Lettre d’informations du 22 Février 2019

Alors que les mots « antisémitisme », « sionisme », « antisionisme »… sont au cœur du débat qui agite la société française et les médias depuis les insultes qui ont visé Alain Finkielkraut le 16 février dernier, le député LREM Sylvain Maillard, président du groupe d’études sur l’antisémitisme à l’Assemblée nationale, a proposé de pénaliser l’antisionisme, projet qui a suscité de nombreux débats mais qui n’a finalement pas fait consensus. « Pour moi, le Rassemblement national et La France Insoumise portent en eux-mêmes des racines antisémites très claires », a-t-il déclaré. Il dénonce notamment certains discours des députés de La France Insoumise dont ceux de Danièle Obono. L’élue Insoumise est régulièrement épinglée pour sa proximité avec le groupe des Indigènes de la République. Des membres de l’organisation, qui se veut « décoloniale » et « antiraciste », ont apporté leur soutien aux terroristes qui ont tué des civils israéliens à Tel Aviv en 2016. Sylvain Maillard définit l’antisionisme comme le fait de « nier le droit d’exister d’Israël ». « Je hais Israël, ça veut dire je hais les juifs. C’est l’arcane de la fabrication de l’antisémitisme », a-t-il dit.

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Dans ce contexte particulièrement tendu, le discours d’Emmanuel Macron au diner annuel du CRIF, le Conseil représentatif des institutions juives de France, le 20 février, était particulièrement attendu. Le chef de l’État a déploré « une résurgence de l’antisémitisme sans doute inédite depuis la Seconde guerre mondiale ». Le président de la République a annoncé que la France allait « mettre en œuvre » la définition de l’antisémitisme élargie à l’antisionisme. « La France, qui l’a endossée en décembre avec ses partenaires européens, mettra en œuvre la définition de l’antisémitisme adoptée par l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah » (qui intègre l’antisionisme), a-t-il développé, en martelant que « l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme (…) il s’agit de préciser et raffermir les pratiques de nos forces de l’ordre, de nos magistrats, de nos enseignants, de leur permettre de mieux lutter contre ceux qui cachent, derrière le rejet d’Israël, la négation même de l’existence d’Israël, la haine des juifs la plus primaire. »

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En déplorant que des élèves de certains quartiers soient « trop souvent » obligés de « quitter l’école publique », le chef de l’État a chargé son ministre de l’Éducation d’évaluer ce phénomène pour que l’école joue à plein « son rôle de rempart républicain » à travers un « audit » des établissements scolaires touchés par la « déscolarisation » des enfants de confession juive. Un texte qui « reprendra les propositions » faites dans un rapport remis en septembre au Premier ministre, dont une vise à renforcer la pression sur les opérateurs du Net, dans le cadre d’un renforcement de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur internet, sera déposé dès le mois de mai par la députée LREM Laëtitia Avia, a annoncé le président.

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La semaine a également été marquée par des bouleversements dans la campagne pour les législatives en Israël. Tsipi Livni a annoncé son retrait de la vie politique : « Je pars et ne me présente pas aux élections, mais je ne permettrai pas à l’espoir d’une paix de quitter l’Etat d’Israël. Je ne doute pas que notre chemin gagnera à nouveau » a-t-elle déclaré. Celle qui fut aussi agent du Mossad, n’a pas donné de consigne de vote, mais elle a dit « espérer que ces élections mèneront Israël sur la voie dans laquelle (elle) croit ».

Par ailleurs, les centristes de Résilience pour Israël, menés par l’ancien chef d’état-major Benny Gantz, et ceux du mouvement Yesh Atid, de l’ancien ministre des Finances Yaïr Lapid, ont conclu une alliance en vue des élections du 9 avril. Dans un communiqué, publié jeudi 21 février, le parti Résilience a déclaré que Benny Gantz, Yaïr Lapid et l’ancien ministre de la Défense Moshe Yallon ont « décidé de former une liste commune qui deviendra le nouveau parti au pouvoir d’Israël ».

Les deux hommes ont convenu d’une rotation pour le poste de Premier ministre dans laquelle le premier serait chef de gouvernement pendant la première moitié du mandat avant que l’autre ne prenne le relais. Cette coalition apparaît en mesure de contrarier les ambitions de Benjamin Netanyahou d’obtenir un nouveau mandat – le cinquième de sa carrière.

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Le Premier ministre a quant à lui signé un accord poussant plusieurs formations politiques à la droite de son parti à s’unir afin de s’assurer une coalition plus large. Il s’est notamment rapproché de Rafi Peretz, tête de liste du Foyer juif, lui promettant deux portefeuilles s’il présente une liste commune avec Otzma Yehoudit (Pouvoir juif). Le Foyer juif avait jusque-là refusé de s’unir au parti Pouvoir juif, considéré comme trop radical. Celui-ci se revendique en effet comme héritier du mouvement raciste antiarabe Kach. Fondé par le rabbin Meir Kahane, le mouvement avait été interdit en Israël en 1994 quand un de ses membres avait tué 28 Palestiniens en prière dans le caveau des Patriarches, à Hébron. Le choix stratégique de Netanyahou a été largement critiqué mercredi dans la presse israélienne.

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D’autre part, Benyamin Netanyahou a dû céder sous la pression son poste de ministre des Affaires étrangères. La Cour suprême israélienne saisie par une ONG lui avait en effet ordonné de réduire un cumul des portefeuilles qui lui permettait d’être à la fois Premier ministre, chef de la diplomatie, ministre de la Défense et de la Santé.

Au même moment, il a dû affronter une crise diplomatique. Une nouvelle polémique sur le rôle des Polonais dans l’Holocauste a en effet enrayé la tenue d’une réunion du groupe de Visegrad en Israël, qui devait sceller l’alliance de Benyamin Netanyahou avec les pays d’Europe de l’Est.

Le sommet a été remplacé par des discussions bilatérales et un déjeuner partagé entre les quatre chefs de gouvernement présents. Aux côtés du Premier ministre slovaque Peter Pellegrini, Le Premier ministre israélien n’a rien laissé percevoir des remous des derniers jours, parlant de nouvelles technologies automobiles et d’innovation. De son côté, Peter  Pellegrini a annoncé que la Slovaquie « ouvrira très bientôt à Jérusalem un nouveau centre culturel, d’information et d’innovation », et a également convié Netanyahou à se rendre à Bratislava. Le Premier ministre tchèque Andrej Babiš, s’est dit lui « très heureux d’avoir eu une discussion très concrète et « impatient de poursuivre notre coopération et de vous (Netanyahou) accueillir personnellement à Prague cette année ». En marge de cette réunion, le ministre hongrois des Affaires étrangères Péter Szijjártó a salué les relations étroites entre son pays et Israël, déplorant la récente querelle avec la Pologne.

Cette volonté israélienne de se rapprocher des pays de l’Est s’inscrit dans une stratégie bien précise, celle de la « doctrine de la périphérie ». Conçue dès 1948 par David Ben Gourion pour contrecarrer la première « ceinture » d’ennemis arabes hostiles, dont l’Egypte de Nasser, l’idée était de s’allier des pays « périphériques » du Moyen-Orient comme l’Iran ou la Turquie. Tombée aux oubliettes après la révolution iranienne de 1979, la doctrine refait surface après le printemps arabe et se trouve plus particulièrement employée par Avigdor Liberman, lors de son passage au ministère des Affaires étrangères de 2009 à 2012. Elle entend remédier à de nouvelles problématiques : l’effondrement du régime égyptien, la guerre civile syrienne et surtout la crise des relations turco-israéliennes. Aujourd’hui, les contours de cette « périphérie » sont devenus bien flous et il n’existe pas de document gouvernemental qui en ferait une « doctrine » officielle.