Lettre d’information du Vendredi 24 Avril 2020

Cette semaine a encore été marquée par un coup de théâtre politique en Israël avec la formation in extremis d’un gouvernement d’union et d’urgence par Benyamin Netanyahou et Benny Gantz, en pleine crise sanitaire.

Le déconfinement a commencé dimanche dernier en Israël, de manière progressive, encadrée et limitée à certaines personnes et certaines activités. Un bilan se fera dans une quinzaine de jours avant de passer à la seconde étape.

Malgré la pandémie mondiale, la géopolitique reprend ses droits. Les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique iranienne, se sont targués mercredi du lancement réussi du satellite « Nour » (« Lumière » en persan), provoquant l’ire des Etats-Unis.

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et son ex-rival Benny Gantz ont annoncé, lundi 20 avril, la formation d’un gouvernement d’union et d’urgence, après nombre de vaines tentatives. La dernière datait du 16 avril, où les deux responsables politiques avaient annoncé leur échec à la date butoir et le Président israélien avait mandaté la Knesset, de proposer, d’ici un peu moins de trois semaines, un nouvel élu pour tenter de former un gouvernement. Mais en parallèle, les deux camps, qui disposent ensemble d’une majorité de voix au Parlement, avaient poursuivi leurs pourparlers en vue de la formation d’un gouvernement d’union. Cette fois-ci a finalement a été la bonne, malgré des manifestations. Plusieurs milliers d’Israéliens, munis de masque de protection et laissant près de deux mètres de distance entre eux, ont défilé dimanche à Tel Aviv pour protester contre Benyamin Netanyahou et pour appeler Benny Gantz à ne pas conclure d’accord avec un Premier ministre accusé de corruption. Ainsi, après 16 mois de gouvernement de transition, trois élections législatives et de rebondissements, Benyamin Netanyahou, 70 ans, et Benny Gantz, 60 ans, se sont retrouvés en soirée juste avant le début de Yom Hashoah, le « jour de la Shoah », qui s’est tenu du coucher du soleil lundi à la tombée de la nuit mardi en Israël. « Un accord pour la formation d’un gouvernement national d’urgence a été signé« , ont indiqué le Likoud de Netanyahou et le parti Bleu-Blanc de Gantz.

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Selon Channel 12, Benyamin Netanyahou aurait proposé à Yaakov Litzman de quitter le ministère de la Santé pour prendre la tête du ministère du Logement. Le rabbin Yaakov Aryeh Alter, chef de la dynastie hassidique de Ger, aurait demandé à Yaakov Litzman de prendre la tête du ministère du Logement, qui précise que ce changement de portefeuille n’est pas lié aux nombreuses critiques qui ont été émises concernant sa gestion de la pandémie du Covid-19 dans le pays. Le bureau du ministère de la Santé a déclaré pour sa part ne pas être au courant de cette affaire. Yaakov Litzman a été vivement critiqué pour avoir participé à une prière de groupe début avril, selon les médias israéliens. Des ministres du gouvernement avaient alors exprimé leur mécontentement, accusant le ministre d’avoir « sciemment méprisé les directives de son propre ministère, en ne respectant pas les règles de distanciation sociale. » Fin mars, le ministre de la Santé et sa femme avaient été testés positifs au coronavirus.

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Après des semaines à l’arrêt, Israël teste le déconfinement progressif, vécu comme une libération. Dans le cadre d’un plan « responsable et progressif », le gouvernement israélien, l’un des tous premiers à prendre des mesures drastiques pour endiguer la propagation du nouveau coronavirus, a autorisé la reprise du travail dans certains secteurs depuis dimanche. En plus des pharmacies et supermarchés restés ouverts, les magasins d’outillage, d’ameublement et d’équipement sportif, les librairies et papeteries ont pu rouvrir, sauf dans les centres commerciaux et à condition de respecter certaines règles sanitaires. Le début du déconfinement a été annoncé avant l’accord lundi entre le Premier ministre Benyamin Netanyahou et Benny Gantz pour la formation d’un gouvernement d’union et d’urgence afin de remporter la « guerre » contre le nouveau coronavirus, qui a plombé l’économie du pays. Israël, qui compte environ neuf millions d’habitants, a officiellement enregistré plus de 14 885 cas de malades, dont 193 décès. Selon les chiffres officiels, plus de 4 000 personnes hospitalisées sont guéries et ont pu rentrer chez elles.

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Les gardiens de la révolution ont réitéré mercredi 22 avril leur message à l’administration Trump : malgré l’impact désastreux de l’épidémie de Covid-19 dans le pays et les difficultés qu’elle alimente, la République islamique ne baisse pas la garde. A l’aube, l’armée idéologique du régime a annoncé la mise en orbite de son premier satellite militaire, Nour, grâce à une fusée d’un genre nouveau. Ce lancement, qui pourrait signaler un tournant majeur dans le développement du programme balistique iranien, intervient alors que les tensions entre Washington et Téhéran ne montrent, malgré la crise sanitaire mondiale, aucun signe d’apaisement. A défaut de réagir immédiatement au lancement de la fusée Qased, le président américain, Donald Trump, a annoncé quelques heures plus tard et sur Twitter avoir donné l’ordre à la marine américaine d’abattre toute embarcation iranienne qui « harcèlerait » des navires de l’US Navy. Le tweet présidentiel faisait référence à un incident déjà vieux d’une semaine. La cinquième flotte américaine, déployée dans le Golfe persique, avait en effet publié le 15 avril des images d’une manœuvre menée par des dizaines de vedettes appartenant aux forces navales des gardiens de la révolution approchant de très près des navires américains. L’ampleur de ce déploiement et sa médiatisation en ont fait un épisode marquant des tensions quotidiennes entre Washington et Téhéran. Cependant, les opérations de ce type ne sont pas exceptionnelles aux larges des côtes iraniennes, même dans les eaux internationales où l’Iran n’accepte pas la présence américaine.

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