Lettre d’information du Vendredi 06 Mars 2020

La propagation du Coronavirus dans le monde a quelque peu accaparé l’actualité cette semaine, marquée également par les élections législatives en Israël – dont nous vous proposons une analyse dans un document annexe -, le chantage migratoire exercé par la Turquie sur l’Europe et la mise en cause de l’Iran pour non-respect de ses engagements nucléaires.

Afin d’éviter la propagation du nouveau coronavirus, les autorités israéliennes ont annoncé, mercredi 4 mars, l’interdiction pour les Français et les ressortissants de plusieurs autres pays européens d’entrer sur leur territoire, à moins qu’ils disposent d’un lieu permanent de résidence en Israël. Des restrictions avaient déjà été imposées à l’Italie, plus important foyer de l’épidémie en Europe, et à de nombreux pays asiatiques, poussant les autorités israéliennes à renvoyer chez eux de nombreux voyageurs à leur arrivée à l’aéroport international Ben Gourion de Tel-Aviv et à annuler des liaisons aériennes. Les Israéliens revenant de France et d’autres pays européens pourront rentrer en Israël mais devront rester en isolement, chez eux, pendant quatorze jours, ont précisé les autorités, qui ont recensé jusqu’à présent quinze cas d’infection au nouveau coronavirus sur le territoire.

« Nous sommes dans une meilleure situation que d’autres pays car, depuis le début, j’ai donné des instructions pour agir au maximum et pas au minimum. Nous avons pris des mesures strictes, très strictes, pour ralentir la propagation de la maladie en Israël », a déclaré le Premier ministre Benyamin Netanyahou. « Contrairement à d’autres pays, nous avons aussi opté pour une politique d’isolement et de tests approfondis », a-t-il ajouté lors de sa première conférence de presse depuis la victoire de son parti, le Likoud, aux élections législatives de lundi.

Avec l’Italie et l’Allemagne, la France est l’un des principaux foyers du nouveau coronavirus en Europe. Environ 150 000 Français sont établis en Israël, dont une grande partie ont la double nationalité. Les autorités israéliennes avaient déjà exhorté leurs ressortissants à éviter tout déplacement à l’étranger afin d’éviter la contamination au coronavirus.

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Lundi 2 mars, le Likoud est arrivé en tête des législatives israéliennes avec 36 mandats, soit 4 de plus que lors de la précédente Knesset, contre 33 pour Kakhol Lavan de Benny Gantz. La Liste arabe unie demeure le 3ème plus grand parti avec 15 mandats. Deux de plus qu’à la dernière Knesset et ce grâce à une forte mobilisation de la population arabe. Stabilité du côté des partis ultraorthodoxes : 9 sièges pour le Shas et 7 pour Yahadout Hatora. A égalité avec l’union de la Gauche -Travaillistes/Gesher/Meretz, en perdition. Israel Betenou perd un mandat passant de 8 à 7. Yemina aussi, de 7 à 6. Otzma Yehudit restera, quant à lui, hors de la Knesset. Le parti d’Itamar Ben-Gvir ne franchit pas le seuil d’éligibilité faute d’avoir recueilli au moins 3,25% des suffrages exprimés soit 149.004 voix. Au niveau des blocs, c’est sans conteste celui de Droite qui domine. 58 mandats face à celui de Centre-Gauche qui n’en remporte que 40. 55 si l’on y ajoute l’appui éventuel des partis arabes. Cependant le Bloc de Benyamin Netanyahou n’a pas, pour l’heure, la majorité parlementaire qui lui permet de former un gouvernement restreint de droite. Il lui faudra trouver 3 députés tentés de déserter leur camp pour rejoindre celui du Likoud. Les négociations sont déjà en cours avec des députés de Kakhol Lavan et de l’Union de la Gauche. Ou bien tenter un gouvernement d’Union Nationale avec Kakhol Lavan, une idée que rejette, pour le moment, Benny Gantz et ses co-listiers. Il se pourrait cependant que ce soit l’unique solution pour éviter un 4ème retour aux urnes dès l’automne.

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En annonçant, jeudi 27 février, l’ouverture de sa frontière occidentale avec la Grèce, Ankara a non seulement donné implicitement le signal de la ruée vers l’Europe aux 3,6 millions de réfugiés du conflit syrien déjà présents en Turquie, mais brandi la menace d’en faire éventuellement de même pour le million de personnes qui, fuyant l’enfer d’Idlib, se massent aux abords de la frontière turque.

La Turquie ambitionne de recréer le scénario de 2015, lorsque 1 million de personnes déplacées par la guerre civile syrienne avaient traversé son territoire pour franchir les frontières de l’UE, déclenchant dans l’Union une crise humanitaire, sécuritaire et politique, qui n’a cessé de nourrir l’extrême droite. L’afflux de réfugiés n’avait été endigué, à partir de mars 2016, qu’au prix d’un accord aux termes duquel Ankara s’engageait à leur barrer la route de l’Europe, moyennant le versement par l’UE d’une somme de 6 milliards d’euros, destinée aux associations humanitaires.

Les Européens ont accusé mercredi Ankara de chantage aux migrants et promis de « prendre toutes les mesures nécessaires » pour protéger leurs frontières « dans le respect du droit de l’UE et international », une formule répondant aux critiques des ONG.

L’OTAN doit avoir une explication franche avec la Turquie pour savoir de quel côté penche cet allié, qui s’est beaucoup rapproché de Moscou dans le cadre du conflit syrien, a déclaré mercredi le chef de la diplomatie française.

« Nous sommes dans la même alliance […] Je pense qu’il nous faudra avoir rapidement avec la Turquie une grande explication, lourde, franche, publique pour savoir de quel côté est l’un, de quel côté est l’autre et là où sont nos intérêts communs et dire tout cela, fortement sinon on ne s’en sortira pas », a affirmé Jean-Yves Le Drian au Sénat.

« La grande explication s’impose. Elle s’impose dans nos relations à nous avec la Turquie mais elle s’impose aussi au sein de l’Alliance […] L’actualité nous l’impose », a-t-il martelé.

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A quelques jours de la présentation de son rapport devant le conseil des gouverneurs de l’agence à Vienne, le directeur de l’AIEA, Rafael Mariano Grossi a été reçu par Emmanuel Macron à l’Elysée mardi 3 mars. Le diplomate argentin, expert exigeant en matière de prolifération, a confirmé au Président français les signaux alarmants relevés par son organisation. Confirmant les estimations des spécialistes français ces derniers mois, l’AIEA affirme que le niveau d’enrichissement d’uranium est passé à 4,5 %, contre 3,67 % fixés dans l’accord. De façon mathématique, l’accroissement de ces capacités réduit le délai théorique dans lequel l’Iran pourrait parvenir à l’acquisition de la bombe. Ce délai – « breakout time » – était d’un an au moins, en vertu de l’accord sur le nucléaire iranien.

Depuis l’été 2019, les autorités iraniennes ont initié une escalade graduée : franchissement de la limite des 300 kg d’uranium faiblement enrichi, enrichissement au-delà du seuil de 3,67 %, violation des limites imposées sur la recherche et le développement. En novembre, l’Iran a annoncé la reprise des activités d’enrichissement sur le site souterrain de Fordo. Enfin, début janvier, Téhéran a décidé de ne plus accepter aucune limite opérationnelle dans son programme, comme celle sur le nombre et la modernité des centrifugeuses.

Le 14 janvier, dans une déclaration conjointe, les ministres des affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, le groupe E3, ont annoncé l’activation du mécanisme de règlement des différends, prévu par le JCPOA. Il peut aboutir à un rétablissement de toutes les sanctions devant le Conseil de sécurité de l’ONU, sans que cela soit automatique. Dans un communiqué publié après la réception de Rafael Mariano Grossi, Emmanuel Macron a fait savoir qu’il souhaitait « le strict respect par l’Iran de ses engagements et obligations en termes de vérification, et a appelé Téhéran à coopérer immédiatement et pleinement avec l’agence ».