L’Iran au bord de l’asphyxie, après les menaces de Trump (Georges Malbrunot – Le Figaro)

Alors que les sanctions américaines entrent en vigueur ce lundi, leurs effets psychologiques se font déjà lourdement ressentir. La grogne monte à travers le pays. Mais le régime reste solide.

Abdolfaz Sadati a perdu le sourire. Oubliés, ses projets d’achat d’appartement à Paris et de construction à Téhéran d’un nouveau siège pour sa société d’importation de luminaires. Sous pression américaine, ses banques à l’étranger refusent de financer ses achats de marchandises, et en Iran, la banque centrale ne fournit plus de dollars aux importateurs locaux. «C’est la catastrophe, se plaint-il, en déambulant dans les allées presque vides de son dépôt du sud de Téhéran. J’avais commandé d’Asie 200 conteneurs de bannières en PVC, mais j’ai perdu deux millions de dollars, la moitié de ma vente, à cause de la dévaluation du rial.» Plus de 50 % en six mois.

Son épouse, Parmina, ne le reconnaît plus. «Il est stressé», dit-elle. Ses clients l’appellent, chez lui, jusqu’à tard le soir. Ils veulent savoir s’il va pouvoir les livrer. Mais Sadati ne répond pas. Il doit également résister aux pressions des autorités qui lui demandent de faire «comme si de rien n’était». Mais «je n’ai plus que pour deux à trois semaines de stock», se lamente ce commerçant dont les affaires avaient fleuri ces dix dernières années. «Combien de temps je peux tenir?» se demande Sadati, qui se refuse à licencier certains de ses 70 salariés. «Trump est en train de nous étrangler, dit-il. Regardez ce courriel de ma banque coréenne qui rejette l’envoi de 260.000 dollars en wons. Elle a peur de Trump, elle sait que ses menaces sont sérieuses. Et en Chine aussi, une banque n’accepte plus de me financer. C’est la première fois que je me retrouve asphyxié, depuis plus de vingt ans dans le business.»

Une Cocotte-Minute sous pression

Ce n’est pas un commerçant qui est pris à la gorge, mais un pays tout entier placé dans l’étau. En décidant le 8 mai de dénoncer l’accord sur le nucléaire iranien, signé en juillet 2015, et de rétablir les sanctions applicables avant son entrée en vigueur en janvier 2016, Donald Trump a privilégié l’option la plus radicale. L’objectif est de placer la République islamique dans un étau tel que ses dirigeants soient contraints, in fine, d’accepter un accord qui soit à la fois élargi (aux missiles balistiques détenus par l’Iran, notamment) et durci par rapport à celui qui a été signé en 2015.

 «En 2009, c’était les intellectuels, les milieux éduqués et la jeunesse dorée qui manifestaient. Les gens du bazar nous critiquaient à l’époque, mais aujourd’hui ce sont eux qui protestent »

Arash, un jeune cadre

Trump y parviendra-t-il? Il est encore trop tôt pour répondre. Mais une chose est sûre: la Cocotte-Minute est sous pression. Comme nous l’avons constaté en une semaine d’entretiens avec des industriels, des jeunes, des anonymes, et même des supporteurs d’un régime qui affronte l’une des crises les plus graves depuis son avènement en 1979, après le renversement du chah.

«En 2009, c’était les intellectuels, les milieux éduqués et la jeunesse dorée qui manifestaient», se rappelle Arash, un jeune cadre, en référence au trucage de l’élection présidentielle, qui avait donné la victoire au populiste Mahmoud Ahmadinejad au détriment du réformateur Mir Hossein Moussavi, assigné depuis à résidence. Une manipulation grossière qui avait entraîné des manifestations monstres à Téhéran, suivies par des mois de répression meurtrière contre les opposants. «Les gens du bazar nous critiquaient à l’époque, mais aujourd’hui ce sont eux qui protestent», insiste Arash, attablé à la terrasse d’un café, dans le nord de la capitale.

La grogne monte

Direction le bazar, ce labyrinthe d’allées grouillant de vie, dans le sud de Téhéran. Une semaine avant notre passage, les commerçants s’étaient mis en grève plusieurs jours. Une fronde rare de la part de ces milieux conservateurs, qui contribuèrent à la chute du chah. Le calme règne désormais. Seuls quelques policiers antiémeutes sont déployés. Mais, là encore, une même complainte monte des échoppes embaumées au safran. «J’ai fermé parce que je vends moins à cause des prix que j’ai augmentés pour compenser le renchérissement du dollar», déplore un jeune bijoutier. Trump? «C’est sur le peuple qu’il met la pression.» Sous-entendu, pas sur le régime. «Et c’est lui, le maître de la situation.»

«On paie un loyer élevé qui nous étrangle, les propriétaires sont à l’étranger, ils ne pensent qu’à l’argent. Tout cela, c’est de la faute du régime. Ce sont des voleurs.»

Un Iranien

Sous un porche en briques ocre, deux jeunes femmes délicatement maquillées vendent des nappes en dentelle, fabriquées à Yazd, la ville des Zoroastriens, dans le centre du pays. «Depuis un mois, les affaires sont au plus bas, fulmine leur père, juste à côté. On paie un loyer élevé qui nous étrangle, les propriétaires sont à l’étranger, ils ne pensent qu’à l’argent. Tout cela, c’est de la faute du régime. Ce sont des voleurs. C’est de pire en pire, sauf pour les mollahs.»

«Nous ne faisons pas de politique, renchérit un autre bazari, un peu plus loin. Mais c’est la politique qui perturbe notre travail. Des gens ont menacé de brûler les boutiques qui resteraient ouvertes.» Des manifestations pas forcément spontanées, signes de règlements de comptes fomentés par les ultraconservateurs, hostiles au président de la République, modéré, Hassan Rohani. Comme en janvier lors des manifestations dans la ville sainte de Machhad, qui se sont étendues à d’autres cités, avant de se transformer en jacquerie contre le système, faisant des dizaines de morts.

Depuis, les camionneurs ont protesté, les habitants de Khoramchar également et, la semaine dernière, ceux de Chiraz, Ahvaz, Karadj, et des agriculteurs près d’Ispahan.Samedi, des manifestants sont encore descendus dans les rues de Karadj et Ispahan, ainsi qu’à Téhéran. Un peu partout, les retraités grognent également. «Ils plaçaient leurs économies à la banque et percevaient 22 % de taux d’intérêt, c’était leur pension, ils vivaient avec ça, explique Mehdi Miremadi, un homme d’affaires. Quand ils ont réduit les taux de 22 à 15 %, c’est autant de pertes qu’ils ont subies.» Le 25 juillet, le président iranien a évincé le gouverneur de la banque centrale, Valiollah Seif, et d’autres têtes pourraient tomber.

Absence de réaction nationaliste

Après l’accord nucléaire, «le gouvernement Rohani a très mal joué, décrypte un journaliste iranien. Il a fait le pari que cette signature allait déboucher sur tellement de contrats avec les Occidentaux que ceux-ci ne pourraient plus revenir à la logique des sanctions. Et le gouvernement s’était dit: commençons par les Français, les méchants dans les négociations! Comme ça, les autres pays vont se dire: allons-y, car les Français vont tout rafler. Mais quand on regarde, il n’y a pas eu grand-chose, y compris avec la France.»

Est-ce à dire que face à la déception qui se creuse, les Iraniens plébiscitent Donald Trump? «Deux scénarios sont possibles, note un diplomate occidental. Les Américains et les Israéliens nous disent que les pressions, qui font mal, vont ébranler le régime, car la société en aura marre et se rebellera. Et un autre, selon lequel les sanctions vont, au contraire, ressouder la Perse et conduire au renforcement du contrôle sur la population.»

«Le discours de Trump prend assez bien sur les thèmes : les responsables iraniens ne s’occupent pas du peuple et dépensent l’argent chez leurs alliés en Syrie et au Yémen»

Un diplomate

Comme souvent dans ce pays, difficile à décrypter, la réalité est quelque part au milieu. Mais une réaction, tout de même, ne laisse pas de surprendre: de nombreux Iraniens interrogés approuvent les pressions de Donald Trump. Une réponse revient souvent: «Lui au moins pense aux intérêts de son peuple. Ici, ce n’est pas le cas, ils ne pensent qu’à leurs intérêts, pour conserver le pouvoir.»

«Le discours de Trump prend assez bien sur les thèmes: les responsables iraniens ne s’occupent pas du peuple et dépensent l’argent chez leurs alliés en Syrie et au Yémen», confirme un diplomate. «Allez dans les quartiers pauvres du sud de Téhéran, conseille Reza, un enseignant, vous verrez dans quelle misère vit la population. Et en même temps, on nous dit qu’on a offert des milliers de repas d’iftar pour ramadan aux Palestiniens de Gaza. Ils se fichent vraiment de nous! Si vous aviez vu les insultes sur les réseaux sociaux.»

Face aux pressions du «Grand Satan» américain, l’absence de réaction nationaliste est une autre surprise. La République islamique donne de sérieux signes d’essoufflement, voire d’usure. L’adhésion populaire s’est érodée. Combien d’Iraniens lui restent-ils acquis? Guère plus de 25-30 %, si l’on additionne les voix des candidats soutenus par le système à chaque premier tour de l’élection présidentielle. Après la répression du Mouvement vert en 2009, l’élection de Hassan Rohani en 2013 avait redonné une dose de légitimité au régime. Puis en 2015, «l’accord nucléaire et ses bénéfices attendus ont constitué un moyen d’unifier une partie de la population derrière cet objectif, défendu par le pouvoir, affirme un industriel étranger, depuis longtemps en Iran. Maintenant que ni l’accord, ni ses bénéfices ne sont au rendez-vous, il va falloir que le régime trouve un autre mode d’unification de la population, sinon cela va être compliqué».

Des déçus

Mohsen, colonel dans l’armée régulière, et Farzone, journaliste à la télévision d’État, sont deux exemples de déçus de la République islamique. Le premier veut émigrer en Europe où vit déjà une partie de sa famille. À 40 ans, il est contraint d’avoir un deuxième emploi, il ne gagne que l’équivalent de 400 euros par mois. «Ce n’est pas assez pour vivre, dit-il, même si je suis logé gratuitement dans une cité militaire.» Mohsen se plaint surtout que «l’artesh (l’armée) n’a pas de moyens, l’argent et les équipements vont aux gardiens de la révolution», l’unité d’élite en charge de la protection du pouvoir. Il aimerait que le régime change, mais il n’y croit guère: «il est très malin», dit-il, en montrant l’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême, en photo au mur du café où nous l’avons rencontré. «Dans ma base, ajoute-t-il, beaucoup d’officiers pensent comme moi, mais la piétaille non.»

« Il y a quarante ans que nos responsables nous disent que nous sommes en crise. Est-ce qu’ils n’ont pas besoin de crise en permanence pour survivre ?»

Farzone, journa­liste

«À la télévision aussi, on est obligé d’obéir», soupire Farzone, la journaliste, mais, à voir le sourire qui éclaire son visage enveloppé dans un foulard marron, on devine que le cœur n’y est plus vraiment. «La télé a parlé des manifestations à Khoramchar, mais comme d’habitude, on dit que ce sont de petits problèmes», allusion aux protestations contre une eau insalubre dans une ville qui n’a toujours pas été reconstruite, trente ans après la fin de la guerre avec l’Irak de Saddam Hussein.

«La politique, j’en ai marre, sourit-elle, alors je me réfugie dans l’art, pour ne pas mourir de la réalité.» Si elle doit respecter certaines «lignes rouges» – ne pas parler de tel opposant, par exemple -, elle reconnaît que, ces dernières années, la censure n’a pas été renforcée. «Pas mal de gens à la télé pensent comme moi, dit-elle. Ils ne croient plus au système, ils veulent émigrer, mais ils ont peur de se montrer, ils font semblant.»

Pleine d’espoirs, Farzone a voté Rohani, l’an dernier. Comme tant d’autres, elle est aujourd’hui déçue, mais résignée. «Il y a quarante ans que nos responsables nous disent que nous sommes en crise. Est-ce qu’ils n’ont pas besoin de crise en permanence pour survivre?» s’interroge-t-elle, soulignant la contradiction fondamentale de la République islamique. Ce régime révolutionnaire peut-il se réformer, à la manière de l’ex-URSS, sans crainte de disparaître dans une glasnost à l’iranienne?

Le monde a besoin de multilatéralisme

C’est une autre leçon de l’accord nucléaire. «Le régime peut-il longtemps encore concilier une idéologie révolutionnaire antiaméricaine avec une stratégie d’intégration dans une globalisation économique, dominée par les États-Unis?» se demande le chercheur Clément Therme. Brutalement, Donald Trump a répondu que non. Mais, entre des gardiens de la révolution mus par quarante ans de bellicisme et des diplomates avenants, formés aux États-Unis, comme le ministre des Affaires étrangères, Javad Zarif, Téhéran ne veut pas – ou ne peut pas – trancher. Sous peine, une fois encore, d’imploser.

«Mais non!» balaie d’un revers de la main Ali Akbar Salehi, le patron de l’Organisation nucléaire iranienne. Il reçoit Le Figaro dans son bureau, au septième étage d’un immeuble du centre de Téhéran. C’est un homme clé du système. Un technicien ouvert, formé au prestigieux MIT américain (Massachusetts Institute of Technology), apprécié par le guide suprême, qui l’avait envoyé au printemps 2013, alors qu’il était ministre des Affaires étrangères, entamer des discussions secrètes avec des diplomates américains à Oman. «Les États-Unis ne peuvent plus demeurer le leader du monde. Le monde a besoin de multilatéralisme, pas de la loi de la jungle de M. Trump», affirme celui qui fut un des négociateurs de l’accord nucléaire.

Comme la plupart des autres officiels interrogés, Ali Akbar Salehi n’affiche pas d’inquiétude. «La situation, c’est vrai, est plus menaçante qu’avant, concède-t-il. Mais notre potentiel de résistance est, aussi, plus élevé. On pourrait recourir à la planche à billets, mais on ne le fait pas. On a 120 milliards de dollars de réserves qu’on n’a pas utilisé.» Bref, si la situation devient trop pressante, l’État dénouera les cordons de la bourse.

Le pouvoir se veut habile

Un régime encore sûr de lui, face à une population en colère, mais qui ne croit plus au grand soir. L’Iran est dans une impasse. Mais qu’on ne s’y trompe pas: ce n’est pas demain que le régime tombera. Depuis deux mois, il fait bloc. Après les troubles du bazar, il n’y a pas eu d’attaque en règle des ultraconservateurs contre Rohani. Khamenei, de son côté, a multiplié les marques de soutien à son président. «Rohani est une protection pour le régime, analyse le diplomate précité, la situation est d’une telle tension que si jamais Rohani saute, cela pourrait devenir chaud pour le système.»

«La répression marche bien, on l’a très bien vu au bazar. Ils ont mis leurs forces antiémeutes un peu partout, et en deux jours, la fronde a été éteinte»

Un expert étranger

L’intéressé en joue probablement, qui a durci le ton, multipliant les menaces de fermeture du détroit d’Ormuz, si jamais les États-Unis empêchaient l’Iran d’exporter son pétrole. Ce qui lui a valu les louanges du général Qassem Soleimani, le chef de la Force al-Qods, le bras armé de l’Iran hors de ses frontières. Presque l’hommage de la corde au pendu, tant les deux hommes ont des agendas différents. «C’est le Rohani qu’on aime», a même tweeté Soleimani. La solidité des forces de sécurité constitue l’autre atout du pouvoir. «La répression marche bien, reconnaît un expert étranger, on l’a très bien vu au bazar. Ils ont mis leurs forces antiémeutes un peu partout, et en deux jours, la fronde a été éteinte.» Le contrôle d’Internet fonctionne également très bien, de même que l’application cryptée Telegram, fermée en janvier.

Le pouvoir se veut habile. Il cible les meneurs, tout en lâchant la bride sur la société, les femmes, par exemple, qui laissent tomber leur voile. Le régime a fait quelques exemples, en en condamnant deux (à un an et deux ans de prison) pour s’être ostensiblement affichées sans fichu, sur les réseaux sociaux. «Mais on sent qu’ils ne veulent pas faire plus que le nécessaire, constate le diplomate, ils ne sont pas dans l’ultra-répression, ils ne veulent pas ouvrir un front intérieur.»

Changement de régime?

Rendez-vous dans un café un soir de Coupe du monde où certaines filles ont leur voile sur les épaules. Niloufar n’est pas surprise. «Dans mon quartier, on voit désormais des filles dans la rue marcher de longues minutes sans foulard. Il y a deux ans, la police des mœurs serait intervenue. Aujourd’hui, elle est discrète.» «Les protestations vont continuer, prédit Kamal, son fiancé. Mais ce sont des îlots de mécontentement, sans chefs et sans récupération possible par les réformateurs.» Laminés par la répression, ceux-ci soutiennent désormais Rohani face aux pressions américaines, d’autant que leurs leaders, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, pourraient être bientôt libérés. Autre signe que le pouvoir veut faire bloc face à l’ennemi américain.

Un changement de régime? La plupart des Iraniens interrogés n’y croient pas. «Et puis, on ne voit pas d’alternative, soupire Kamal. Les Moudjahidins du peuple? Les Iraniens n’en veulent surtout pas. Le fils du chah, de son côté, a encore des nostalgiques, mais ce n’est pas suffisant. Les Iraniens voient aussi ce qui s’est passé en Irak, en Syrie, et ailleurs. Ils ont peur du chaos.» «On veut une évolution, pas une révolution», résume en anglais Ardéchir, un retraité. «On veut seulement profiter des pressions américaines pour que le régime bouge», dit-il.

En cette période troublée, l’ombre d’un homme plane sur l’Iran: Qassem Soleimani, dont le portrait est désormais affiché à l’aéroport de Téhéran, privilège accordé aux seuls ayatollahs Khomeyni, fondateur de la république islamique, et Ali Khamenei, son successeur. La rumeur annonce Soleimani comme chef d’un gouvernement militaire contrôlé par les gardiens de la révolution, en cas de menaces graves sur le régime. «C’est à moi qu’il faut vous en prendre au lieu de brûler le drapeau», avait défié le général dans un rare tweet, adressé aux manifestants du début de l’année.

Trump renouvelle son offre

Comme d’autres, Moghadam Kaanani, lui-même ancien haut gradé des gardiens, n’y croit guère. «Le pouvoir, dit-il, est déjà entre les mains des gardiens», allusion à leur poids non seulement militaire mais aussi économique, à travers le pays. Il reconnaît toutefois que «ce serait notre dernière option». Le 26 juillet, Qassem Soleimani n’a pas hésité à défier Donald Trump, qui venait de menacer l’Iran: «Nous sommes près de vous, comme vous ne pouvez même pas l’imaginer. Venez. Nous sommes prêts.»

«Si l’Iran sort de l’accord et recommence à enrichir de l’uranium, il tombe dans le piège que lui tend Trump. Et de toute façon, la bombe, ils ne l’auront jamais»

Un diplomate européen

Pour redonner un peu d’air à l’Iran, d’autres ne voient que des négociations directes entre Téhéran et Washington, à l’image de ce qui s’est passé avec la Corée du Nord. «Avec les sanctions, la situation ne va qu’empirer. À la fin, nous n’aurons pas d’autre option que de négocier avec les États-Unis», estime Hussein, un autre gardien, reconverti dans les affaires. Après l’avoir écrit dans un tweet, Donald Trump, lundi dernier, a renouvelé son offre de rencontre avec les Iraniens.

À huit reprises pendant le séjour d’Hassan Rohani en septembre dernier à New York, le président américain avait déjà essayé – en vain – de le joindre au téléphone. Rohani sait que le guide suprême s’y oppose. Début juillet, Ali Khamenei a répété qu’il n’était pas question de négocier avec un dirigeant qui a renié la signature de son pays. En revanche, le numéro un du régime a approuvé des négociations avec les Européens pour sauver l’accord nucléaire.

Peu d’options s’offrent, en fait, à Téhéran. «Si l’Iran sort de l’accord et recommence à enrichir de l’uranium, décrypte un diplomate européen, il tombe dans le piège que lui tend Trump. Et de toute façon, la bombe, ils ne l’auront jamais, car les Israéliens ou les Américains frapperont certaines de leurs installations. Ils perdront également le soutien de l’Europe, car on condamnera. Qu’y gagneront-ils? OK, ils resserreront leur dictature militaire, mais ensuite comment sortir de là? Parce qu’il y aura, in fine, une négociation et ils y entreront encore plus affaiblis.»

Ce n’est a priori pas la voie choisie par l’Iran. «Depuis janvier, révèle ce diplomate européen, les Iraniens ont accepté de parler du Yémen avec la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Italie. Nous avons eu deux ou trois rencontres. Zarif a aussi accepté que l’on parle de leurs missiles balistiques, mais là, c’est plus compliqué», concède ce diplomate. Alléger sa présence auprès de son allié syrien Bachar el-Assad serait une autre façon de s’attirer les bonnes grâces des Européens. Alliés indispensables pour éviter que l’Iran bascule dans l’inconnu.