La Lettre d’Informations d’Elnet du 26 Octobre 2018

Cette semaine a été marquée par le renforcement des liens stratégiques entre Israël et ses alliés. Le vice-président de la République populaire de Chine, Wang Qishan, à la tête d’une importante délégation ministérielle, a effectué lundi une visite de quatre jours en Israël. Une première depuis 18 ans pour un responsable chinois de ce rang. Ces rencontres marquent une nouvelle étape dans le rapprochement économique entre les deux pays, qui ont lancé en 2016 des discussions sur un traité de libre-échange. Pékin a multiplié les investissements en Israël ces dernières années, à hauteur de 25 milliards de dollars, prenant le contrôle de plusieurs compagnies israéliennes et décrochant également d’importants contrats à long terme, notamment dans le domaine des infrastructures.

La quatrième réunion de la Commission conjointe sur la coopération et l’innovation qui se tient alternativement dans les deux pays, s’est conclue par la signature de huit accords de coopération dans le domaine de la science, du digital et de l’agriculture. Cette montée en puissance suscite des inquiétudes. Le ministère des Finances s’est opposé à l’acquisition par des groupes chinois de deux des principaux fonds de pension israéliens, de crainte que des milliards de dollars et l’avenir de plus d’un million de retraités dépendent de Pékin. L’ancien chef du Mossad, les services de renseignement israéliens, Ephraïm Halevy, a, pour sa part, mis en garde contre le danger des investissements dans des secteurs stratégiques.

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Mercredi, Israel Aerospace Industries (IAI), le plus gros groupe aéronautique israélien, a conclu avec le groupe public indien Bharat Electronics Limited (BEL) un contrat d’une valeur de 777 millions de dollars (680 millions d’euros) pour la fourniture à la marine indienne de systèmes de défense aérienne. En avril 2017 déjà, Israël avait livré à l’Inde des missiles et technologies militaires pour la somme record d’1,6 milliards d’euros, une transaction considérée comme le plus gros contrat d’exportation d’armes de l’Etat hébreu. « Il s’agit d’une nouvelle preuve que la sécurité constitue un investissement et pas une dépense. Israel Aerospace Industries constitue un atout national qu’il faut conserver et renforcer », s’est félicité le ministre de la Défense israélien Avigdor Lieberman dans un communiqué, rappelant son opposition à un projet de privatisation partielle du groupe.

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Les partenariats entre la France et Israël s’intensifient eux aussi. EDF Renouvelables a annoncé  cette semaine la mise en service de cinq centrales solaires photovoltaïques en Israël. Situées dans le désert du Néguev, elles développent au total une capacité de 100 MWc* avec 307 400 panneaux couvrant près de 130 hectares. Quatre ont été emportés par un appel d’offres mi-2017 alors que celle de Mashabei Sadeh a été rachetée à l’état de projet en 2017.

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Du 13 au 17 octobre, Israël a reçu la plus grande délégation de chefs d’entreprise français. Organisée par l’Union des entreprises d’Ille-et-Vilaine (UE 35, le Medef bretillien), elle était composée de 185 chefs d’entreprise bretons qui ont profité de ce séjour pour découvrir l’écosystème économique et technologique israélien. Plusieurs visites d’entreprises spécialisées dans la cybersécurité, les médias et télécommunications, l’intelligence artificielle et les objets connectés, étaient au programme avec pour objectif de créer des opportunités d’affaires.

Cette dynamique des échanges entre Israël et ses partenaires, la multiplication des contrats et la volonté de consolider les relations bilatérales témoignent de l’échec des mouvements qui promeuvent le boycott d’Israël.

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 Au niveau régional, la décision du roi Abadallah II de Jordanie de récupérer des zones prêtées à Israël, a quelque peu surpris le gouvernement israélien. Toutefois elle ne remet pas en question le traité de paix entre les deux pays. Cette initiative semble avoir pour objectif de renforcer le statut public de la famille royale, particulièrement parmi les opposants à la normalisation des relations avec son voisin. Cette décision implique que la Jordanie va reprendre le contrôle de deux zones qui avaient été louées à Israël pour une période de 25 ans pour un usage agricole sous les termes de l’accord de paix de 1994 – l’une située à Naharayim, au nord, et l’autre dans le secteur de Tzofar, dans le désert d’Arava, au sud. Le bail expire l’année prochaine et il peut être annulé avec un préavis d’un an.

La Jordanie a dû gérer, ces dernières années, un phénomène d’islamisation préoccupant, qui inquiète grandement Amman. L’opinion publique est devenue de plus en plus anti-israélienne et belliqueuse en raison, entre autres, des négociations de paix israélo-palestiniennes dans l’impasse. Des cellules terroristes islamistes émergent occasionnellement, attaquant les forces de sécurité jordaniennes avec un nombre de victimes jamais connu dans le passé. Les autorités redoutent que ces attaques ne gagnent le soutien public.

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Côté palestinien, l’ONG Human Rights Watch dénonce dans un rapport de 149 pages les arrestations arbitraires avec torture systématique menées par le Hamas et l’Autorité palestinienne. Que ce soit dans la bande de Gaza, comme en Cisjordanie, l’organisation a recensé « plus de vingt cas de personnes qui ont été détenues sans aucun motif clair, mis à part le fait d’avoir écrit un article critique ou une publication Facebook, ou d’appartenir au mauvais groupe d’étudiants ou mouvement  politique ». Selon la Commission indépendante pour les droits humains, au 27 septembre 2018, les forces de sécurité du Hamas à Gaza avaient arrêté plus de 50 personnes affiliées au Fatah et les forces de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie en avaient détenu plus de 60 affiliées au Hamas, en quelques jours seulement. Cette lutte fratricide entre les deux mouvements touche aussi Israël. « Un certain nombre de personnes ayant été détenues par l’Autorité palestinienne que Human Rights Watch a interrogées avaient aussi déjà été détenues par Israël, qui collabore avec les forces de l’Autorité palestinienne sur des questions de sécurité. À Gaza, les autorités du Hamas soumettent parfois la libération d’un détenu à la condition qu’il signe un engagement à cesser toute critique ou protestation », précise le texte.

Dans ce contexte d’impunité, HRW appelle les Etats-Unis, l’Union européenne et les pays européens qui fournissent des financements et assistance à ces forces de sécurité à suspendre leurs aides.

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