Lettre d’informations du Vendredi 14 Février 2020

Au cœur de l’actualité cette semaine, Aviv Kohavi, Chef d’état-major de Tsahal, a présenté son plan pluriannuel, le leader de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à rejeté le plan de paix américain à la tribune de l’ONU tandis que le Haut Commissariat de l’organisation a publié une liste diffamatoire de 112 sociétés implantées dans les implantations juives de Cisjordanie.

Approuvé par le ministre de la Défense Naftali Bennett, le plan pluriannuel 2020-2024 de Tsahal a été présenté jeudi 13 février par Aviv Kohavi au Premier ministre Benyamin Netanyahou et sera approuvé par le Conseil des ministres, ont indiqué les militaires. Israël mise sur l’achat et le développement « massifs » de drones afin d’accroître sa supériorité militaire et mener des opérations en zone urbaine, a-t-il annoncé. Il « améliorera la létalité de l’armée, en terme de précision et de réduction de la durée des campagnes » militaires. L’armée israélienne voit le Hezbollah, le Hamas et les forces iraniennes Al-Qods comme ses principaux ennemis. Ces organisations « ont une capacité et une structure dignes d’une armée » et se préparent à un « barrage massif et sans précédent de roquettes et de missiles contre la population civile d’Israël et de ses infrastructures », a déclaré le porte-parole de l’armée Jonathan Conricus. L’attaque pourrait venir de « deux à trois fronts » et ce, « simultanément », voire inclure des missiles de plus longue portée, a-t-il précisé lors d’une conférence téléphonique. « Nous voulons créer un plus grand écart entre nos capacités et celles de nos ennemis », a indiqué le général Conricus, en terme défensif, comme les systèmes antidrones, mais aussi offensif, avec le développement de drones capables de mener des frappes en « milieu urbain ».

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Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’est exprimé mardi à la tribune de l’ONU avec deux objectifs: solliciter une nouvelle fois une large médiation internationale, en guise de contre-feu à la « vision » de Washington pour une paix  israélo-palestinienne, et rappeler envers et contre tout qu’il demeure un interlocuteur incontournable pour Israël. Mahmoud Abbas a redit son refus total du plan américain : « Cette carte ressemble à un fromage à trous suisse ! », a-t-il déclaré, en brandissant une reproduction des frontières proposées par Washington. « Qui d’entre vous accepterait un Etat dans ces conditions ? » Selon lui, cette proposition est « un plan préemptif ­israélo-américain pour mettre un terme à la question de la Palestine », qui ferait de son pays « un Etat fragmenté », a-t-il insisté, et acterait une situation « d’apartheid ». Plus que jamais, le vieux raïs est isolé sur la scène internationale. Ce nouveau revers diplomatique met en lumière un désintérêt pour la cause palestinienne. Et fait entendre la dissonance entre les déclarations de principe énoncées au niveau régional – qu’il s’agisse de la Ligue arabe, de l’Organisation de la coopération islamique, de l’Union africaine ou même de l’Union européenne – et les réactions individuelles des nations, bien plus timorées.

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Depuis quelques années, les Etats sunnites du Golfe ont opéré un rapprochement  avec Israël, qui comme eux, redoute la montée en puissance de l’Iran. Cette convergence d’intérêts peut s’expliquer par plusieurs facteurs : l’ascension d’une nouvelle génération de leaders, incarnée par Mohammed Ben Salman, le prince héritier saoudien, qui ne partagent pas les préventions de leurs aînés vis-à-vis de l’Etat hébreu et une forme de fascination non dite pour la modernité technologique israélienne. De plus, il n’est pas exclu que les refus systématiques des Palestiniens de négocier toute proposition ait usé la communauté internationale. Un autre phénomène de fond érode la centralité de la cause palestinienne dans les consciences arabes : l’effondrement de plusieurs pays, en proie à des guerres civiles dévastatrices et à des difficultés économiques inextricables. Pour des millions de citoyens arabes, l’ennemi numéro un de leur émancipation politique et sociale est devenu leur propre régime. La descente aux enfers de la Syrie, en particulier, a relégué la question palestinienne au second plan.

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Mercredi 12 février, Le gouvernement israélien a qualifié de reddition honteuse à des pays et organisations hostiles à Israël la liste, publiée par l’ONU, de sociétés ayant des activités dans les implantations juives de Cisjordanie. De Bezeq à Motorola en passant par Airbnb, 112 entreprises ont été inscrites sur la liste noire du rapport de l’ONU. 94 d’entre elles sont Israéliennes et 18 sont issues de cinq autres pays (USA, Pays-Bas, France, Luxembourg et Thaïlande). Le ministère des Affaires étrangères israélien a demandé au consulat américain d’agir. Afin que dans le cas où des entreprises décident de boycotter Israël, elles-mêmes seront « boycottées » en retour par les États-Unis sachant que la liste comprend également sept sociétés américaines: Airbnb, Expedia, Bamford Excavators, Opodo, Trip Advisor, General Mills et Motorola. Parallèlement à cela, Israël a déjà décidé de geler ses liens avec la Commission des droits de l’homme au motif que cette institution sert la campagne BDS. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a déclaré: « Ceux qui nous boycotterons seront boycottés eux-mêmes. Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies essaie simplement de discréditer Israël. » Le ministre palestinien des Affaires étrangères Riyadh al-Maliki a exigé que l’ONU et le Conseil des droits de l’homme examinent la liste et ordonnent la fermeture des usines de ces sociétés en Judée-Samarie. Le Premier ministre palestinien menace de demander la mise en œuvre d’une action internationale contre la liste noire. « Leur présence contrevient au droit international et aux décisions de l’ONU. Nous poursuivrons les entreprises qui sont légalement inscrites sur la liste des institutions du droit international et des tribunaux du pays, car elles participent à des violations des droits de l’homme en Palestine. Il a en outre proposé que les Palestiniens obtiennent également une compensation pour ce qu’ils appellent « l’utilisation illégale du territoire occupé ». Sur le plan économique, il pourrait y avoir une forte pression sur les entreprises internationales qui opèrent en Cisjordanie, ce qui risquerait de conduire certaines d’entre elles à décider de cesser leurs activités dans les territoires. La crainte est que certaines cessent même d’opérer en Israël tout court, car elles ne pourront pas faire de distinction entre Israël et les territoires. Pourtant ce sont les quelque 30 000 Palestiniens qui travaillent dans ces zones industrielles qui sont les premières victimes. Alon Union, directeur général de la Kiryat Arba Hebron Economic Society, a déclaré que « la décision malheureuse de l’ONU nuit d’abord et avant tout à la population palestinienne car les entreprises seront endommagées financièrement et devront licencier les employés. Les Palestiniens qui travaillent ici reçoivent les mêmes conditions que les employés juifs, conditions qui ne leur seront jamais accordées ». La campagne BDS qui a eu raison de la faiblesse de l’ONU et n’a pour but ultime que de délégitimer et isoler Israël, peine décidément à comprendre qu’elle nuit avant tout aux intérêts des Palestiniens.