Lettre hebdomadaire du Vendredi 07 Février 2020

Au cœur de l’actualité cette semaine, les suites du plan de paix américain pour le Proche-Orient, le regain de tensions à Jérusalem, et les frappes israéliennes en Syrie.

Jeudi 6 février, Jared Kushner, le gendre et conseiller du président américain Donald Trump, a défendu devant le Conseil de sécurité des Nations unies la nécessité de rompre avec « les habitudes » pour « le plus difficile problème au monde » en présentant le plan de paix pour le Proche-Orient. « Les gens veulent voir des idées nouvelles et des progrès. Nous avons eu des discussions très constructives avec chacun » des pays présents « et nous voulons travailler ensemble avec le Conseil et d’autres pays pour obtenir des progrès », a-t-il détaillé après sa réunion lors d’un entretien avec des médias. Pendant plus de deux heures, à l’aide de cartes et graphiques, il a tenté de montrer qu’il était temps de remédier à l’impasse dans laquelle se trouvent les Israéliens et les Palestiniens. Plusieurs pays, dont le Royaume-Uni ou la Belgique, ont jugé que la réunion avait été « très intéressante ». Selon le conseiller américain, la publication récente du plan a provoqué « une tonne de fissures » dans l’approche de plusieurs Etats. Il a notamment cité l’Union européenne qui, selon lui, « n’a pas été en mesure d’avoir une déclaration consensuelle » sur le plan. Le plan « pourrait représenter la dernière chance » pour les Palestiniens d’avoir un Etat, a aussi estimé Jared Kushner, en soulignant qu’Israël avait accepté cette perspective.  « Il est très très difficile d’avoir un Etat contigu où vous pouvez conduire d’une extrémité à l’autre », a-t-il fait valoir, se targuant d’être « pragmatique ». Il a précisé qu’une commission allait être prochainement créée avec Israël pour avoir une carte plus détaillée de la possibilité d’avoir un Etat palestinien « sans check-points au milieu ». En estimant que le président palestinien Mahmoud Abbas avait « une responsabilité » dans les violences de ces derniers jours en Israël, le conseiller américain a souligné dans le même temps que la porte restait ouverte. « Si les Palestiniens veulent négocier » le plan, « alors qu’ils viennent à la table et négocient »« S’ils viennent à la table, alors il y aura peut-être de la flexibilité du gouvernement israélien », a-t-il dit.

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L’ancien Premier ministre israélien, Ehud Olmert, et le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, tiendront mardi prochain une conférence de presse conjointe contre le plan de paix américain, a rapporté jeudi la chaîne israélienne Channel 12. Ehud Olmert devrait faire part de son opposition au projet américain et réaffirmer Mahmoud Abbas, ils avaient pratiquement conclu un accord de paix avant qu’il ne quitte ses fonctions en 2009, alors qu’il était accusé de corruption. Mahmoud Abbas a quant à lui rejeté le plan proposé par les Américains avec véhémence, le qualifiant de « gifle du siècle ». Il a juré que les Palestiniens l’enverraient « dans les poubelles de l’histoire ». Jared Kushner, a tourné en dérision jeudi l’annonce de cette conférence de presse conjointe, la qualifiant de « presque pathétique ». « Il est presque pathétique qu’ils critiquent les efforts des autres pour essayer de parvenir à un accord », a déclaré Kushner. « Cela est le fruit de beaucoup de jalousie pour ne pas être arrivé à une solution eux-mêmes. » Il a insisté sur le fait qu’Ehud Olmert et Mahmoud Abbas ne devraient pas critiquer la tentative de la Maison Blanche de résoudre le conflit israélo-palestinien : « Si vous voulez vraiment faire la paix, alors vous devez encourager les efforts d’autres personnes au lieu d’essayer de faire les gros titres alors que vous n’êtes pas pertinents », a souligné Jared Kushner.

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Quatorze personnes ont été blessées, dont une grièvement, lorsqu’une voiture a foncé dans la foule dans la nuit du mercredi 5 au jeudi 6 février en plein centre de Jérusalem, lors d’une attaque terroriste. La majorité des 14 personnes blessées sont des soldats israéliens, a précisé l’armée. Cet attentat à la voiture bélier a eu lieu au niveau de la First station, l’une des attractions de la vie nocturne de la ville sainte située à Jérusalem-Ouest, à la lisière de la partie orientale. Selon la police, la voiture a foncé sur la foule vers 1h45 sur l’avenue contournant cette ancienne gare ottomane reconvertie en lieu de loisirs, avec quantité de bars et surtout de restaurants.« Des unités de police et les secouristes sont arrivés sur les lieux et tentent de retrouver le véhicule », a annoncé le porte-parole de la police israélienne Mickey Rosenfeld.Le mouvement islamiste palestinien Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, a salué l’attaque, la considérant comme une réponse»au plan de Donald Trump. « L’opération de la résistance dans le centre de Jérusalem occupée est une réponse tangible de notre peuple au plan de destruction de Trump », a déclaré le porte-parole du Hamas Hazem Qassem dans un communiqué.

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Un nouvel épisode militaire a eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi entre la Syrie et Israël. Des correspondants de l’Agence France-Presse dans plusieurs quartiers de la capitale syrienne ont entendu plusieurs explosions très fortes aux alentours de 0 h 15. La télévision étatique a diffusé des images montrant des explosions dans le ciel noir après l’activation de la défense antiaérienne. La Sana précise que les frappes israéliennes ont visé le secteur d’al-Kiswah, déjà ciblé à plusieurs reprises par le passé, mais aussi Marj al-Sultane et Jisr Bagdad. Au moins 17 combattants, dont huit soldats syriens et des Iraniens, ont été tués dans des raids, selon un nouveau bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Parmi les victimes figurent notamment trois Iraniens et sept autres combattants de nationalité étrangère qui appartiennent à des milices pro-Iran, tués dans le secteur de Kesswa, au sud-ouest de la capitale Damas.

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Les forces du régime syrien, aidées par les Russes, ont progressé dans une ville clé de la province d’Idleb à la faveur d’une offensive destructrice contre cette région du nord-ouest du pays en guerre, où 17 civils dont des enfants ont péri jeudi. Face au drame humanitaire provoqué par cet assaut qui a repris de plus belle en décembre contre la région d’Idleb et des secteurs limitrophes, le Conseil de sécurité de l’ONU doit tenir jeudi à New York une réunion d’urgence. L’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, devrait faire un exposé sur la situation lors de la réunion organisée à la demande des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni, selon des diplomates. En deux mois, quelque 586.000 personnes ont été déplacées par les hostilités dans cette région dont la moitié est dominée par les jihadistes et où sont présents des groupes rebelles, selon un nouveau bilan de l’ONU.