Lettre d’informations du Vendredi 29 Novembre 2019

Au cœur de l’actualité cette semaine, les menaces de la France à l’encontre de l’Iran qui ne respecte pas ses engagements sur le dossier nucléaire, la fronde populaire au Liban s’intensifie tandis que la classe politique se déchire, l’annulation de la « Marche du retour » à Gaza pour la troisième semaine consécutive et l’impasse politique en Israël. S’ils étaient jusque-là les plus fervents défenseurs de l’accord de Vienne sur le nucléaire de 2015, les Européens, et les Français en particulier, semblent ces dernières semaines changer de position vis-à-vis de la République islamique et de leur soutien à l’accord. La France a averti mercredi l’Iran qu’elle serait prête à enclencher la procédure de mise en route d’un mécanisme inclus dans le marché pouvant, à terme, mener au rétablissement de sanctions internationales de l’ONU contre Téhéran. « Tous les deux mois, il y a une encoche supplémentaire (de l’Iran au texte), si bien qu’on s’interroge aujourd’hui, je le dis très clairement, sur la mise en œuvre du mécanisme de règlement des différends qui est prévu dans le traité », a ainsi expliqué le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. « Étant donné la succession d’actions prises par les autorités iraniennes, qui sont progressivement en rupture avec le contenu du JCPOA, la question se pose », a-t-il ajouté. Le dispositif en question est appelé « Snap-Back ». « Un mécanisme de retour automatique de toutes les sanctions de l’ONU en cas de violation par l’Iran de ses obligations permettra de s’assurer que Téhéran respectera ses engagements pendant toute la durée de l’accord », stipule le texte de l’accord. L’Iran a rejeté jeudi les interrogations « irresponsables » de la France sur un possible déclenchement du mécanisme de résolution des conflits prévu par l’accord de 2015 sur le programme nucléaire de la république islamique, et susceptible de déboucher sur un rétablissement des sanctions internationales. Invoquer cette clause est impossible, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, cité par la télévision iranienne.

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Mardi, les tensions se sont étendues au Liban. A Baalbek, dans l’est, des partisans de Amal et du Hezbollah ont à nouveau agressé des protestataires, comme à Tyr, la veille. Au nord de Beyrouth, des échauffourées ont opposé des supporteurs de partis chrétiens adverses. A Tripoli, des manifestants s’en sont pris à des banques et à un bureau de la formation du président, Michel Aoun. Dans la banlieue de Beyrouth, l’armée a imposé un cordon de sécurité entre sympathisants chiites et chrétiens de quartiers rivaux. Malgré la menace d’un dérapage violent et le spectre des tensions confessionnelles, les observateurs les plus optimistes veulent voir dans cette série de confrontations des incidents orchestrés par les partis dans une logique de démonstration de force politique. Le nouveau gouvernement n’est en effet toujours pas formé. Pour sa part, le Hezbollah nie avoir envoyé ses partisans mais sans convaincre. Cette série d’incidents pose un défi de taille aux manifestants qui redoutent d’être la cible de nouvelles violences et de se faire confisquer le soulèvement par des partis politiques accusés d’utiliser la rue à leurs propres fins. Le Liban est la troisième économie la plus endettée au monde derrière le Japon et la Grèce. 126 milliards de dollars, soit 151 % du PIB, selon le FMI. Il s’enfonce dans une récession sans précédent et est au bord de la faillite. 35 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté et le chômage tourne autour de 20 %. La classe moyenne s’appauvrit alors qu’elle est frappée par l’augmentation de taxes et d’impôts. La jeunesse libanaise, éduquée et polyglotte, ne voit d’avenir économique que dans l’exil. Les Libanais ne supportent plus de constater la corruption de ses élites politiques (en 2018, le Liban se classait 138e sur 180 dans le classement des pays les plus corrompus de l’organisme Transparency International), les héritiers du partage du pouvoir de l’après-guerre qui, eux, s’enrichissent à même les ressources de l’État pendant que le peuple peine à vivre.

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Le Hamas et des intermédiaires représentant Israël ont entamé ces deux derniers jours des discussions concernant un cessez-le-feu à long terme incluant notamment la question des prisonniers palestiniens et des Israéliens portés disparus dans la bande de Gaza, rapporte vendredi le journal libanais Al-Akhbar. Selon le journal, les discussions incluent également la mise en place d’une usine de dessalement d’eau financée par la Turquie et la construction d’un nouvel hôpital financé par les États-Unis, ainsi que la pose d’une nouvelle ligne électrique. Al-Akhbar rapporte par ailleurs que l’envoyé de l’ONU au Moyen-Orient, Nikolai Mladenov, va rencontrer des responsables du Hamas pour évoquer avec eux toutes ces questions. Par ailleurs, le journal Al-Arabi Al-Jadeed a annoncé que le comité d’organisation des marches du retour voulait réduire les manifestations à la frontière entre Gaza et Israël, et les réserver pour des événements spéciaux. Selon le journal, le Hamas craint que les tirs de riposte de l’armée israélienne contre les émeutiers ne pousse le Djihad islamique à réagir, et provoquer à un embrasement à Gaza. Hier, la Commission suprême, qui organise les manifestations à Gaza, a annoncé que les manifestations n’auraient pas lieu vendredi, pour la troisième semaine consécutive.

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Des milliers de personnes ont manifesté mardi soir à Tel-Aviv en soutien au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, inculpé la semaine dernière pour corruption, a constaté l’AFP. « Netanyahu, le peuple est avec toi » et « Non a la dictature judiciaire », pouvait-on lire sur des affiches brandies par les manifestants. Pour cette manifestation, la première depuis l’annonce de l’inculpation du chef du gouvernement israélien, le Likoud, son parti, avait organisé des bus de tout le pays. Au sein même du Likoud, le Premier ministre est ouvertement contesté. Gideon Saar, un de ses anciens protégés, l’appelle à démissionner et se présentera contre lui aux primaires du parti. Autre signe manifeste de faiblesse : seuls une ministre et trois députés du Likoud sur 32 ont participé à la manifestation de Tel Aviv. Le procureur général, Avishaï Mandelblit, à l’origine des inculpations du Premier ministre, ainsi que deux de ses plus proches adjoints, ont été menacés de mort. Le fait que les trois principaux représentants du système judiciaires « aient besoin d’être protégés par des garde du corps n’est pas acceptable », a déploré Avishaï Mandelblit. L’avenir politique de Benyamin Netanyahou est-il condamné ? La question de savoir s’il pourra rester au pouvoir en dépit de son inculpation pour corruption après les nouvelles élections n’a pas encore été tranchée par le procureur et la Cour suprême. Jusqu’à présent, les sondages ne prévoient pas d’effondrement du Likoud, qui a plutôt tendance à bien résister, sans pour autant être en mesure d’éviter un troisième match nul avec l’opposition. Le suspense reste entier dans un pays qui risque de connaître une période de tensions.

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