégation militaire iranienne, conduite par le chef d’état-major des forces armées, le général Mohammed Bagheri, auprès du président syrien et de son ministre de la Défense.

Selon plusieurs sources, Téhéran s’est engagé à renforcer le système de défense antiaérienne syrien, incapable de s’opposer aux frappes aériennes israéliennes. Depuis 2014, l’aviation de l’État hébreu a effectué des centaines de raids contre des objectifs iraniens et de son allié, la milice chiite libanaise du Hezbollah, en Syrie.

Si Moscou dispose sur le sol syrien de missiles antimissiles S-400, la Russie s’est bien gardée de s’opposer aux frappes israéliennes, respectant ainsi son accord de déconfliction avec Tel-Aviv. De la même manière, si Moscou a livré des missiles S-300 à Damas, ces dernières défenses antiaériennes – les plus sophistiquées dont dispose Assad – ne sont jamais passées à l’action contre les avions israéliens. Selon les spécialistes, ce sont toujours des officiers russes qui les opèrent.

Dans son partenariat, parfois difficile, avec Moscou et Téhéran – ses deux principaux soutiens dans la guerre qu’il a gagnée contre ses opposants – Assad a intérêt à se rapprocher tactiquement de l’Iran face à Israël et aux États-Unis. «Notre accord renforcera la détermination de nos deux nations à affronter les pressions américaines», a déclaré, à Damas, le général Bagheri.

Moscou maître du ciel

En mars, l’absence d’appui aérien russe a laissé les défenses syriennes sans réponse face aux frappes de drones turques, qui ont tué des centaines de soldats syriens près d’Idlib, en riposte à une attaque meurtrière syrienne contre des soldats turcs. Depuis, Ankara a déployé un système antiaérien sur certains secteurs de la province d’Idlib, limitrophe du territoire turc.

Jusqu’à maintenant, le système de défense installé par les gardiens de la révolution iraniens pour protéger leurs bases en Syrie était inefficace contre les raids israéliens, qui ont tué de nombreux cadres de la Force al-Qods. En avril 2018, un raid israélien visa la base T-4 près de Homs, avant même que les Iraniens n’y installent un système russe de défense contre des missiles de courte portée. Depuis, l’État hébreu répète qu’il ne laissera pas son ennemi iranien s’installer à sa frontière. Pas plus qu’il ne laissera Bachar el-Assad profiter d’un renforcement iranien de ses défenses antiaériennes.

«En sollicitant l’Iran, Assad signifie aux Russes que, s’ils le lâchent, il aura toujours Téhéran à ses côtés», analyse un diplomate. «Mais, selon lui, sur le plan opérationnel, l’accord militaire syro-iranien ne devrait pas modifier la donne.» «Les Russes resteront maîtres du ciel, la plupart des systèmes iraniens de défense antiaérienne sont d’ailleurs bâtis sur des modèles russes», ajoute ce diplomate. Reste qu’un déploiement de nouveaux systèmes iraniens de défense aérienne – type Bavar-373, Khordad 15 et Khordad de troisième génération – pourrait poser des problèmes à l’État hébreu. C’est un missile Khordad de troisième génération, qui réussit à abattre un drone américain RQ-4 volant à haute altitude dans le détroit d’Ormuz, en juin 2019. Un incident qui faillit provoquer une riposte américaine contre le territoire iranien.