L’Iran renforce son « axe de la résistance » en Syrie : Quelles conséquences pour Israël ?

Le 10 février dernier, la tension a atteint son paroxysme au Moyen-Orient avec l’incursion d’un drone iranien dans l’espace aérien israélien qui a entraîné un raid contre la base T-4, près de Palmyre, d’où l’appareil avait décollé. La salve de missiles sol-air, envoyée par le régime de Damas a provoqué le crash d’un avion F-16 en Galilée. L’armée israélienne a alors conduit une vaste opération contre douze sites en Syrie, dont certains attribués aux Iraniens. Cette escalade inédite a inévitablement alimenté les craintes d’un embrasement régional aux conséquences désastreuses.

A l’occasion du troisième anniversaire de la mort de Mehdi Norouzi, commandant des opérations spéciales des Gardiens de la révolution, le commandant en chef de la brigade al Qods, le général  Qassem Soleimani a affirmé que « la victoire de l’axe de la résistance en Syrie est une victoire sans précédent compte tenu de l’importance de la conspiration et des personnes qui se tenaient derrière cette conspiration », a rapporté la chaine libanaise al Mayadeen, comme pour surenchérir sur ce précaire équilibre de la terreur.

Depuis le début de la guerre en Syrie, Israël veille à se distancer du conflit, tout en frappant ponctuellement des positions du régime syrien ou des convois d’armes à destination du Hezbollah, allié de l’Iran. Les relations entre les deux pays sont d’autant plus tendues que trois ennemis d’Israël opèrent sur le théâtre syrien : le régime de Bachar al-Assad, la milice chiite et l’Iran, ce qui a donné lieux à plusieurs accrochages. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou n’a cessé de s’insurger contre l’expansion de l’Iran dans la région, et de prévenir qu’Israël ne permettrait pas que sa présence en Syrie menace ses intérêts. Présent à la conférence de Munich le 18 février, il n’a pas manqué de condamner les incursions iraniennes, en brandissant un fragment présenté comme un morceau d’un drone provenant de Syrie, abattu la semaine dernière au-dessus du territoire israélien. « M. Zarif [Javad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères], reconnaissez- vous [ce fragment de drone] ? Vous devriez, c’est le vôtre. […] Ne testez pas la détermination d’Israël ! »

Israël est soutenu par la Russie dans cette lutte contre l’hégémonie iranienne. « Nous avons maintes fois déclaré que nous n’accepterions pas les déclarations selon lesquelles Israël, en tant qu’État sioniste, devrait être détruit et rayé de la carte. Je pense que c’est une mauvaise façon de promouvoir ses propres intérêts », a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov, à l’agence de presse nationale TASS. Sur le plan politique et militaire, les contacts avec Moscou se multiplient. Fin janvier, Benyamin Netanyahou, a rendu visite au président russe Vladimir Poutine pour rappeler sa détermination à éviter toute implantation de milices chiites sur l’autre flanc du plateau du Golan, toute construction de port ou d’aéroport iranien en Syrie, ou encore d’atelier de fabrication de missiles.

Une fois encore, le Premier ministre israélien a été on ne peut plus ferme à Munich : « Nous sommes pour la paix, mais nous sommes prêts à tous les scénarios et nous ne conseillons à personne de nous chercher ».

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.