Lettre d’informations du Vendredi 17 Avril 2020

Une fois n’est pas coutume, cette semaine aura connu son lot de bouleversements politiques en Israël, après l’échec de Benny Gantz à former un gouvernement d’union avec Benyamin Netanyahou, tandis que le pays s’attèle à trouver une sortie de crise avec la propagation du coronavirus, qui permet toutefois de renforcer les coopérations. En France, si une lueur d’espoir semble apparaître avec la baisse du nombre de personnes hospitalisées et de patients en réanimation, de nombreuses incertitudes demeurent quant à la mise en place du déconfinement.

Le coronavirus n’aura pas eu raison de l’impasse politique que connaît Israël depuis un an. Mercredi 15 avril, à minuit, le délai imparti pour trouver un accord a expiré. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou et son rival, l’ancien chef d’état-major Benny Gantz ne sont pas parvenus à former un gouvernement d’union nationale. Depuis avril 2019, les Israéliens se sont rendus trois fois aux urnes pour désigner un nouveau gouvernement. La dernière élection en date était en mars dernier. Mardi matin, Reuven Rivlin, le président israélien avait prolongé de deux jours le délai imparti pour former un gouvernement «d’unité et d’urgence». Reuven Rivlin a alors informé Benny Gantz qu’il transférait la tâche de former une coalition gouvernementale à la Knesset. Cela marque le début d’une période de 21 jours au cours de laquelle tout législateur qui peut obtenir 61 signataires du Parlement peut former une coalition. Si personne ne réussit, la Knesset se dissoudra et une autre élection aura lieu dans 90 jours, selon la loi israélienne. Les deux candidats, l’insubmersible Benyamin Netanyahou et son rival, le leader de la formation Bleu et Blanc, Benny Gantz ont publié jeudi matin une déclaration commune. Ils indiquent poursuivre les négociations dans la journée. Seulement, les négociations butent sur le système de désignation des hauts magistrats de la Cour suprême. Benyamin Netanyahou est poursuivi par la justice dans quatre dossiers de corruption, il estime être victime d’un complot des juges.

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Jeudi 16 avril au soir, lors d’une réunion du cabinet en visioconférence, la proposition du ministre de la Défense Naftali Bennett d’autoriser la réouverture des magasins dès la semaine prochaine a été acceptée. La relance de l’activité économique sera toutefois soumise au strict respect des règles et des restrictions qui seront fixées par les autorités d’ici samedi soir : désinfection, distanciation sociale, test thermique, port du masque… Le non-respect entraînera des sanctions à l’encontre des gérants. Les Israéliens seront par ailleurs autorisés à sortir à 500 mètres de leurs maisons dès le début de la semaine prochaine, contre 100 mètres aujourd’hui. Les mesures prises jeudi soir pour entamer le déconfinement du pays ne prévoient pas, cependant, la réouverture des écoles, bien que les vacances de Pessah soient maintenant terminées. Seules certaines classes qui relèvent de l’éducation spécialisée devraient rouvrir leurs portes. Mais le Premier ministre Benyamin Netanyahou a ordonné le déblocage de 50 millions de shekels (12,8 millions d’euros) destinés à l’achat d’ordinateurs pour aider les élèves issus de familles dans le besoin, conformément à la demande du ministre de l’Education Rafi Peretz. Par ailleurs, le ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, a milité lors de la réunion, pour la réouverture des petites classes, afin de permettre aux parents de mettre leurs enfants à l’école et de pouvoir aller travailler.

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Israël va prêter de l’argent à l’Autorité palestinienne afin de l’aider à éviter une crise économique et humanitaire liée à la propagation du coronavirus. « La situation avec [le coronavirus] en Cisjordanie nous inquiète tous, et pourrait provoquer une crise humanitaire », a déclaré jeudi le ministre des Finances Moshe Khalon, après avoir rencontré, en compagnie du président Reuven Rivlin, le coordinateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nickolay. Mladenov. Selon l’OMS, 278 cas de Covid-19 ont été recensés chez les Palestiniens de Cisjordanie, avec deux décès, tandis que seulement 13 cas ont été signalés dans la bande de Gaza.  Mais les responsables craignent une aggravation de l’épidémie et veulent s’assurer que les Palestiniens soient suffisamment équipés pour gérer la crise. « Le coronavirus ne fait pas de distinction entre les peuples et les zones géographiques. Une dégradation sanitaire au sein de l’Autorité palestinienne affecterait gravement Israël, et il est dans notre intérêt d’aider l’Autorité palestinienne dans cette situation complexe », a déclaré Moshe Kahlon. Le ministre des Finances a affirmé au Jerusalem Post qu’Israël allait transférer une somme mensuelle à l’Autorité palestinienne, de laquelle sera déduit la somme correspondant à ce que Ramallah paie en frais mensuels aux terroristes et à leurs familles. Il a ajouté que des milliers de kits de dépistage du coronavirus et d’équipements de protection ont été transférés aux Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, et a rappelé que des centaines de Palestiniens viennent chaque jour en Israël pour recevoir des soins vitaux.

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En France, le gouvernement a promis un plan complet « largement » avant le 11 mai pour répondre aux interrogations multiples sur le déconfinement, tout en évitant une reprise de l’épidémie de coronavirus. L’allocution du président Emmanuel Macron lundi soir a répondu à la question sur la date du déconfinement progressif de la France, mais en a soulevé une multitude d’autres. À charge pour le Premier ministre Édouard Philippe et son équipe d’y répondre. Le chef du gouvernement a assuré à l’Assemblée nationale mardi préparer « un plan complet de sortie, un plan d’ensemble » qu’il compte présenter quand « il sera prêt ». « Mais il doit être travaillé en consultation avec beaucoup d’acteurs pour être véritablement à la hauteur des enjeux », a-t-il relevé, évoquant « la coordination nécessaire pour faire en sorte que ces objectifs rappelés par le président de la République soient atteints ». La principale interrogation découle de l’annonce surprise par Emmanuel Macron que les crèches et établissements scolaires (à l’exception de l’enseignement supérieur) allaient rouvrir à partir du 11 mai. La polémique n’a cessé d’enfler depuis lundi soir. Côté médical, le président de la Fédération des médecins de France Jean-Paul Hamon s’est dit « tracassé » par une annonce qui ferait courir « un risque inutile ». Les critiques sont d’autant plus virulentes que bars, restaurants et salles de cinéma resteront fermés. Et il n’y aura pas de grands festivals ni de rassemblements au moins jusqu’à mi-juillet. L’épidémie a fait au moins 17 920 morts en France depuis le début du mois de mars, selon le bilan officiel établi jeudi 16 avril au soir par le directeur général de la santé, Jérôme Salomon. Entre mercredi et jeudi, 417 morts supplémentaires ont été comptabilisés en milieu hospitalier (contre 514 en vingt-quatre heures mercredi), portant le bilan à 11 060 personnes mortes dans les hôpitaux depuis le 1er mars. Depuis le début de l’épidémie, 6 860 personnes malades sont mortes dans des Ehpad et autres établissements médico-sociaux. Actuellement, 31 305 personnes sont encore hospitalisées pour une infection au coronavirus, mais ce chiffre est en baisse pour la deuxième journée d’affilée (– 474 entre mercredi et jeudi).