Lettre d’information du Vendredi 19 Juin 2020

Cette semaine à l’actualité, la tension monte d’un cran entre l’Iran et les Etats-Unis avec la loi César, la visite en Israël du Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis qui a évoqué le danger que représente la Turquie, et le casse-tête d’une possible application de la loi israélienne en Cisjordanie continue de diviser le gouvernement israélien.

Les nouvelles sanctions américaines prévues par la loi César, entrée en vigueur mercredi 17 juin, ont provoqué l’ire du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah qui a accusé les Etats-Unis d’ « affamer » la Syrie en guerre et le Liban voisin, dans une allocution télévisée. La loi César, qui élargit l’étendue des sanctions, prévoit un gel de l’aide à la reconstruction et des mesures contre des entités étrangères collaborant avec le gouvernement, et, fait inédit, les entités russes ou iraniennes présentes en Syrie. « La Syrie a remporté la guerre (…) sur le plan militaire, sécuritaire et politique », a estimé le chef du mouvement chiite. La loi César, baptisée d’après le pseudonyme du lanceur d’alerte, « c’est la dernière arme pour assiéger la Syrie et faire pression » sur le pays. « On affame le peuple syrien, on porte atteinte à la livre » syrienne, a-t-il poursuivi. « Interdiction à quiconque d’avoir affaire (à la Syrie), interdiction d’acheter et de vendre, d’avoir affaire à la Banque centrale, aux banques syriennes et aux institutions étatiques », a-t-il énuméré. Poids lourd de la vie politique libanaise, le mouvement chiite est la seule faction à ne pas avoir abandonné son arsenal militaire au sortir de la guerre civile (1975-1990), alors que l’organisation est toujours hostile à Israël. La loi César vise à museler l’influence de l’Iran et de la Russie, deux puissances déjà visées par des sanctions américaines mais qui ont sécurisé des investissements en Syrie dans le cadre de la reconstruction. Au Liban, les sanctions américaines inquiètent. Longtemps source de devises étrangères pour des hommes d’affaires syriens, le pays est aujourd’hui en faillite. Le Liban et la Syrie sont étroitement liés sur le plan économique, avec des exportations agricoles du Liban transitant par la Syrie et des entreprises de BTP ou encore de transport lorgnant sur le marché syrien.

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En visite en Israël pour son premier déplacement à l’étranger depuis le début de la crise sanitaire, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a accusé la Turquie d’être une « menace » pour la « stabilité » en Méditerranée, avec notamment son engagement en Libye. Il est arrivé mardi en matinée avec des ténors de son gouvernement pour une visite de deux jours à Jérusalem, où les deux pays ont signé à la mi-journée des accords sur le tourisme, l’agriculture et la technologie. Israël, la Grèce et Chypre veulent s’imposer comme des maillons clé de la chaîne d’approvisionnement énergétique de l’Europe avec notamment leur projet de gazoduc Eastmed, tout en affichant leur détermination face à la Turquie, qui convoite les gisements énergétiques de la région. « Nous cherchons à exploiter le gaz en Méditerranée orientale », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, fustigeant le « le comportement agressif » de la Turquie dans cette région. « Nous considérons cette activité comme une menace à la paix et à la stabilité régionale », citant notamment le cas de la Libye. La Turquie y soutient militairement le Gouvernement d’union (GNA) de Fayez al-Sarraj, reconnu par l’ONU, face au pouvoir rival du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est notamment appuyé par la Russie, l’Egypte et les Emirats arabes unis. La France est également accusée d’avoir misé sur le maréchal Haftar, et Paris a de nouveau dénoncé dimanche l’interventionnisme « inacceptable » d’Ankara dans ce pays en proie au chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. La Turquie a notamment fourni au GNA des conseillers militaires et des drones, permettant à ses troupes de multiplier les succès militaires ces dernières semaines. « Nous avons longuement parlé de l’effet déstabilisant de la Turquie, dans sa relation avec la Libye » a ajouté le Premier ministre grec. Il a par ailleurs salué le retour des voyageurs étrangers dans son pays, qui s’est imposé comme l’une des destinations phares des touristes israéliens.

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Le projet du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou d’annexer certains pans de la Cisjordanie, divise le pays et fait craindre aux Israéliens une explosion de la colère palestinienne. Supposé présenter début juillet la stratégie de son gouvernement à la population, les divisions règnent au sein même du gouvernement. Certains redoutent les conséquences sécuritaires et diplomatiques de l’application du plan. L’Institut démocratique d’Israël, centre de recherche basé à Jérusalem, a publié, le 3 juin, un sondage qui montre que si 50% des Israéliens appuient le projet, 31% s’y opposent et 19% « ne se prononcent pas ». Et parmi les 711 personnes interrogées, 58 % estiment que « l’opportunité historique » présentée par Benyamin Netanyahou pourrait mener à une troisième intifada. En Israël, les médias rapportent qu’en coulisses, un certain nombre de responsables sécuritaires israéliens, en poste ou à la retraite, s’opposent à l’annexion en général  redoutant des répercussions sur le terrain, voire même un effondrement de l’Autorité palestinienne qui plongerait le territoire dans le chaos. Même si le projet est salué par une grande partie de la classe politique israélienne, ces responsables estiment qu’il n’y a rien à gagner à inscrire dans la loi une situation qui, de toute façon, existe déjà de facto sur le terrain.  Alors même que le projet est à l’étude et qu’aucune décision n’a été prise, des militants « pro-palestiniens » font d’ores et déjà pression en Europe sur les parlementaires pour les pousser à le condamner Israël a priori et exiger contre lui des sanctions préventives. Le Plan Trump, qui est certes discutable, a le mérite de proposer un nouveau cadre de discussion qui permet de surcroit de concrétiser la « solution à deux Etats ».

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