Lettre d’informations du Vendredi 13 Décembre 2019

Cette semaine,  une première s’est produite dans l’histoire d’Israël. Face à l’impossibilité de bâtir un gouvernement, les électeurs voteront pour la troisième fois en un an. Depuis le 21 novembre, les députés israéliens avaient un délai de vingt et un jours pour désigner un candidat qui, soutenu par 61 des 120 membres du Parlement, aurait été capable de former une coalition gouvernementale. Il s’agissait de la dernière tentative de former un gouvernement après le scrutin du 9 septembre, où le Likoud et le mouvement centriste Bleu Blanc étaient au coude-à-coude. Leurs dirigeants respectifs, Benyamin Netanyahou et son rival Benny Gantz, n’ont pas réussi à trouver un accord pour former le gouvernement d’union nationale que leur avait recommandé le président Reouven Rivlin pour sortir le pays de l’impasse. Dès le début de la semaine, alors qu’il devenait manifeste que les pourparlers n’aboutiraient pas, les deux candidats se sont mutuellement rejetés la responsabilité de cet échec imminent. A plusieurs reprises, Benny Gantz a dénoncé les manœuvres du premier ministre en vue d’assurer son immunité parlementaire à la suite de l’annonce par le procureur général, Avichaï Mandelblit, le 21 novembre, de sa mise en examen pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires. Dernièrement, la situation judiciaire du premier ministre est donc devenue l’argument principal de Benny  Gantz pour justifier du blocage politique actuel, ainsi que son principal levier de négociation.

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Avec des élections fixées au 2 mars, la campagne sera courte avec une issue qui pourrait être similaire à celle des deux scrutins précédents. Les premiers sondages publiés par la chaîne 13 annoncent déjà un prochain coude-à-coude entre le Likoud et Bleu Blanc, avec une légère avance pour le second. Près de la moitié des Israéliens interrogés tiennent le Premier ministre pour responsable de ce nouveau scrutin. Ils pourraient le lui faire payer par leur bulletin, alors que le candidat Netanyahou est désormais triplement inculpé. Au sein du Likoud, la rébellion commence à s’organiser. Depuis la mise en examen du premier ministre, le député Gideon Saar s’est imposé comme son principal rival dans la succession à la tête du parti. Des primaires devraient avoir lieu le 26 décembre pour en décider. Interrogé cette semaine dans le quotidien gratuit Israel Hayom, Gideon Saar affirmait qu’en conservant Benyamin Netanyahou à la direction du Likoud « le gouvernement de droite serait en péril ».

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Au lendemain de la dissolution de la Knesset, tous les grands journaux israéliens et internationaux ont souligné une circonstance inédite, certains suggérant même l’éventualité d’une quatrième élection. Les journaux israéliens sont très acerbes concernant la situation : le Yediot Aharonot a titré sa une « La honte », le quotidien Israel Hayom a pour sa part qualifié cette impasse politique de « Cirque« . A l’international, le New York Times a titré : « Israël se dirige vers une troisième élection record, l’impasse se prolonge », rappelant l’échec de Netanyahou et de Gantz à former un gouvernent, puis de la Knesset à élire un candidat capable d’obtenir une majorité. Même son de cloche en Espagne où El País a titré : « Israël convoque les troisièmes élections en moins d’un an », rappelant que Madrid a vécu une situation similaire, puisqu’en novembre dernier, les Espagnols s’étaient rendus pour la 4ème fois aux urnes.

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En Grande-Bretagne, la communauté juive était soulagée, jeudi, après l’annonce de l’échec cuisant de Jeremy Corby aux élections. De nombreux Juifs britanniques avaient déclaré que les élections étaient particulièrement déterminantes à leurs yeux dans la mesure où ils avaient le conviction de l’existence d’un antisémitisme devenu pratiquement institutionnel au sein du Labour sous la direction de Corbyn, un politicien pro-palestinien élu à la tête du parti en 2015. Ses liens avec les membres des groupes terroristes du Hamas et du Hezbollah et des photos de lui en train de déposer une gerbe sur les tombes de terroristes palestiniens avaient inquiété les Juifs britanniques et les Israéliens, qui avaient craint qu’Israël puisse perdre son alliance proche avec le Royaume-Uni en cas de victoire de Corbyn. L’ancien maire de Londres, Ken Livingstone, un soutien de Corbyn qui a été exclu du parti pour des déclarations considérées comme antisémites, a blâmé la communauté juive pour la défaite du parti. « Le vote juif ne nous a pas beaucoup aidés », a-t-il déclaré auprès de la Press Association. Corbyn avait juré de ne pas tolérer le racisme au sein de sa formation mais les responsables de la communauté juive britannique avaient indiqué que lui-même faisait partie du problème. Un récent rapport écrit par le Jewish Labour Movement avait révélé que lui-même s’est rendu coupable d’antisémitisme à au moins neuf occasions.

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