Lettre d’information du Vendredi 11 Octobre 2019

Mercredi 9 octobre, en plein Yom Kippour, jour du grand pardon pour la communauté juive, la ville de Halle en Allemagne a été frappée par un attentat antisémiteIl faut « utiliser toutes les voies de l’État de droit pour combattre la haine, la violence », a affirmé la chancelière allemande à Nuremberg en promettant une « tolérance zéro ». « Nous devons protéger » les juifs en Allemagne, a, de son côté, déclaré le chef de l’État Frank-Walter Steinmeier, conscience morale du pays, face aux critiques de cette communauté, qui ne s’estime pas assez protégée. L’attentat de Halle est « un jour de honte et d’opprobre » pour l’Allemagne, 75 ans après la Shoah, a reconnu le président, qui s’exprimait devant la synagogue de Halle. Selon la justice, l’auteur des faits, « marqué par un antisémitisme effrayant, une haine de l’étranger », avait bien l’intention de « commettre un massacre » au sein de la communauté juive. L’assaut mené et filmé par un extrémiste de droite allemand de 27 ans lourdement armé a fait deux morts. Il a été diffusé en direct pendant 35 minutes sur une plateforme Internet. Mais le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd si la porte fermée à double tour de la synagogue, où priaient environ 80 fidèles, n’avait pas résisté aux coups de fusil de l’assaillant. « Ce qui s’est passé hier, c’était du terrorisme », a expliqué, jeudi le procureur antiterroriste Peter Frank, précisant que quatre kilos d’explosif artisanal avaient été retrouvés dans la voiture du jeune homme, identifié dans les médias allemands comme Stephan Bailliet.

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Le terroriste a manifestement pris pour modèle l’Australien d’extrême-droite responsable d’une tuerie dans deux mosquées en Nouvelle-Zélande en mars. Il a également publié avant l’attentat un manifeste antisémite dans lequel il fait part de son objectif de « tuer autant d’anti-Blancs que possible, de préférence des juifs ». Stephan Bailliet a été décrit par ses proches comme solitaire, vivant encore chez sa mère et obsédé par Internet. Décimée par l’Holocauste, la communauté juive allemande est en plein essor en Allemagne à la faveur de l’arrivée depuis le début des années 1990 de nombreux juifs de l’ex-URSS. Elle compte 225 000 membres, soit la troisième plus grande communauté juive en Europe, derrière la France et le Royaume-Uni. Mais la recrudescence des actes antisémites dans le pays inquiète. L’an dernier, ils ont augmenté de près de 20 % par rapport à 2017 pour atteindre le chiffre de 1 799, selon les statistiques de la police. La mouvance néonazie est à l’origine d’une bonne partie d’entre eux, dans un contexte d’essor continu de l’extrême droite politique en Allemagne.

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A l’étranger, la semaine a été marquée par la volte-face de Donald Trump qui a laissé le champ libre aux Turcs pour mener une offensive contre les Kurdes au Nord-Est de la Syrie, en annonçant le retrait des forces américaines de la zone. L’offensive, qui a eu lieu mercredi, a provoqué un tollé à travers le monde, ce qui a contraint le Président américain à rétropédaler en déclarant que la Turquie « paiera un prix économique fort » si son offensive en Syrie est « injuste », tout en espérant que le président turc, Recep Erdogan, agira de manière « rationnelle ». La vraie menace, pour Ankara, semble en fait venir des parlementaires américains. Le Congrès est monté en première ligne, dès le début de l’opération turque. Promettant de faire « payer très cher » à la Turquie son offensive, le sénateur républicain Lindsey Graham et son collègue démocrate Chris Van Hollen ont dévoilé mercredi une proposition visant à sanctionner sévèrement Ankara si l’armée turque et ses supplétifs ne se retirent pas de Syrie. L’influent Lindsey Graham, qui soutient d’ordinaire Donald Trump mais l’accuse d’avoir « honteusement abandonné » les Kurdes, a promis des « sanctions infernales »« de grande ampleur, draconiennes et dévastatrices », contre l’économie et l’armée turques. En présentant son texte mercredi, il s’est dit certain d’obtenir un « fort soutien des deux bords politiques », remontés par l’inaction de l’exécutif. La proposition parlementaire tape très fort : gel des avoirs aux Etats-Unis des plus hauts dirigeants turcs, y compris du Président Erdogan, et restrictions à l’octroi de visas américains ; embargo sur les ventes d’armes américaines et étrangères à Ankara ; mesures punitives contre le secteur énergétique turc ; et enfin mise en œuvre sans délai des sanctions liées à l’achat des missiles russes S-400.

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Vendredi, un tanker iranien a été touché par deux frappes de missile présumées en mer Rouge à une centaine de kilomètres du port saoudien de Jeddah, causant une fuite de pétrole, a annoncé son propriétaire. « Tous les membres de l’équipage sont sains et saufs », a précisé la National Iranian Tanker Company (NITC), ajoutant que les personnes à bord du Sabiti tentaient de réparer les dégâts. « Il n’y a pas d’incendie à bord », a affirmé la compagnie étatique, démentant des informations auparavant diffusées par la télévision d’Etat iranienne selon lesquelles le pétrolier avait pris feu après une explosion. Cet incident survient sur fond de bras de fer entre l’Iran d’un côté et l’Arabie saoudite et son allié américain de l’autre. En septembre, Ryad et Washington avaient accusé Téhéran d’être derrière des attaques menées contre deux importants sites pétroliers dans l’est de l’Arabie saoudite, revendiquées par les rebelles Houthis du Yémen. L’Iran avait démenti toute implication. L’attaque présumée de vendredi survient aussi après la saisie de plusieurs tankers par l’Iran ces derniers mois dans la région du Golfe et de l’arraisonnement en juillet au large de Gibraltar (extrême-sud de l’Espagne) d’un tanker iranien, autorisé à repartir le 15 août.

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En Israël, le Likoud a réaffirmé jeudi 10 octobre son soutien à Benyamin Netanyahou au moment où ce dernier négocie son maintien à la tête du pays. Le Premier ministre sortant, au pouvoir depuis plus d’une décennie, avait suggéré la semaine dernière la tenue d’élections primaires pour éviter toute tentative de fronde au sein de son parti, avant de faire marche arrière. Son incapacité à former un gouvernement à l’issue de deux élections législatives semble avoir émoussé son autorité au sein du parti, selon des analystes. Lors de la réunion jeudi soir à Tel-Aviv du comité central du Likoud, ses membres ont voté « une déclaration de loyauté » envers Benyamin Netanyahou, a indiqué le Likoud dans un communiqué. Selon cette déclaration, il « est le seul candidat du Likoud pour le poste de Premier ministre (…) le parti ne siégera que dans un gouvernement dirigé par lui, que ce soit pour un mandat entier ou au terme d’un accord de rotation » de pouvoir. Selon les médias, seuls 300 membres des quelque 3800 membres du comité central étaient présents pour le vote.

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