La lettre d’information du Vendredi 08 Février 2019

Cette semaine, l’Iran est au cœur de l’actualité et des préoccupations européennes. Les représentants des 28 ont exprimé leur inquiétude quant aux lancements de missiles balistiques et appellent Téhéran à cesser « immédiatement » son « comportement intolérable » dans la région. Le Conseil européen a fini par adopter des conclusions sur les missiles balistiques iraniens, malgré des dissensions internes. Depuis la signature de l’accord sur le nucléaire iranien en 2015, Téhéran a renforcé son programme de missile, malgré les avertissements des États-Unis et des pays européens. En janvier, le pays a essayé, sans succès, d’envoyer un satellite dans l’espace. Cette intransigeance européenne contraste avec une politique économique beaucoup plus « souple » et opportuniste vis-à-vis de la République islamique. Ainsi, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont annoncé la création d’Instex, un outil destiné à contourner partiellement l’embargo américain sur le commerce avec l’Iran. Avec ce système de troc, les échanges n’auraient plus à prendre la forme de transactions financières directes entre les parties. Les Européens espèrent ainsi prouver leur détermination à sauver l’accord sur le nucléaire iranien, mais surtout affirmer leur souveraineté par rapport aux Etats-Unis.

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Channel 12 a rapporté jeudi que l’Iran construit actuellement une nouvelle usine de missiles en Syrie, près de la ville de Safita, dans le nord-ouest du pays, dans l’espoir qu’Israël ne le découvre pas, loin des sites iraniens précédemment frappés par l’Etat hébreu. L’usine se consacrerait à la production de missiles de précision, augmentant de manière spectaculaire la menace que représente le vaste arsenal de roquettes et de missiles visant Israël et déployés dans le sud du Liban par le Hezbollah, groupe terroriste chiite mandataire de la République islamique. Pour la construire, a noté Channel 12, l’Iran a dû violer les sanctions internationales sur une partie de son programme de missiles via une série de sociétés-écran.

Par ailleurs, les Gardiens de la Révolution ont dévoilé jeudi un nouveau missile de croisière d’une portée de 1.000 km, selon l’agence de presse de l’armée idéologique de l’Iran.Le nouveau missile appelé « Dezful » est un modèle plus récent que le Zolfaghar qui avait une portée de 700 km, a indiqué le général de brigade Amirali Hajizadeh, commandant de la force aérospatiale des Gardiens de la Révolution, selon l’agence Sepah.

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La semaine a également été marquée par l’arrivée au Caire de délégations du Hamas et du Djihad islamique pour des entretiens avec les services de sécurité égyptiens, qui cherchent à sauver le processus de réconciliation palestinien et à désamorcer les tensions avec Israël. « Le Caire, dont c’est l’intérêt, cherche à éviter une nouvelle guerre dans la bande de Gaza et à améliorer les conditions de vie de ses habitants », a déclaré un responsable palestinien ayant requis l’anonymat. Les relations entre le Hamas, qui administre l’enclave depuis juin 2007, et l’Autorité palestinienne se sont détériorées le mois dernier lorsque la seconde a ordonné à ses hommes de quitter le point de passage de Rafah, entre la bande de Gaza et l’Egypte.

L’Egypte, qui coordonnait les opérations avec l’Autorité palestinienne depuis un an, à ensuite ordonné la fermeture du terminal. Selon des responsables palestiniens, il a rouvert partiellement cette semaine dans le cadre d’une coopération entre les autorités égyptiennes et le Hamas, ce que Le Caire n’a pas confirmé.

Mercredi soir, l’armée israélienne a visé des positions du Hamas en réponse à une roquette tirée depuis la bande de Gaza sur une zone non-habitée du Conseil régional de Sha’ar Hanéguev, dans le sud d’Israël. Selon des sources sécuritaires, le Hamas n’est pas l’auteur du tir, et chercherait à déterminer qui en est à l’origine. Les mêmes sources ont évoqué la piste de cellules chiites proches du jihad islamique. Plus tôt dans la journée, une roquette tirée depuis Gaza n’est pas parvenue à franchir la frontière et a explosé à l’intérieur du territoire palestinien.

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Asphyxié financièrement, le Hamas a appelé ses soutiens à lui transférer des fonds via une plateforme d’échange de cryptomonnaies. Ce tournant dans les appels aux dons arrive quelques jours après que Benyamin Netanyahou a bloqué des millions de dollars d’aides qataris destinés à la bande de Gaza, en réponse à un regain d’hostilité au niveau des frontières, mais surtout, l’organisation terroriste est aux abois à la suite du refus de l’Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas, grand rival des islamistes, de régler le salaire des dizaines de milliers de fonctionnaires dans la bande de Gaza.

Le bitcoin a été la cible de critiques régulières contre l’utilisation de cette monnaie virtuelle et anonyme pour des achats d’armes ou des trafics de drogues. Nombreux sont les experts qui mettent en garde sur une possible manipulation des échanges. Prudentes, l’immense majorité des banques se refusent à effectuer le moindre transfert lié au Hamas pour ne pas être poursuivies en justice. Whitestream, une start-up israélienne a mis au point un logiciel permettant d’analyser les opérations menées sur la blockchain, la banque de données sur laquelle toute l’activité du bitcoin est fondée. L’entreprise affirme avoir d’ores et déjà repéré plusieurs transactions entre des donateurs et le Hamas via Coinbase, la principale plateforme de transactions de cryptomonnaies américaines, mais aussi grâce à des plateformes russes et chinoises. Les informations recueillies ont été transmises aux services de sécurité américains et israéliens. La bataille financière n’en est qu’à ses débuts.

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