Lettre d’information du Vendredi 20 Décembre 2019

A l’actualité cette semaine, la nomination d’un nouveau Premier ministre au Liban, le vote d’une résolution contre Israël à l’ONU, la poursuite de la campagne électorale en Israël,  et une décision de justice outrancière dans « l’affaire Sarah Halimi ».

Le président libanais Michel Aoun a nommé Hassan Diab au poste de Premier ministre. Sa candidature a été présentée par le Hezbollah et son allié du Courant patriotique libre, parti du président de la République, Michel Aoun, peu après que le Premier ministre sortant Saad Hariri, qui a démissionné fin octobre, eut déclaré qu’il renonçait à briguer sa propre succession. Vice-président de l’université américaine de Beyrouth, l’universitaire sunnite – comme l’exige la répartition communautaire libanaise – a obtenu 69 voix sur les 128 membres du Parlement national, dominé par les élus du Hezbollah. Le scrutin a été marqué par l’abstention de la majorité des députés sunnites. Prenant la parole aussitôt après sa nomination, le nouveau Premier ministre s’est engagé à former très rapidement un gouvernement pour que tous les efforts visent à éviter l’effondrement économique du pays. Il a évoqué un plan d’urgence pour répondre à la gravité de la situation et appelé à l’union nationale. « Le soulèvement des Libanais me représente », a déclaré Hassan Diab dans sa première intervention publique à l’adresse des manifestants mobilisés depuis deux mois contre leur système politique. Ils réclament un gouvernement de technocrates pour répondre à la plus grave crise politique, économique et sociale depuis la fin de la guerre civile en 1990. Or, le Premier ministre désigné par le Hezbollah incarne tout le contraire de leurs revendications. A priori, sa nouvelle équipe gouvernementale devrait être plus politique que technocrate.

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Une fois n’est pas coutume, le double standard à l’encontre d’Israël a prévalu à l’ONU mercredi. L’Assemblée générale des Nations Unies a voté une résolution symbolique soutenant le droit des Palestiniens à demander des réparations pour « les pertes de leurs ressources naturelles » en raison de « l’occupation israélienne », rapporte le Jerusalem Post. La résolution annuelle intitulée « Souveraineté permanente du peuple palestinien sur le territoire palestinien occupé, comprenant Jérusalem-Est, et de la population arabe sur le Golan syrien occupé concernant leurs ressources naturelles », a été approuvée par 160 voix pour, 6 voix contre et 15 abstentions, Il s’agit de l’une des 17 résolutions annuelles pro-palestiniennes et anti-israéliennes approuvées par l’Assemblée générale des Nations Unies ce mois-ci. Les six pays opposés au texte sont le Canada, Israël, les Îles Marshall, la Micronésie, Nauru et les États-Unis, tandis que tous les pays de l’Union européenne ont voté pour la résolution. Le texte réaffirme les droits des Palestiniens et des Syriens sur le Golan sur les « ressources naturelles, y compris la terre, l’eau et les ressources énergétiques », et reconnaît « le droit du peuple palestinien à demander des réparations à la suite de toute exploitation, dommage, perte, épuisement ou mise en danger de ses ressources naturelles résultant de mesures illégales prises par Israël, la puissance occupante ». Il soutient par ailleurs qu’Israël doit mettre un terme au « déversement de toutes sortes de déchets dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et dans le Golan syrien occupé ». La résolution appelle également les États membres de l’ONU à ne pas considérer le territoire situé au-delà des lignes de 1967 comme faisant partie d’Israël.

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En Israël, la députée de HaYamin HaHadash Ayelet Shaked a annoncé jeudi qu’elle resterait au sein de son parti actuel à la seconde place de la liste pour les élections générales du mois de mars, mettant un terme à des semaines de rumeurs concernant son avenir politique. En restant aux côtés de Naftali Bennett, Shaked replace le parti dans la situation initiale qu’il avait mise en place lors du premier scrutin de l’année, lorsqu’il avait échoué à franchir le seuil électoral. Dans une publication Facebook révélant sa décision, Shaked a indiqué qu’elle avait été en pourparlers avec différents leaders de droite ainsi qu’avec des « gens de l’autre camp » avant de prendre sa décision. Parmi eux, le ministre des Transports et chef de l’Union nationale Bezalel Smotrich, qui avait prôné des primaires ouvertes pour la mise en place d’une liste nationaliste-religieuse unie. Stav Shaffir, députée du Camp démocratique, a annoncé jeudi à la radio militaire qu’elle lancera son propre parti pour les élections législatives du 2 mars, après une scission litigieuse avec le Meretz. L’ancienne députée travailliste a indiqué que son parti, qui n’a pas encore été nommé « siégera avec tout gouvernement qui respectera ses valeurs, y compris le Likoud », a-t-elle dit, tout en rejetant l’idée de s’associer au Premier ministre Benyamin Netanyahou. Gideon Saar, seul challenger de l’actuel Premier ministre à la direction du Likoud, a expliqué dimanche qu’une solution à deux Etats avec les Palestiniens était une « illusion », accusant Benyamin Netanyahou d’avoir accordé une crédibilité à cette option au cours de la dernière décennie. « A travers le monde, on ne cesse de dire qu’une solution à deux Etats reste le parcours à suivre pour un accord », a dit Saar, s’exprimant lors d’une conférence. « Il faut que je vous le dise : Ce positionnement n’aide personne. Deux Etats, c’est une illusion ».

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En France, Le procès tant attendu par les parties civiles ne devrait pas avoir lieu. Jeudi 19 décembre, la chambre de l’instruction a tranché. Kobili Traoré, mis en examen pour l’homicide volontaire à caractère antisémite de sa voisine, Sarah Halimi, retraitée sexagénaire de confession juive battue puis défenestrée au cri d’« Allahou Akbar » à son domicile parisien en avril 2017, ne devrait pas être jugé aux assises. Les parties civiles ont décidé de se pourvoir en cassation. La question du discernement de l’auteur est au cœur des débats depuis le début de l’affaire. Sans antécédents psychiatriques, le suspect a été déclaré unanimement atteint d’une « bouffée délirante aiguë » au moment des faits. Mais les trois expertises divergent sur le reste, et notamment sur les effets de la drogue sur son état mental. Le 17 juin, le parquet de Paris avait demandé le renvoi du suspect devant la cour d’assises. Dans ses réquisitions, le procureur de la République avait motivé sa décision ainsi : « Par son comportement volontaire de consommation de cannabis, Kobili Traoré a directement contribué au déclenchement de sa bouffée délirante aiguë. Le fait qu’il n’ait pas souhaité être atteint de ce trouble et commettre les faits ne peut suffire à l’exempter de toute responsabilité. Il ne saurait en effet se prévaloir de l’état de démence dans lequel il se trouvait, celui-ci résultant de son comportement fautif préexistant. » « Je ressens de la colère et de la honte pour la justice, a commenté à la sortie de la salle Me Francis Szpiner, l’avocat des enfants de la défunte. La décision rendue est scandaleuse […] On vient de créer une jurisprudence Sarah Halimi : toute personne atteinte d’une bouffée délirante car elle aura pris des substances illicites se verra exonérée de responsabilité pénale. C’est hallucinant. ». « On est en train de créer un petit manuel de l’irresponsabilité », a renchéri son confrère, Me Nicolas Benouaiche. Cette décision est effectivement un terrible message envoyé à tous les criminels, aux antisémites, aux terroristes – un terroriste qui prend du captagon sera-t-il jugé pénalement irresponsable ? –  aux victimes, à la famille et à toute la société.