Lettre d’information du Vendredi 22 Novembre 2019

Cette semaine s’achève par une nouvelle fracassante en Israël. Benyamin Netanyahou a été mis en examen pour corruption, fraude et abus de confiance, compromettant ses chances de rester à la tête du pays. C’est la première fois qu’un Premier ministre en exercice est inculpé. En refusant de démissionner, une heure après l’annonce du procureur Avichaï Mandelblit jeudi 21 novembre au soir, Benyamin Netanyahou a ouvert une crise abyssale de la démocratie israélienne.  Son avenir politique est menacé par trois affaires :

– Le « dossier 4000 » :  le Premier ministre aurait tenté de s’assurer une couverture favorable sur le site d’informations Walla. En contrepartie, il aurait octroyé des faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des millions de dollars à Shaul Elovitch, alors patron du principal groupe de télécommunications israélien Bezeq et du site Walla.

Au coeur de l’enquête: la fusion en 2015 de Bezeq avec le fournisseur de télévision par satellite Yes. Une telle décision nécessitait l’aval des autorités de contrôle. Or, à l’époque, Benyamin Netanyahou détenait aussi le portefeuille des Communications.

– Le « dossier 1000 ». Les enquêteurs cherchent à savoir si le Premier ministre et des membres de sa famille ont reçu pour plus de 700 000 shekels (environ 185 000 euros) de cadeaux de la part de richissimes personnalités, notamment du producteur Arnon Milchan et du milliardaire australien James Packer, en échange de faveurs financières ou personnelles.

Dans ce dossier, Netanyahou est accusé de fraude et d’abus de confiance. Mais il affirme n’avoir fait qu’accepter des présents de la part d’amis, sans les avoir sollicités.

– Le « dossier 2000 » où le Premier ministre est accusé, selon les enquêteurs, d’avoir tenté de s’assurer une couverture favorable dans le plus grand quotidien payant d’Israël, le Yediot Aharonot.  Il aurait essayé de mettre en place un accord avec le patron du journal, Arnon Moses. En retour, Benyamin Netanyahou aurait évoqué la possibilité de faire voter une loi qui aurait limité la diffusion d’Israel Hayom, quotidien gratuit et principal concurrent du Yediot. L’accord n’a finalement jamais été conclu mais le Premier ministre est tout de même mis en examen pour fraude et abus de confiance. D’autant qu’Ari Harow, un de ses anciens chefs de cabinet, a accepté de témoigner pour bénéficier d’un régime de clémence. Le leader du Likoud assure, lui, qu’il était le principal adversaire de la loi en question et dit avoir même provoqué les élections anticipées de 2015 pour la bloquer.

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Benyamin Netanyahou a dénoncé un « coup d’Etat » contre lui. « Ce qui se passe ici est une tentative de mener un coup d’Etat contre le Premier ministre« , a-t-il déclaré appelant « à enquêter sur les enquêteurs » qui ont mené les investigations contre lui. Depuis Jérusalem, le ton vindicatif, il a dénoncé lors d’une conférence de presse de « fausses accusations motivées par des considérations politiques » qui visent « à le faire tomber ». Mais, a-t-il assuré, « je ne suis pas prêt à abandonner. » Jamais un Premier ministre n’a attaqué avec une telle violence les institutions mais Avichaï Mandelblit, s’y attendait. En déroulant son acte d’accusation devant la presse, il a consacré l’essentiel de son allocution à défendre la légitimité de son enquête. Tendu, rapide, les yeux souvent baissés, cet ancien procureur général de l’armée (2004-2011) a rappelé son « admiration » pour le chef du gouvernement. Un homme dont il a eu « l’honneur » d’être le secrétaire de cabinet, entre 2013 et 2016, avant d’être nommé par lui en confiance à son poste actuel. Mandelblit, homme de religion, juif strictement orthodoxe, a dénoncé « les voix intolérables qui se sont élevées [durant l’enquête] contre l’autorité publique ; le discours de haine contre le système judiciaire et contre ceux qui le servent », qu’ont distillé les proches de Benyamin Netanyahou. Refusant le recours « aux théories conspirationnistes », il s’est indigné des « menaces » lancées contre ses collaborateurs. Le chef de file de Bleu Blanc, Benny Gantz a réagi à l’annonce du procureur en déclarant qu’il devait « quitter sa fonction et se concentrer sur ses affaires juridique ». « Il sait très bien lui-même que les grands défis auxquels est confronté l’État d’Israël, tant sur le plan de la sécurité que sur les plans sociaux-économiques, exigent qu’un Premier ministre investisse tout son temps, son énergie et son pouvoir, » a-t-il précisé.

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Les 21 prochains jours détermineront si les Israéliens vont retourner aux urnes. Durant cette période, les députés vont chercher parmi les membres de la Knesset un candidat miracle susceptible de trouver une majorité au parlement. Ce dernier devra bénéficier d’une pétition signée par 61 élus sur 120. Il aura alors quatorze jours pour former une coalition. Mais après des semaines de pourparlers infructueux, les chances que l’un d’eux y parvienne apparaissent faibles. L’impasse institutionnelle atteint son paroxysme avec un système dans l’incapacité de dégager des véritables mécanismes de sortie de crise. Si le premier ministre, qui clame son innocence, est sur la sellette, il n’a pas pour autant l’obligation légale de démissionner. Il pourrait toutefois y être contraint par une décision de la Cour suprême. Les querelles sur sa personne clivent les positions. Ses adversaires lui reprochent de ne pas vouloir passer la main à une personnalité de consensus issue de son parti pour diriger en alternance un gouvernement d’unité nationale. Sur le fond, les divergences idéologiques entre les uns et les autres sont minimes. La droite, le centre gauche et les nationalistes sont tous convaincus que l’Iran représente une menace existentielle pour Israël, qu’un retrait des implantations juives de Cisjordanie est inenvisageable, et qu’il faut répondre en priorité par la force aux islamistes, qui tiennent l’enclave palestinienne de Gaza et tirent des roquettes sur le sud du pays.

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Une autre annonce a également marqué la semaine. Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a annoncé lundi soir que les implantations israéliennes en Cisjordanie ne sont plus en violation des lois internationales, lors d’une allocution à la télévision. « Nous considérons désormais que l’implantation de civils israéliens en Cisjordanie n’est plus incompatible avec la loi internationale », a-t-il déclaré. « Notre décision ne porte pas préjudice à un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens. Nous constatons simplement que la position américaine qui jusqu’à présent, considérait ces implantations comme illégales, n’a pas servi à faire avancer la paix », a-t-il ajouté. Le chef de file de la liste centriste Bleu Blanc, Benny Gantz a félicité sur son compte Twitter « le gouvernement américain pour son importante décision », ajoutant que « le sort des implantations devrait être déterminé par des accords répondant aux exigences de sécurité et promouvant la paix. » Ce tournant dans la politique étrangère américaine intervient juste après la décision, le 12 novembre 2019, de la Cour de justice de l’Union européenne de valider l’étiquetage des denrées alimentaires originaires de territoires « occupés » par l’État d’Israël. Depuis, les États-Unis se sont dits «profondément préoccupés ».

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