Lettre d’Informations d’ELNET du Vendredi 02 Novembre 2018

Cette semaine a encore témoigné d’un rapprochement toujours plus accru entre Israël et les pays du Golfe. Le 26 octobre dernier, Benyamin Netanyahou s’est rendu au Sultanat d’Oman, sans que la visite soit annoncée. Ce n’est pas la première fois qu’un Premier ministre israélien se rend à Mascate, a rappelé le quotidien israélien Haaretz : « Yitzhak Rabin avait été le premier en 1994. En 1996, son successeur, Shimon Peres, avait également rencontré le sultan. De même, le ministre omanais des Affaires étrangères s’était rendu en Israël en 1995, et en 2008, la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, avait rencontré son homologue omanais. » Mais ce genre de démarche apparaît tout à fait surprenante quand les deux pays n’ont officiellement pas de relations diplomatiques. En revanche, c’est sans doute la première fois que les médias omanais affichent à ce point la proximité du Sultanat avec Israël. « Il est juste de dire qu’Oman est le pays de la paix comme l’affirme Sa Majesté le sultan Qabous ben Saïd – que Dieu le protège et lui donne longue vie – et qu’il n’hésite jamais à parler à tous les acteurs, quels que soient leurs différends », a affirmé l’éditorial du quotidien Oman.

Trois jours plus tard, c’est la ministre israélienne de la Culture et des Sports Miri Regev qui a fait une visite historique aux Émirats arabes unis en accompagnant l’équipe de judo de son pays au Grand Chelem d’Abu Dhabi. Pour l’occasion elle a même été invitée à visiter la mosquée Cheikh Zayed, la plus grande de la ville. C’est la première fois qu’un ministre israélien se rend à un événement sportif dans cette région. C’est également la première fois qu’une délégation israélienne participe à cette compétition sous son drapeau national, au cours de laquelle l’hymne officiel, l’Hatikva, a résonné lors de la remise de la médaille d’or aux judokas Sagi Muki et Peter Paltchik.

Ce rapprochement est aujourd’hui essentiel aux yeux du Premier ministre israélien, dans un contexte de realpolitik qui se justifie par une convergence d’intérêts stratégiques face à un ennemi commun : l’Iran, perçue comme une menace existentielle par Israël et comme le rival chiite honni par l’Arabie saoudite et ses alliés du Golfe.

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Au niveau frontalier, alors que les tensions entre Israéliens et Gazaouïs se poursuivent du fait des provocations incessantes du Hamas et du Jihad islamique, Benyamin Netanyahou s’est dit favorable à une médiation de l’ONU et de l’Egypte entre Israël et le Hamas pour éviter une crise humanitaire dans la bande de Gaza. Treize membres d’une délégation égyptienne se sont rendus mardi dans l’enclave pour rencontrer des responsables du Hamas, selon des sources sécuritaires palestiniennes dans l’enclave. Des responsables égyptiens ont effectué ces derniers mois une série de visites dans la bande de Gaza.

D’habitude, les dirigeants israéliens s’expriment rarement sur les tractations menées par les Égyptiens mais la situation est extrêmement préoccupante. Le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman a de son côté a affirmé à plusieurs reprises qu’il ne croyait pas qu’un arrangement soit possible avec le Hamas tout en préconisant des « coups très durs » contre le mouvement islamiste.

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Mahmoud Abbas, leader de l’Autorité palestinienne, pourtant bien isolé dans le monde arabe, continue de se fermer à toute discussion. En effet, les membres du Conseil central palestinien, un organe clé de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), se sont prononcés lundi en faveur de la suspension de la reconnaissance de l’Etat d’Israël et de l’arrêt de la coopération sécuritaire en Cisjordanie avec Israël. Les membres du Conseil central ont émis le souhait que cette suspension se prolonge jusqu’à la reconnaissance de l’Etat palestinien par Israël, à l’issue de deux jours de réunion à Ramallah en Cisjordanie.

Le Conseil central avait déjà lancé de tels appels en janvier et en 2015, mais ils n’avaient pas été mis en application par la direction de l’OLP et le président Mahmoud Abbas. Ce dernier a de nouveau promis de s’opposer à toute proposition de paix au conflit israélo-palestinien qui émanerait du président américain Donald Trump. Il reproche notamment à l’administration américaine la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël en décembre 2017 et l’annonce qu’elle ne financerait plus l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA).

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En Israël, la vie politique a été marquée par le premier tour des élections municipales. Les Israéliens étaient appelés mardi 30 octobre à désigner leurs élus locaux, lors du premier tour des élections municipales, les scrutins locaux et nationaux répondant toutefois à des logiques de vote différentes. Ainsi, si les candidats soutenus par Benyamin Netanyahou n’ont pas obtenu l’aval des citoyens au niveau local, il reste le responsable politique le plus populaire du pays et ne devrait guère être affaibli par ce scrutin avant d’affronter une année cruciale en 2019. Avi Gabbay, le chef du Parti travailliste, peut savourer un certain nombre de victoires : la candidate de la formation de centre-gauche à la mairie de Haïfa, troisième ville du pays, a créé la surprise en battant le maire en place depuis 15 ans, devenant ainsi la première femme à la tête d’une grande ville israélienne. A Tel-Aviv, le maire sortant – lui aussi membre du Parti travailliste – a résisté aux assauts d’un de ses anciens adjoints.

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Enfin, on ne peut finir ce bilan d’actualité de la semaine sans évoquer la tragédie de Pittsburg, où le débat sur les juifs des Etats-Unis refait surface en Israël. Antisémite assumé, l’auteur du massacre, qui avait a évoqué « son désir de tuer des Juifs » a arraché la vie de 11 fidèles de la synagogue Tree of Life, suscitant une grande vague d’émotion et d’indignation. Selon les chiffres de l’Anti-Defamation League, les attaques à caractère antisémite ont enregistré l’année dernière une hausse de 57 % par rapport à 2016, avec 1 986 incidents recensés. Au cours de plusieurs prises de parole tout au long de la journée, Donald Trump a dénoncé la « haine » aux États-Unis et affirmé qu’il « ne doit y avoir aucune tolérance pour l’antisémitisme ». « L’antisémitisme et la persécution des juifs représentent l’un des traits les plus sombres et les plus ignobles de l’histoire humaine », a-t-il ajouté. Plusieurs villes des États-Unis, dont New York, ont annoncé prendre des mesures pour protéger les lieux de culte. Le Premier israélien Benjamin Netanyahou a déploré une attaque « antisémite horrible ». Berlin, Ottawa, Paris et l’ONU ont aussi condamné l’attaque.

La tuerie de Pittsburg nous rappelle que l’antisémitisme porté par l’extrémisme identitaire nationaliste ou religieux est historiquement un signal grave qui en dit long sur l’instabilité de nos sociétés. Du reste, cela fait plusieurs décennies en France que les leaders de la communauté juive essaient de faire comprendre à la classe politique que les Juifs sont les « sentinelles de la république »

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