Lettre d’information du Vendredi 20 Septembre 2019

Les Israéliens se sont réveillés mercredi 18 septembre sans savoir qui avait remporté les élections législatives de la veille. Les résultats quasi définitifs publiés ce vendredi 20 septembre par la commission électorale ont confirmé une impasse politique, aucun des deux partis arrivés en tête n’étant à même de former une coalition.

Aucun camp ne réunit la majorité absolue

Le parti « Bleu-blanc » centriste de Benny Gantz a obtenu 33 sièges, contre 31 pour le Likoud du Premier ministre sortant Benyamin Netanyahou, selon la commission électorale. Il reste à décompter les votes de 14 bureaux de vote, où des irrégularités ont été signalées, selon un communiqué de la commission électorale. La troisième plus grande formation issue du scrutin de mardi est la Liste arabe unie qui a obtenu 13 sièges, devant les 9 sièges du parti ultra-orthodoxe séfarade Shass. Le parti ultra-orthodoxe ashkénaze Yaadout Hatorah (« Judaïsme unifié de la Torah » en français) a obtenu 8 sièges comme la formation laïque nationaliste Israël Beiteinou de l’ancien ministre Avigdor Lieberman. Puis vient la liste de droite radicale Yamina avec 7 mandats, le parti travailliste qui obtient 6 sièges et la liste de gauche du Camp démocratique avec 5 sièges. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui joue sa survie politique, avait appelé jeudi son rival Benny Gantz à la formation d’un gouvernement d’union nationale, mais ce dernier a répondu vouloir également un gouvernement d’union afin de sortir le pays de l’impasse politique, mais étant placé à sa tête. L’ancien chef d’état-major n’a pas accordé le tête-à-tête réclamé par le dirigeant fragilisé, mais les deux hommes se sont serrés la main lors d’une cérémonie d’hommage à l’ex-Premier ministre travailliste Shimon Pérès à la mi-journée. Le même Pérès, lors d’une impasse identique dans les années 80, avait accepté une rotation à la tête de l’Etat avec son adversaire Yitzhak Shamir, alors à la tête du Likoud. Ce que Netanyahou n’a pas manqué de souligner.

Les partis cherchent à sortir de l’impasse

Les nouvelles factions élues à la 22ème Knesset ont passé la journée de jeudi à s’engager dans des manœuvres politiques alors qu’elles se bousculent pour obtenir des postes en amont des consultations qui auront lieu avec le président concernant la personnalité qui sera désignée Premier ministre d’Israël, et qui débuteront dimanche. Kakhol lavan et le Likoud cherchent tous deux à élargir leur influence tandis que les partis moins importants – depuis les formations de gauche du Camp démocratique et Travailliste-Gesher jusqu’aux factions ultra-orthodoxes du Shas et de Yahadout HaTorah – cherchent des moyens de se garantir un siège dans la future coalition, indépendamment de celui qui la dirigera.

Si aucune des formations ne bénéficie de suffisamment de soutien de la part de sa base pour former une coalition au pouvoir de 61 sièges, chacune des parties cherche à présenter au président Reuven Rivlin le dossier le plus important pour obtenir la mission de construire un gouvernement. Le possible arbitre dans les négociations à venir, Yisrael Beytenu, avec à sa tête Avigdor Liberman, a laissé fuiter des déclarations contradictoires dans la journée de jeudi, affirmant tout d’abord qu’il soutiendrait Benny Gantz en tant que Premier ministre pour tenter de s’assurer qu’il établirait bien une coalition d’unité laïque puis en suggérant qu’il ne recommanderait finalement personne au président. Yisrael Beytenu craindrait que Kakhol lavan et le Likoud, qui ont tous les deux une majorité inattaquable au parlement, puissent mettre en place un gouvernement d’unité auquel il ne participerait pas – ou pire, avec les partis ultra-orthodoxes. Selon la Treizième chaîne, Kakhol lavan a tenté d’apaiser ses craintes, Benny Gantz promettant que le parti centriste ne rejoindrait aucune coalition sans lui. Les formations haredi, pour leur part, qui savent qu’elles seront tenues à l’écart si la demande de Benny Gantz d’un « gouvernement d’unité libéral » est mise en oeuvre, ont tenté de montrer jeudi qu’elles s’accommoderaient d’un gouvernement d’unité. Le Shas et Yahadout HaTorah ont fait, tous les deux, des déclarations inattendues, dans la soirée de jeudi, annonçant qu’ils étaient prêts à siéger auprès du numéro deux de Kakhol lavan, le laïc Yair Lapid, longtemps considéré comme persona non-grata auprès des autorités rabbiniques du monde ultra-orthodoxe. Les députés du parti Degel Hatorah, qui appartient à la faction Yahadout HaTorah, ont promis lors d’une rencontre avec Netanyahou, jeudi soir, de parler à leur chef spirituel, Rabbi Chaim Kanievsky, sur la levée de leur boycott de Lapid, montrant leur flexibilité dans les pourparlers à venir.

Le Likoud a d’ores et déjà entamé des discussions avec l’alliance Travailliste-Gesher pour discuter des conditions nécessaires pour obtenir son soutien. Selon plusieurs médias en hébreu, le Likoud a offert à Amir Peretz, jeudi, d’occuper le poste de ministre des Finances. Il a également proposé à la petite faction deux postes supplémentaires dans des ministères qui n’ont pas été précisés, une hausse du salaire minimum (ce qui a longtemps été une priorité pour Peretz), l’enseignement gratuit dans les universités pour les soldats à la sortie de leur service militaire et une loi sur la retraite universelle obligatoire. Cette offre permettrait de donner à Amir Peretz une raison suffisante de renoncer à sa promesse antérieure de ne pas servir dans un gouvernement Netanyahou.

Que va-t-il se passer désormais ?

Le président Reuven Rivlin rencontrera les cinq plus grands partis dimanche après-midi — Kakhol lavan, le Likud, la Liste arabe unie, Shas, et Yisrael Beytenu — pour savoir quel député recommandent-ils pour former la prochaine coalition. Les consultations continueront lundi après-midi, avec Yahadout HaTorah, Yamina, l’alliance travailliste-Gesher et le Camp démocratique. Elles seront retransmises en direct. Le président israélien joue un rôle central dans les périodes postélectorales surtout lorsque les résultats sont serrés et les équations politiques complexes. Il désigne parmi les membres de la nouvelle assemblée la personnalité qui lui semble le plus à même de réussir à rassembler une équipe gouvernementale. Elle n’est pas forcément issue du parti arrivé en tête. Il peut en cas d’échec en mandater une autre. En 2009, Benyamin Netanyahou avait été préféré à la centriste Tzipi Livni car il avait les moyens d’être majoritaire. L’issue de ce nouveau scrutin est d’autant plus cruciale pour Benjamin Nétanyahou qu’il intervient avant sa comparution devant la justice le 3 octobre pour des affaires de « corruption », « d’abus de confiance » et de « malversations ». Pour l’heure, Benjamin Netanyahou n’est ni inculpé ni donc condamné, mais une victoire pourrait permettre à ses alliés de voter son immunité. S’il était réélu, puis inculpé, il deviendrait le premier chef de gouvernement en exercice à connaître une telle avanie dans l’histoire d’Israël.