L’Iran contournera avec «fierté» les sanctions (Georges Malbrunot – Le Figaro)

Donald Trump a imposé lundi de nouvelles sanctions visant le pétrole iranien. Mais huit pays pourront encore en acheter.

À la tête d’un pays déjà durement frappé par les premières sanctions américaines entrées en vigueur cet été, le président de la République islamique, Hassan Rohani, a assuré lundi que l’Iran allait «contourner avec fierté» les nouvelles sanctions imposées ce même jour par Washington contre les secteurs pétrolier et financier iraniens. «J’annonce que nous allons contourner avec fierté vos sanctions illégales et injustes, car elles vont à l’encontre du droit international», a déclaré Hassan Rohani dans un discours télévisé. Vendredi, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Union européenne avaient dit regretter «vivement» la réimposition des sanctions américaines. «Nous avons pour objectif de protéger les acteurs économiques européens engagés dans des échanges commerciaux avec l’Iran», ajoute le communiqué, rédigé par les quatre signataires de l’accord nucléaire de 2015, dont les États-Unis se sont retirés en mai.

«J’annonce que nous allons contourner avec fierté vos sanctions illégales et injustes, car elles vont à l’encontre du droit international»

Hassan Rohani, président iranien

Les premières sanctions américaines mises en place début août ont asphyxié l’économie iranienne, provoquant une dévaluation de plus de 50 % du rial et empêchant les importateurs de financer leurs achats auprès des banques étrangères, sous pression américaine. Ce qui accentue le mécontentement populaire à travers le pays. «Nous sommes en situation de guerre économique, et nous affrontons un pouvoir d’intimidation», a expliqué le modéré Hassan Rohani, affaibli par cette crise économique et sociale. Mais «nous continuerons de vendre notre pétrole», a assuré le président iranien. Après avoir martelé que l’objectif de ce nouveau train de sanctions était de réduire à zéro les exportations pétrolières iraniennes – véritable vache à lait d’un régime que les États-Unis veulent, sinon renverser, du moins amener à plus de modération au Moyen-Orient -, Washington a fini par adoucir sa position.

Cyber-attaque israélienne

Lundi, l’Administration américaine a octroyé des exemptions pour huit pays (Turquie, Inde, Chine, Japon, Corée du Sud, Taïwan, Italie et Grèce), qui pourront continuer d’acheter du pétrole iranien. Quoi qu’il en soit, ces nouvelles sanctions feront mal à l’Iran, mais leur impact à moyen terme est encore difficile à mesurer. Une chose est sûre: alors que Téhéran affirme avoir déjoué une cyber-attaque israélienne contre ses systèmes de communication, les conservateurs – opposés à l’ouverture sur l’Occident prônée par Hassan Rohani – en profitent pour donner de la voix.

«Les complots de l’Amérique et ses projets de sanctions tourneront court, grâce à la poursuite de notre résistance»

Général Mohammad Ali Jafari

Le commandant en chef des puissants gardiens de la révolution assure que l’Iran viendra à bout de la «guerre psychologique» menée par les États-Unis. «Les complots de l’Amérique et ses projets de sanctions tourneront court, grâce à la poursuite de notre résistance», a lancé le général Mohammad Ali Jafari, lors d’un rassemblement en souvenir de la prise de l’ambassade des États-Unis à Téhéran en 1979, épisode qui traumatise encore l’Amérique. Quelques milliers d’étudiants scandaient «Mort à l’Amérique» et brûlaient des drapeaux américains ainsi que des portraits de Donald Trump. Dans un autre geste de défi, l’Iran a lancé samedi la production en série de son avion de combat (Kowsar), destiné à l’armée de l’air, qui est en général faiblement pourvue en équipements par rapport aux gardiens de la révolution, les chouchous du régime, qu’ils sont censés défendre bec et ongles.

Alors que le ministre des Affaires étrangères, le modéré Javad Zarif, ne ferme pas la porte à des négociations avec les États-Unis, s’ils revenaient à l’accord nucléaire, le guide suprême et numéro un du régime, l’ayatollah Ali Khamenei, a estimé, de son côté, que Donald Trump avait «discrédité» l’Amérique, qui sera, selon lui, l’ultime perdant dans ce rétablissement des sanctions contre la République islamique.