Lettre d’information du Vendredi 18 Octobre 2019

La Turquie a accepté, jeudi 17 octobre, de suspendre son offensive en Syrie pendant cinq jours afin de permettre aux forces kurdes de se retirer d’une « zone de sécurité » voulue par Ankara, selon les termes d’un accord négocié par l’administration américaine et présenté par le gouvernement turc comme une victoire absolue.  La trêve, annoncée depuis Ankara par le vice-président américain, Mike Pence, après quatre heures d’entretien avec le président Recep Tayyip Erdogan, a été saluée par Donald Trump, convaincu qu’elle permettra de « sauver des millions de vies ». S’il est vraiment appliqué, l’accord réalise tous les objectifs visés par la Turquie lors du lancement de son offensive baptisée « Source de paix » au nord est de la Syrie il y a une semaine, à savoir le contrôle d’une bande de terre de 32 kilomètres de profondeur sur 400 kilomètres de longueur jusqu’à la frontière avec l’Irak par l’armée turque et ses supplétifs syriens ainsi que le retrait total des combattants kurdes de cette zone sur laquelle, à terme, les réfugiés syriens actuellement hébergés par Ankara seront installés. Pour permettre aux forces kurdes de se retirer, « sous 120 heures, toutes les opérations militaires dans le cadre de l’opération « Source de paix » seront suspendues et l’opération cessera complètement une fois ce retrait achevé », a déclaré Mike Pence à l’issue de sa rencontre avec le numéro un turc.

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Le départ précipité des soldats américains du Nord-Est syrien a entrainé un retrait des 400 à 500 militaires français de cette région, où l’armée syrienne s’est déployée face aux forces turques et à leurs supplétifs syriens. Environ 12 000 djihadistes, dont 2500 à 3000 étrangers, sont détenus dans des prisons sous contrôle des Kurdes. Des camps de déplacés accueillent à peu près 12 000 étrangers, 8000 enfants et 4000 femmes. Plusieurs dizaines de djihadistes français, dont plusieurs vétérans de « la guerre sainte», sont encore aux mains des Kurdes syriens. Le chaos qui règne dans les zones kurdes inquiète Paris. Les Kurdes, depuis une semaine, répètent que garder les étrangers n’est plus «une priorité». Pour éviter un éparpillement des djihadistes français, qui pourraient ensuite en profiter pour s’infiltrer en Turquie et revenir dans l’Hexagone, les options sont limitées. Paris redoute que les Kurdes ne soient contraints d’en céder au gouvernement syrien dans le cadre du rapprochement en cours entre le Rojava et Damas. Plusieurs dizaines de Français ou de binationaux (franco-algériens, marocains ou tunisiens) seraient déjà emprisonnées chez Bachar el-Assad. D’autres djihadistes transférés dans ses prisons représenteraient un atout que la Syrie ne manquerait pas d’utiliser pour exiger de Paris une réouverture de son ambassade à Damas, par exemple. Reste donc l’option du transfert de ces détenus de l’autre côté de la frontière, vers l’Irak.

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Mercredi 16 octobre, dans un contexte de tensions accrues dans le Golfe, le Ministre de la Défense du Qatar a écarté l’éventualité d’une guerre entre les Etats-Unis et Téhéran :               « Honnêtement, je ne vois aucune guerre à l’avenir entre les Etats-Unis et l’Iran », a déclaré Khaled ben Mohammed Al-Attiyah lors d’une conférence se tenant à Doha et intitulée le Global Security Forum. « En fin de compte, une guerre n’est bénéfique pour personne », a-t-il assuré, estimant que la raison prévaudra parmi « les sages dirigeants et les institutions des Etats-Unis ». A la fois allié des Etats-Unis et proche de l’Iran, le Qatar est sous le coup d’un blocus diplomatique et économique de la part de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, de Bahreïn et de l’Egypte qui l’accusent de liens rapprochés avec Téhéran et de soutien à des groupes islamistes radicaux, ce que Doha nie farouchement. Ces derniers mois, les tensions dans le Golfe ont été exacerbées par des saisies de pétroliers, la destruction d’un drone américain par Téhéran et des attaques sur le sol saoudien. En septembre, l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, ont accusé l’Iran, leur ennemi juré, d’être responsable de ces frappes contre deux sites pétroliers dans l’est du royaume saoudien, qui ont brièvement fait bondir les prix du brut de 20%. Téhéran a nié toute implication dans ces attaques revendiquées par les rebelles Houthis du Yémen, soutenus par l’Iran et combattus par une coalition militaire dirigée par Ryad.

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Deux responsables américains à l’agence Reuters ont déclaré que les Etats-Unis ont mené une cyberattaque contre l’Iran à la suite de l’attaque qui a visé le 14 septembre des installations pétrolières saoudiennes, attaque que Washington et Ryad imputent à Téhéran. Les deux responsables, qui s’exprimaient sous le sceau de l’anonymat, ont précisé que l’opération secrète est intervenue fin septembre et visait l’appareil de « propagande » iranien. L’un d’eux a indiqué, sans plus de détails, que la cyberattaque avait affecté du matériel informatique. L’initiative de l’administration Trump a semble-t-il été de moindre intensité que des attaques similaires décidées contre l’Iran cette année, notamment après que Téhéran eut abattu le 20 juin un drone de surveillance américain entré selon lui illégalement dans son espace aérien et des attaques présumées des Gardiens de la Révolution iraniens contre deux pétroliers en mer d’Oman en mai. Les Etats-Unis, l’Arabie saoudite, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne ont publiquement accusé les autorités iraniennes de l’attaque du 14 septembre, revendiquée par les rebelles chiites Houthis au Yémen. Donald Trump a réagi officiellement en ordonnant le déploiement de troupes américaines pour renforcer les défenses antiaériennes saoudiennes et des sanctions contre la banque centrale d’Iran. Mais le Pentagone s’est refusé à toute commentaire sur la cyberattaque de septembre. Un groupe de hackers liés au gouvernement iranien a tenté de pirater les adresses email de l’équipe de campagne de Donald Trump pour la prochaine présidentielle, a révélé Microsoft début octobre. En août et septembre derniers, ce groupe a essayé plus de 2700 fois d’identifier des emails et a ensuite attaqué 241 de ces comptes. Une enquête de Reuters a révélé par ailleurs l’an dernier que plus de 70 sites d’information dans 15 pays diffusaient de la désinformation et de la propagande pro-Téhéran depuis des années.