Lettre d’informations du Vendredi 28 Février 2020

A l’actualité cette semaine, les législatives israéliennes approchent à grands pas, les tensions entre Israël et le Jihad islamique, le blocage par Naftali Bennett d’un transfert de 4 millions de dollars en provenance de l’Iran pour le Hamas, et l’inquiétante banalisation de l’antisémitisme en Europe.

Alors que les 3èmes élections législatives se tiendront lundi 2 mars, l’indifférence générale semble être de mise pour les Israéliens usés par ce phénomène de bis repetita. Après les scrutins d’avril et de septembre 2019 où le Likoud de Benyamin Netanyahou et le parti centriste « Bleu-blanc » de Benny Gantz sont arrivés au coude-à-coude, les Israéliens sont appelés à mettre fin à la plus longue crise politique de l’histoire du pays. Les derniers sondages placent les listes des deux hommes à une quasi égalité, et nul camp ne semble en mesure de rallier une majorité de sièges au Parlement. Ces dernières semaines, Benyamin Netanyahou a concentré ses attaques contre les partis arabes d’Israël, et des affiches avec le slogan « sans Ahmed Tibi », un ténor de la Liste unie  des partis arabes, ont fait leur apparition sur les artères du pays. Lors des dernières élections, les partis arabes avaient causé la surprise en terminant en troisième place et soutenu, sans succès, Benny Gantz, pour le poste de Premier ministre. Dans sa dernière ligne droite, l’ancien Chef d’état-major s’est retrouvé malgré lui sous les feux des projecteurs. Un procureur a lancé cette semaine une enquête criminelle sur l’octroi de fonds publics, sans appel d’offre, d’une valeur d’environ un million d’euros à la société de cybersécurité Fifth Dimension, anciennement présidée par Benny Gantz. Le procureur général a rapidement dissipé des soupçons en soutenant que le chef du parti « Bleu-blanc » n’était pas inquiété dans cette affaire. Mais cela n’a pas empêché Benjamin Netanyahou de saisir la balle au bond en lui dans une vidéo, si obtenir frauduleusement un contrat n’était « pas de la corruption de premier ordre ».

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Le ministre israélien de la Défense Naftali Bennett a signé jeudi un ordre de saisie sur un transfert de 4 millions de dollars en provenance de l’Iran à destination du groupe terroriste Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza. “La pieuvre iranienne déploie ses tentacules autour de nous. Notre activité de contre-terrorisme ne se limite pas uniquement au champ de bataille, mais touche également le portefeuille”, a affirmé le ministre. “Nous menons une vaste campagne contre les terroristes du monde entier. Nous poursuivrons toute personne qui essaie de nous faire du mal, pour que le meurtre d’Israéliens ne soit plus une activité rentable”, a-t-il mis en garde. Les fonds étaient notamment destinés à développer les infrastructures du groupe terroriste dans l’enclave côtière, notamment la production d’armes, et à payer les membres de l’organisation. Le décret signé par Naftali Bennett est dirigé contre la société de change “Elmhadon Gaza”, présidée par l’homme d’affaires Zuhir Shmalach. Ce dernier a remplacé Hamed Ahmed Abed Khudari, qui était en charge des transferts de fonds entre la République islamique et les groupes terroristes dans la bande de Gaza. Khudari a été neutralisé en mai 2019 par Tsahal. L’ordre de saisie a pu être rédigé grâce au travail conjoint de la Branche des renseignements de l’armée israélienne et du Département économique de la lutte contre le terrorisme du ministère de la Défense.

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Lundi 2 février, le Jihad islamique palestinien a pilonné Israël pour la deuxième journée, tirant 90 roquettes, à une semaine des élections. Après le premier jour, l’armée de l’air israélienne avait frappé des cibles du Jihad autour de Damas ainsi que de nombreux sites dans la bande de Gaza. Le groupe terroriste palestinien a fait d’Ashkelon, avec son port et sa zone industrielle, la plus grande ville israélienne sous le feu des roquettes. Il n’y a eu aucune victime au cours du blitz du Jihad Islamique, bien qu’une usine alimentaire ait été directement touchée, en grande partie en raison du nombre élevé d’interceptions par les batteries de défense Dôme de Fer. Tsahal a accompagné les vagues de tirs de roquettes palestiniens par des frappes continues d’artillerie aérienne et de chars contre les installations du Jihad et ses centres de commandement, ainsi qu’en menant la chasse aux équipes de servants de lance-roquettes. Puis, tôt lundi soir, le Jihad islamique a soudainement annoncé dans un communiqué que son offensive de représailles était terminée. Au cours de la journée, Benyamin Netanyahou a averti que si la violence se poursuivait, Israël aurait recours à une opération militaire dans la bande de Gaza, qui comprendrait des tactiques innovantes et surprenantes, inédites lors des précédentes opérations antiterroristes de Tsahal. Le ministre de la Défense Naftali Bennett a quant à lui dit aux dirigeants des communautés et des villes du sud, qui avaient conseillé à la population de fermer les écoles une journée, de ne pas s’attendre à ce que Tsahal se lance dans une opération à grande échelle à Gaza avant les élections générales du 2 mars.

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Quelques jours seulement après la polémique autour du carnaval d’Alost, en Belgique, l’Espagne a également et tristement défrayé la chronique. Le porte-parole de l’ambassade d’Israël en Espagne a dénoncé mardi, la banalisation « répugnante et vile » de l’Holocauste au carnaval de Campo de Criptana (province de Ciudad Real), rapporte le journal espagnol El Periodico. En cause : un défilé au cours duquel des personnes portaient un uniforme ressemblant fortement l’uniforme nazi. Sur des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, on voit également un char, évoquant un camp de concentration, ainsi que des personnes en uniforme rayé, rappelant celui des déportés, dansant sur une musique populaire et entraînante. Au même moment, le Conseil de l’Europe s’est alarmé de la multiplication des actes et de la banalisation des discours racistes en Europe, mettant aussi en garde contre les risques de discrimination représentés par l’intelligence artificielle. Dans son rapport annuel 2019 publié jeudi, l’organe indépendant d’experts du Conseil de l’Europe chargé de combattre le racisme, l’ECRI, pointe « l’influence croissante des politiques ultranationalistes et xénophobes en Europe, un discours de haine qui donne le ton sur les réseaux sociaux, une islamophobie et un antisémitisme rampants, et un environnement de plus en plus hostile aux ONG qui œuvrent pour les groupes vulnérables », les qualifiant d’ « évolutions alarmantes ».

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