La lettre d’information du Vendredi 25 Janvier 2019

Cette semaine a été marquée par le renforcement des liens diplomatiques d’Israël. Le Premier ministre israélien a annoncé la reprise des relations avec le Tchad, un pays africain d’environ 15 millions d’habitants à majorité musulmane. « Tout cela irrite et provoque même la colère de l’Iran et des Palestiniens qui tentent d’empêcher cela mais ils n’y parviendront pas », a affirmé Benyamin Netanyahou. Le protocole d’accord signé entre le Tchad et Israël indique que les deux Etats échangeront des ambassadeurs dans un bref délai. Cette rencontre fait suite à celle du président tchadien Idriss Déby Itno en Israël en novembre dernier. Benyamin Netanyahou avait alors évoqué son intention d’annoncer le rétablissement des relations diplomatiques entre Israël et le Tchad, lors d’un prochain voyage à Ndjamena.

Le Premier ministre israélien est engagé dans une campagne active pour nouer ou renouer des liens, y compris en Afrique, avec des pays refusant de reconnaître Israël ou ayant pris leurs distances à cause du conflit avec les Palestiniens.

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Mercredi 23 janvier, le Président de la République Emmanuel Macron a reçu à Paris son homologue israélien Reuven Rivlin, qui a déclaré avant de décoller : « Cette visite marque soixante-dix ans de relations entre deux démocraties. Nos relations sont étroites et stratégiques. La véritable amitié est mise à l’épreuve dans les moments de vérité, et c’est le genre d’amitié qui existe entre Israël et la France depuis le départ. »

Lors de la conférence de presse qui s’est tenue après une réunion d’une heure entre les deux dirigeants, Emmanuel Macron a évoqué plusieurs dossiers tels que l’Iran, la Syrie, le Liban et, naturellement, le conflit israélo-palestinien.

Les deux présidents ont loué la solidité des relations entre Israël et la France, qui assument toutefois « leurs désaccords sur certains sujets », selon Emmanuel Macron. Il a notamment cité le nucléaire iranien ou la « progression de la colonisation » en Cisjordanie, qui nourrit « des cycles de violence sans fin ». Le chef de l’Etat français a par ailleurs exprimé sa « préoccupation » après la récente découverte de tunnels creusés par le Hezbollah à la frontière entre le Liban et Israël. Il a aussi évoqué la saison croisée France Israël qui a « permis de nombreux échanges dans de nombreux domaines », et rendu hommage à « tous ceux qui font vivre la force de la relation bilatérale, dont la communauté francophone en Israël qui est le relais d’une francophonie dynamique ». « Je pense à la communauté juive française, une des plus importantes au monde, qui fait partie intégrante de notre société et de son histoire », a-t-il rappelé, avant de souligner la détermination du gouvernement « pour poursuivre notre combat contre l’antisémitisme qui constitue la négation même des valeurs de la république française ».

De son côté, le président israélien a souligné que les deux pays étaient « sur le même front pour lutter ensemble contre le terrorisme mondial ». « Aujourd’hui le régime iranien et ses supplétifs sont la principale source de déstabilisation au Moyen-Orient et en Europe », a-t-il dénoncé. « Le régime iranien est un ennemi qui ne cache même pas ses intentions de détruire Israël », a-t-il ajouté.

Reuven Rivlin a averti Emmanuel Macron qu’Israël pourrait engager une action militaire contre le Hezbollah au Liban, affirmant que la milice chiite, soutenue par l’Iran, produisait secrètement des armes dans la capitale du pays des cèdres.

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Dans un contexte de vives tensions avec l’Iran, Israël a annoncé avoir procédé mardi, avec les Etats-Unis à un test réussi du système antimissiles Arrow 3 développé et financé conjointement par les deux pays. Le système peut intercepter des engins au-dessus de l’atmosphère avec une portée qui pourrait aller jusqu’à 2.400 km.

Les essais ont été menés par l’Organisation de défense anti-missile du ministère de la Défense et l’Agence américaine de défense anti-missile, avec l’aide de l’armée de l’air et de l’Israeli Aerospace Industries, qui a fabriqué Arrow 3.

Benjamin Netanyahou, qui s’est rendu à Beer Yaakov où est produit le système, a reçu un compte rendu du test effectué. Il a alors déclaré : « Les ennemis qui cherchent notre destruction sauront que le poing d’Israël frappera ceux qui veulent nous nuire et que nous leur réglerons leur compte », a-t-il déclaré, sans spécifier aucun de ces ennemis. Israël « possède les moyens défensifs et offensifs parmi les plus forts et les plus développés au monde », a-t-il dit.

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L’expansion de l’Iran et du Hezbollah en Syrie est un sujet préoccupant pour Israël. Pendant plusieurs années, l’armée israélienne visait des convois d’armes destinés au Hezbollah libanais et restait mutique sur la nature des cibles. Mi-2016, l’Etat-major a constaté que l’Iran essayait d’établir une nébuleuse chiite, venant de différents pays,  regroupant jusqu’à 100 000 combattants venus du Pakistan, d’Afghanistan et d’Irak, bâtissant des centres de renseignement et une base aérienne à l’intérieur de chaque base aérienne syrienne. En janvier 2017, le cabinet de sécurité a autorisé des frappes contre des cibles iraniennes. Un changement de paradigme, dans ce que Gadi Eizenkot, ancien chef d’Etat-major a conceptualisé comme étant une « campagne entre les guerres ». Celle-là a donné lieu à des milliers de frappes. Cette façon de revendiquer les opérations militaires en Syrie constitue une rupture. Mais la stratégie de l’ambiguïté précédemment utilisée avait ses limites car Israël ne pouvait conduire des opérations  aériennes sans que les acteurs présents s’en aperçoivent. Elle permettait toutefois aux Syriens et aux Iraniens de s’abstenir de répondre, évitant ainsi une escalade.

En clamant haut et fort son implication dans le conflit syrien, Benyamin Netanyahou cherche à se présenter avant les législatives du 9 avril en chef de guerre, jouant ainsi le rôle de rempart face à l’Iran. Une posture risquée qui peut s’avérer payante sur le plan électoral.

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