Liban : la communauté internationale renfloue les caisses mais demande des réformes (Georges Malbrunot – Le Figaro)

La conférence réunie à Paris a décidé d’instaurer un mécanisme de suivi des réformes que Beyrouth s’engage à conduire.

De l’argent, oui, mais conditionné par des réformes. À l’initiative de la France, la communauté internationale a accepté de renflouer, une nouvelle fois, les caisses de l’État libanais en assortissant son aide d’un vaste plan de réformes sur la gouvernance économique d’un pays qui subit de plein fouet les crises du Moyen-Orient.

Réunis à Paris vendredi, une quarantaine de pays et une dizaine d’institutions internationales ont offert plus de 11 milliards de dollars d’aide, sous forme de prêts ou de dons, au pays du Cèdre. La France a octroyé 400 millions d’euros de prêts et 150 de dons. «Dans un Moyen-Orient […] meurtri par les guerres civiles, le Liban reste un modèle de pluralisme, de tolérance et d’ouverture dont nous avons besoin, a souligné Jean-Yves Le Drian, en ouverture de la conférence. Mais le Liban n’est pas une île, il subit de plein fouet les effets […] de la crise syrienne. Il combat le terrorisme à ses frontières et en son sein. Et, avec plus d’un million de réfugiés, il a pris plus que sa part du fardeau de l’exil syrien», a ajouté le ministre des Affaires étrangères.

«Dans un Moyen-Orient […] meurtri par les guerres civiles, le Liban reste un modèle de pluralisme, de tolérance et d’ouverture dont nous avons besoin»

Jean-Yves Le Drian, ministre des des Affaires étrangères français

La conférence se veut différente des trois précédentes, qui s’étaient soldées par des échecs, les fonds alloués ayant souvent disparu dans les sables d’une administration gloutonne, alors que le Liban n’a pas connu d’élections depuis 2009 et était, jusqu’à récemment encore, sans budget, depuis 2015. «Cette fois, on est dans la reconstruction par les réformes et avec en prime l’intervention du secteur privé», insiste un diplomate français, qui suit le dossier. Quelque 250 projets ont été sélectionnés par les Libanais. Les principaux chantiers visent les transports, l’eau, et la réforme d’EDL – l’EDF locale – dans un pays où près de vingt ans après la guerre, les coupures d’électricité sont encore quotidiennes.

Des législatives en mai

Autre nouveauté: la conférence instaure un mécanisme de suivi minutieux des réformesque Beyrouth s’engage à conduire. Le calendrier de la conférence ne doit rien au hasard. Dans un mois, le Liban organisera des élections législatives. «Le prochain gouvernement libanais ne pourra ignorer l’engagement pris à Paris», veut croire le diplomate. Cette conférence succède à une première, organisée à Rome le mois dernier, consacrée à l’armée libanaise, qui avait été marquée par un engagement financier inédit de la Russie. Et dans trois semaines se tiendra une troisième réunion internationale, dédiée au million de réfugiés syriens accueillis par le Liban. Un fardeau que le pays du Cèdre souhaite partager. «Rien n’est garanti, concède le diplomate. Des Libanais voulaient des financements sans réformes, et certains bailleurs, la Grande-Bretagne, notamment, voulaient des réformes sans financement.»

Jusqu’au dernier moment, l’Arabie saoudite, l’un des «grands électeurs» du Liban, en tant que défenseur des sunnites – aux côtés de l’Iran pour les chiites et de la France pour les chrétiens – a laissé planer le doute sur le montant de son aide: un milliard de dollars en prêt. Téhéran n’avait pas été invité à Paris. Quant à son allié libanais, le Hezbollah, il a affiché jusqu’à maintenant une «neutralité» vis-à-vis de ces réformes.