Lettre d’information du Vendredi 28 Septembre 2018

Cette semaine a été essentiellement marquée par la 73ème Assemblée générale des Nations Unies à New York, grand-messe qui réunit 130 représentants de ses 196 membres pendant plusieurs jours, l’occasion pour chacun d’eux de s’exprimer à la tribune de l’institution internationale, mais aussi de multiplier les rendez-vous bilatéraux en coulisses. Dans les faits, cette réunion a surtout mis en exergue les interrogations des dirigeants occidentaux sur la force et l’avenir de l’ordre international face à une Amérique déterminée à suivre sa propre méthode diplomatique, et l’hypocrisie des régimes les plus autoritaires et liberticides. Le Moyen-Orient a été au cœur des discours dans des approches toutefois divergentes, où s’opposaient des visions unilatérales et multilatérales.

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À la tribune de l’ONU, Donald Trump a le premier dénoncé la « dictature corrompue » au pouvoir à Téhéran. Il a justifié le retrait américain de l’accord nucléaire de 2015 censé empêcher la République islamique de développer la bombe atomique, et le rétablissement de toutes les sanctions américaines, dont les dernières entreront en vigueur le 5 novembre prochain. La France veut elle, au contraire, continuer à discuter avec Téhéran sur un agenda plus large permettant de traiter toutes les préoccupations nucléaires, balistiques, régionales, causées par les politiques iraniennes, au lieu de renforcer les sanctions. Emmanuel Macron a appelé à résoudre la crise iranienne par « le dialogue et le multilatéralisme ». Cette voie, celle de l’unilatéralisme, nous conduit directement au repli et aux conflits, à la confrontation généralisée de tous contre tous au détriment de chacun, même de celui à terme qui se croit le plus fort », a fait valoir le président français, sans citer de noms.

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S’agissant du conflit israélo-palestinien, Donald Trump a déclaré en marge de la conférence, mercredi 26 septembre, privilégier une solution à deux Etats pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Jusqu’alors, il se contentait de dire qu’il soutiendrait cette solution si les deux camps l’acceptaient. Pour la première fois, le Président américain a donné un calendrier précis pour sa présentation : « dans les deux, trois ou quatre mois ». Il a ajouté qu’Israël devrait faire quelque chose de positif pour les Palestiniens. « Je pense que beaucoup de progrès ont été faits. Je pense qu’Israël veut faire quelque chose et aussi que les Palestiniens veulent vraiment faire quelque chose. »

Le premier ministre Benjamin Netanyahou et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi se sont également entretenus le même jour sur le conflit israélo-palestinien et la situation dans la bande de Gaza. Les deux hommes ont discuté « des moyens de ranimer le processus de paix, le président (égyptien) soulignant l’importance d’une reprise des négociations entre les parties palestinienne et israélienne en vue d’une solution équitable et complète aux problèmes des Palestiniens », a rapporté la présidence égyptienne. Ce règlement devra « être conforme à la solution à deux Etats et aux accords internationaux en vigueur », a-t-elle dit. Benjamin Netanyahou et Abdel Fattah al-Sissi ont discuté pendant près de deux heures des « développements régionaux et de la situation à Gaza », ont dit pour leur part les services du Premier ministre israélien, sans évoquer les efforts actuellement paralysés en vue d’un règlement global du conflit avec les Palestiniens.

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Le duel Netanyahou / Abbas était fortement attendu. L’affaiblissement politique de Mahmoud Abbas, a grandement contrasté avec la posture confiante de Benyamin Netanyahou, porté par le soutien sans faille de Donald Trump qu’il a longuement félicité lors de son intervention. Le leader palestinien était lui sur la défensive, pris lui-même dans ses propres contradictions, clamant à la fois vouloir continuer à « tendre la main à la paix », ne pas croire « ni au terrorisme, ni à la violence », et appelant son  « peuple à continuer à se sacrifier » : « je rends hommage à nos louables martyrs et à nos prisonniers de guerre ».

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Benyamin Netanyahou a concentré l’essentiel de son discours sur l’Iran qu’il a accusé d’abriter un « site de stockage atomique secret » à Téhéran. « Ce que l’Iran cache, Israël le trouvera », a lancé le dirigeant israélien, brandissant des photos de l’extérieur du bâtiment qui montraient l’entrée de ce site, en pleine capitale iranienne. De surcroit, il a appelé le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) d’envoyer des inspecteurs pour « inspecter immédiatement ce site avant que les Iraniens ne le vident ».

Le Premier ministre israélien a révélé que le Hezbollah cachait des missiles à proximité de l’aéroport de Beyrouth : « Le Hezbollah utilise les innocents habitants de Beyrouth comme boucliers humains ». « Il s’agit de l’aéroport de Beyrouth », a-t-il expliqué en brandissant une carte du sud de Beyrouth, disant que chaque point rouge dessiné sur cette image satellite représente l’emplacement d’une cache de missiles. « J’ai un message pour le Hezbollah. Israël sait ce que vous êtes en train de faire et ne vous laissera pas vous en tirer comme ça », a-t-il encore lancé.

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Le président de l’Autorité palestinienne compte sur le soutien des Européens et notamment de la France. Une réunion en marge de l’Assemblée générale avec les ministres turc, japonais, jordanien, koweïtien et français des affaires étrangères et la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a annoncé 118 millions de dollars de nouveaux financements pour l’UNRWA pour faire face au retrait des Etats-Unis, qui était son premier contributeur. Cette décision prouve que les Européens ne comprennent pas le fond du problème palestinien, refusant de fustiger les pratiques de l’Autorité palestinienne qui continue d’indemniser les familles des terroristes – avec une partie des subventions versées par l’Union européenne – et faisant fi des appels à la haine et au meurtre des Israéliens.