Lettre d’information du Vendredi 06 Décembre 2019

Cette semaine, l’Iran est une fois encore au cœur des préoccupations. Les Américains ont accusé jeudi le régime de Téhéran d’avoir tué plus de 1.000 Iraniens lors de la répression brutale de la contestation qui a éclaté mi-novembre, un bilan bien supérieur à ceux évoqués jusqu’ici. L’émissaire américain pour l’Iran Brian Hook, a toutefois reconnu que ce bilan n’était « pas certain, car le régime bloque l’information ».

« Des milliers d’Iraniens ont été blessés. Et au moins 7.000 manifestants ont été placés en détention », a encore avancé l’émissaire, appelant la République islamique à les libérer « immédiatement », ainsi que tous les « prisonniers politiques ». « C’est terrible », « ils tuent beaucoup de gens et ils arrêtent des milliers de leurs propres citoyens dans une répression brutale », a ensuite commenté le président américain Donald Trump. La contestation a éclaté le 15 novembre dès l’annonce d’une forte hausse du prix de l’essence, en pleine crise économique aggravée par les sanctions américaines, et a touché une centaine de villes. Les autorités, qui avaient bloqué Internet durant les manifestations, ont dit avoir rapidement ramené l’ordre. Amnesty International a estimé qu’au moins 208 personnes avaient été tuées par les forces de l’ordre iraniennes, tout en affirmant que le bilan réel de cette « horrible tuerie » était « vraisemblablement supérieur ».

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Parallèlement, Paris, Berlin et Londres ont dénoncé dans une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU les activités de l’Iran. Les ambassadeurs de ces pays à l’ONU exhortent le secrétaire général Antonio Guterres à informer le Conseil dans son prochain rapport que l’activité de l’Iran en matière de missiles balistiques est « incompatible » avec une résolution du Conseil approuvant l’accord nucléaire avec l’Iran en 2015. Celle-ci, rappellent les trois puissances européennes, prévoit que « l’Iran est tenu de ne mener aucune activité liée aux missiles balistiques conçus pour pouvoir emporter des armes nucléaires, y compris les tirs recourant à la technologie des missiles balistiques ». Or, ils « notent avec préoccupation » que l’Iran aurait contrevenu à cette résolution. Ils s’appuient notamment sur des images diffusées sur les réseaux sociaux le 22 avril 2019 montrant un essai d’une nouvelle version de missile balistique à moyenne portée Shahab-3, selon eux capable de transporter une arme nucléaire. Les États-Unis, qui se sont retirés en 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien, accusent l’Iran de tenter de développer des missiles à capacité nucléaire, ce que les Iraniens nient. Londres, Berlin et Paris citent d’autres preuves de développement de ces missiles balistiques, comme le lancement le 2 août 2019 par les rebelles Houthis au Yémen, soutenus par l’Iran, du Borkan-3, un «missile balistique à propulsion liquide, d’une portée d’environ 1.300 kilomètres». Les trois puissances évoquent aussi le lancement, le 24 juillet 2019, d’un missile balistique qui aurait parcouru plus de 1.000 kilomètres et qui pourrait être « un missile Shahab-3 de moyenne portée ». Cette lettre est « un mensonge désespéré pour dissimuler leur misérable incompétence dans l’accomplissement du strict minimum de leurs propres obligations », a réagi sur Twitter Mohammad Javad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères. Si les trois pays veulent avoir « un minimum de crédibilité mondiale, ils peuvent commencer par exercer leur souveraineté plutôt que de se plier aux pressions américaines », dénonce-t-il.

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Au Liban, des groupes de manifestants ont bloqué des routes jeudi, pour protester contre le candidat pressenti pour être désigné Premier ministre lundi, plus d’un mois après la démission de Saad Hariri sous la pression de la rue. Il s’agit de Samir al-Khatib, un grand entrepreneur adoubé par le chef du gouvernement démissionnaire. Ils accusent le pouvoir d’ignorer leurs demandes de former un cabinet de technocrates, présidé par une personnalité indépendante. Du Nord au Sud, en passant par le centre de Beyrouth, des contestataires ont fermé les routes à l’aide de bennes à ordures, de pneus ou d’autres objets, malgré de fortes pluies. Des graffitis appelant à la formation d’un gouvernement « indépendant et de transition » ont été peints devant les sièges de plusieurs ministères à Beyrouth. La grève générale décrétée par les comités de coordination de la contestation a cependant été peu suivie. Si certaines écoles ont fermé leurs portes, les commerces, eux, étaient ouverts. Des échauffourées ont éclaté entre des manifestants et des commerçants qui refusaient de baisser leurs rideaux dans la ville de Nabatiyé, au Sud du Liban. L’armée est intervenue pour rétablir le calme.

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En Israël, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a affirmé jeudi qu’il était important pour lui d’être Premier ministre lors des six prochains mois avant le début de la campagne électorale américaine, a rapporté la chaîne publique Kan. « Les dirigeants du parti Bleu Blanc ont affirmé ne pas vouloir siéger sous un Premier ministre inculpé, bien que les citoyens l’aient choisi et que la loi le permette. Mais cela n’a pas été accepté (…) Pour faire avancer l’alliance de défense (avec les Etats-Unis), avant que ne commence la période des élections aux États-Unis, j’ai dit qu’il était important que je reste encore six mois », a affirmé Netanyahou après sa rencontre avec le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo à Lisbonne. Le dirigeant israélien a également évoqué les négociations en cours entre son parti, le Likoud, et Bleu Blanc, affirmant son intention de faire un effort suprême, pour tenter d’empêcher des « élections inutiles ». Netanyahou a également abordé la proposition d’élections directes du Premier ministre, qu’il a jugé « intéressante ».

« S’ils disent que le public me connaît et prétend être fatigué, passons à des élections directes. Je pense que la question des élections directes commence à être intéressante », a-t-il ajouté.

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En France, l’Assemblée nationale a adopté mardi 3 décembre la résolution LREM visant à lutter contre les « nouvelles formes » d’antisémitisme, appelant à combattre « toutes les haines sans distinction », dont l’antisionisme. 154 députés ont voté pour, 72 contre, et 43 se sont abstenus. La résolution suggère de reprendre la définition de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), déjà validée par le Parlement européen et plusieurs pays, et appuyée par Emmanuel Macron, en février devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Le président avait alors affirmé vouloir élargir la définition de l’antisémitisme à l’antisionisme. « L’antisémitisme est une certaine perception des juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte », selon la définition de l’IHRA. Celle-ci « constituerait un instrument efficace (…) en ce qu’elle englobe les manifestations de haine à l’égard de l’Etat d’Israël justifiées par la seule perception de ce dernier comme collectivité juive », précise la proposition de résolution. « Israël salue la décision de l’Assemblée nationale et appelle d’autres pays à suivre l’exemple de la France », a réagi mardi soir le ministre des Affaires étrangères Israel Katz. Il s’agit en effet d’une victoire contre le BDS et tous ceux qui oeuvrent à la délégitimation d’Israël.

Voir le communiqué d’ELNET