Au Liban, le Hezbollah part en guerre contre le coronavirus (Sunniva Rose – Le Figaro)

Tous les partis politiques tentent de profiter du coronavirus pour redorer leur image, mais le Hezbollah a une longueur d’avance.

Après Israël et les djihadistes, le Hezbollah libanais a un nouvel adversaire: le coronavirus. Depuis fin mars, le parti met en scène chaque mardi ses capacités de riposte au Covid-19 dans l’un de ses fiefs. Hachem Safieddine, le président du conseil exécutif du groupe chiite, a donné le ton en annonçant la mobilisation de 25.000 membres du parti le 26 mars. «C’est une véritable guerre à laquelle nous devons faire face avec l’esprit d’un guerrier», lançait-il au cours d’un entretien avec la chaîne du groupe, al-Manar.

Cette semaine-là à Tyr, grande ville du sud du pays, des centaines de volontaires portant masques, gants et combinaisons de protection contre le virus attendaient les journalistes aux côtés d’ambulances alignées près des ruines d’un hippodrome romain. «Ceci est un exemple de notre degré de préparation dans la région», explique Abdallah Noureddine, chef de la Société islamique de santé, l’un des services sociaux du Hezbollah, dans le sud du Liban. «Nous sommes prêts à 100 %. Nous sommes au service de tous, partout, sans exception. Nous avons désinfecté des mosquées, des églises et des bâtiments gouvernementaux.»La pandémie permet au Hezbollah de se présenter comme un rempart généreux et indispensable face à la crise, alors que le gouvernement libanais croule sous les dettes et a multiplié les cafouillages dans la distribution d’une aide financière modeste aux familles les plus pauvres.

Oubliées, les manifestations monstres d’octobre provoquées par une crise économique sans précédent. Elles s’étaient répandues comme une tache d’huile à travers le pays et, pour la première fois, jusque dans les places fortes du Hezbollah. Aujourd’hui, ce sont les partis politiques qui viennent à la rescousse des Libanais affamés et appauvris, après plus de six mois de crise. Dès avril, des masques estampillés avec les logos de partis ont commencé à circuler.

Dons locaux

Tous tentent de profiter du coronavirus pour redorer leur image, mais le Hezbollah a une longueur d’avance. Du Sud-Liban, où le groupe affronte régulièrement Israël, à la Syrie, où il soutient militairement Bachar el-Assad, son infrastructure médicale est déployée sur le terrain depuis des décennies dans des situations d’urgence. Rien qu’au Sud-Liban, environ 150 lits dans des hôpitaux du Hezbollah sont prêts à accueillir les malades du coronavirus, selon Youssef Jaber, directeur d’un hôpital psychiatrique vidé de ses patients habituels dans le village bucolique de Jwaya, près de Tyr. Un chiffre important comparé à la capacité des hôpitaux gouvernementaux (345 lits) de la région.

Au cours d’une conférence de presse tenue dans un bâtiment reconverti en «centre de gestion de crise corona», Abdallah Nasser, responsable du parti dans le sud du Liban, a égrené les chiffres. En plus d’avoir distribué des dons alimentaires et financiers aux plus démunis pour un montant total de 1,1 milliard de livres libanaises (690.000 euros) dans la région, le Hezbollah peut compter sur 505 infirmières, 292 médecins, 14 cliniques, 7 centres de dépistage, et 15 ambulances équipées de respirateurs artificiels. Les sanctions américaines contre le groupe, ainsi que contre son parrain iranien, n’auraient aucune conséquence sur le financement de ce plan, affirme Abdallah Nasser, car le parti compte sur des dons locaux. «Les familles donnent aux familles, les villages aux villages», a-t-il ajouté.

Nous ne ­cachons rien. Cela nuirait à la santé de la population

Youssef Moughnieh, responsable média du parti dans la région

Pour l’instant, la force de frappe de la riposte médicale du Hezbollah reste à prouver. Les cas de Covid-19 au Liban sont relativement peu élevés – 750 personnes infectées et 25 décès – et pris en charge par les grands hôpitaux publics et privés du pays. Ils sont remarquablement bas dans les régions contrôlées par le Hezbollah. Au Sud-Liban, où vivent 500.000 personnes, ils étaient moins d’une dizaine et pour la moitié importés par des étrangers, notamment venus d’Iran, de Côte d’Ivoire, de France ou d’Italie.

Mais l’interdiction tardive des vols en provenance d’Iran, pays le plus touché par le virus dans la région, a alimenté les rumeurs que le parti dissimule les chiffres réels. Le Hezbollah nie en bloc. «Nous ne cachons rien. Cela nuirait à la santé de la population», affirme Youssef Moughnieh, responsable média du parti dans la région. Pour Maha Yaha, directrice du centre Moyen-Orient de Carnegie, le doute toutefois persiste. «Il est impossible de savoir si leurs chiffres sont fiables. Il paraît sensé qu’ils soient plus élevés au vu du nombre important de pèlerins et de combattants qui circulent entre l’Irak, la Syrie, le Liban et l’Iran. Mais si ce n’est pas le cas, tant mieux !», s’exclame-t-elle.