Lettre d’information du Vendredi 25 Octobre 2019

L’ancien chef de l’armée Benny Gantz a été officiellement chargé mercredi 23 octobre par le Président Reuven Rivlin de former un nouveau gouvernement en Israël, compte tenu des résultats des législatives du 17 septembre. Le chef du mouvement Kahol Lavan (Bleu Blanc), qui a obtenu le plus grand nombre de sièges (33) lors des élections, a 28 jours pour former une coalition soutenue par une majorité d’au moins 61 députés. Ensuite, il devra informer le Président des résultats de son travail et pourra demander 14 jours supplémentaires si nécessaire, selon le service de presse du chef de l’État. Le 21 octobre, le Premier ministre et chef de file du parti Likoud, Benyamin Netanyahou, avait annoncé sur sa page Facebook qu’il renonçait à former un nouveau gouvernement en raison de son incapacité à dégager une majorité au sein de la Knesset. Si Benny Gantz ne parvient pas lui non plus à former une coalition, de nouvelles élections, les troisièmes depuis avril, devraient être organisées.

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Lors de son discours, le leader de la liste Bleu-Blanc a promis de former un gouvernement libéral d’union nationale (il ne parle plus d’un « cabinet laïque ») en s’adressant directement au Likoud et à son dirigeant Netanyahou pour qu’ils acceptent d’en faire partie. Il a aussi plaidé en évoquant toutes les composantes de la société israélienne pour « une réconciliation nationale afin d’unifier Israël et le peuple juif ». Il a toutefois lancé un avertissement : « Les Israéliens ne pardonneront pas à ceux qui placent leur intérêt personnel au-dessus de celui de la nation… Ceux qui tentent de pousser Israël vers de nouvelles élections seront exclus de la scène politique. Ils disparaîtront. » Une allusion à l’attitude de Benyamin Netanyahou et à son combat pour une loi d’amnistie qui le mettrait à l’abri de poursuites judiciaires. Le matin même à la radio, Avigdor Lieberman avait accusé le Premier ministre sortant de mener le pays vers un troisième round électoral pour des raisons personnelles. Plus à l’aise que d’habitude, Benny Gantz a tenté de convaincre le pays qu’il avait, malgré une arithmétique défavorable, ses chances. Il entend de fait briser le bloc composé du Likoud, des partis ultraorthodoxes et de la droite nationaliste religieuse, afin de former une coalition Likoud, Bleu-Blanc et les huit mandats d’Avigdor Lieberman. Mais la situation est complexe. Le Premier ministre sortant tient solidement ses troupes qui n’ont pas l’intention, du moins pour le moment, de le lâcher. Plusieurs éléments pourraient toutefois changer la donne. La situation économique se détériore. Le gouvernement de transition présidé par Netanyahou ne peut prendre aucune décision en termes budgétaire. La croissance se ralentit. Elle n’était, durant le second trimestre, que de 0,6 %. Un durcissement de la crise pousserait les partis à faire des concessions pour permettre la formation rapide du nouveau gouvernement. Autre interférence possible : le calendrier judiciaire. En effet, la décision d’inculper ou non Benyamin Netanyahou pourrait tomber avant la fin du délai de 28 jours imparti à Benny Gantz.

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Jeudi, le chef d’état-major Aviv Kochavi a tenu une conférence téléphonique pour donner les grandes lignes du plan décennal de sa nouvelle doctrine militaire. Ce plan est divisé en quatre points :

  • Une armée plus équipée et plus décisive, qui devra écourter le temps de guerre pour être plus efficace. L’opération Bordure protectrice en 2014 avait duré cinquante jours et il sera impossible qu’un tel nouveau conflit dure autant de temps, a-t-il expliqué.
  • Une armée plus technologique, qui devra inclure beaucoup plus de drones, de robots et de nouveaux matériaux technologiques.
  • Une armée plus digitale, qui devra incorporer une communication entre toutes les unités pour être ainsi plus efficace sur le terrain.
  • La protection des frontières devra être plus intelligente, plus décisive et plus victorieuse pour permettre un combat plus efficace en terrain ennemi, au nord et au sud du pays, a-t-il ajouté.

« Le défi stratégique d’Israël est sur le front nord avec l’installation des forces iraniennes en Syrie, et leur projet de missiles de précision » , a précisé le chef d’état-major peu après la publication du plan. « Que ce soit au nord ou au sud, la situation est tendue et précaire, et elle est sur le point de dégénérer en conflit alors que nos ennemis ne veulent pas de guerre », a-t-il ajouté. Le plan, baptisé Tenufa (« Amplitude » en hébreu), prévoit d’énormes investissements dans le développement des arsenaux de l’armée israélienne, dont un nombre plus important de drones, de missiles à guidage de précision américains et de batteries de défense aérienne supplémentaires.

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La vague contestataire qui vise, depuis le 17 octobre, le pouvoir et la classe politique libanais, jugés corrompus et incompétents, ne faiblit pas et continue à balayer l’ensemble du pays du Cèdre. L’annonce par le gouvernement de nouvelles taxes sur le tabac, l’essence, et surtout sur les services gratuits de la messagerie WhatsApp, a mis le feu aux poudres à Beyrouth. Dans le centre-ville de la capitale, des barricades ont été érigées, des vitrines fracassées, des panneaux publicitaires incendiés. Acculé, le gouvernement a, depuis, fait machine arrière, annulé tous les impôts, et annoncé un plan de réformes prévoyant notamment des taxes sur les bénéfices des banques, et une réduction de 50 % du salaire du président, des ministres et des députés. Malgré ces mesures, la contestation ne faiblit pas. En période de grave crise économique, les frustrations se sont retournées contre la classe politique confessionnelle, au pouvoir depuis près de 30 ans. La contestation touche aussi le sud du Liban et la Békaa, les plus importants bastions électoraux chiites du Hezbollah de Hassan Nasrallah et du mouvement Amal de l’indéboulonnable président de la Chambre des députés, Nabih Berri. Fait inenvisageable il y a encore quelques jours, des manifestants se sont attaqués aux permanences de certains députés chiites, dont celles de Mohammad Raad, président du groupe parlementaire du Hezbollah, ou encore Hani Kobeissi et Yassine Jaber du parti Amal.

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Le président Michel Aoun a opposé jeudi une fin de non-recevoir à la principale revendication du mouvement de contestation qui réclame le départ de l’ensemble de la classe politique, dans sa première adresse aux manifestants. Le chef de l’Etat n’a annoncé aucune nouvelle mesure concrète, se contentant d’apporter son appui au plan de réformes économiques annoncé lundi par le Premier ministre Saad Hariri au termes de 72 heures de concertations accélérées. Michel Aoun s’est dit disposé à rencontrer des représentants des manifestants pour établir un dialogue afin d’écouter leurs doléances et leur exprimer ses craintes d’un effondrement économique et financier du pays. Son discours n’a pas convaincu et les manifestants qui l’écoutaient sur les haut-parleurs devant le Parlement l’ont hué et ont repris leurs appels à une réforme fondamentale.