Lettre d’information du Vendredi 05 Juillet 2019

Cette semaine, le nucléaire iranien était au cœur de l’actualité géopolitique. Téhéran a annoncé lundi avoir franchi la limite imposée à ses réserves d’uranium faiblement enrichi.       « Extrêmement inquiets », les chefs de la diplomatie de l’Union européenne, de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni ont appelé l’Iran à revenir sur sa décision. « Nous exhortons l’Iran à revenir sur sa décision et à s’abstenir de prendre de nouvelles mesures qui affaibliraient » l’accord de 2015, ont déclaré dans un communiqué commun diffusé à Bruxelles les quatre responsables : Jean-Yves Le Drian (France), Heiko Maas (Allemagne), Jeremy Hunt (Royaume-Uni) et Federica Mogherini (Union européenne).

« Nous avons été clairs et cohérents sur le fait que notre engagement vis-à-vis l’accord sur le nucléaire dépendait du respect total par l’Iran, Nous regrettons cette décision de l’Iran, qui remet en question un instrument essentiel de la non-prolifération nucléaire », ont-ils estimé. Téhéran s’était engagé à ne pas chercher à acquérir la bombe atomique et avait accepté de réduire drastiquement son programme nucléaire en échange de la levée de sanctions internationales asphyxiant l’économie iranienne. Mais la décision du président américain Donald Trump de se retirer unilatéralement de l’accord a entraîné le rétablissement des sanctions américaines, qui a eu pour effet de presque totalement isoler l’Iran du système financier international et de lui faire perdre la quasi-totalité de ses acheteurs de pétrole. Téhéran menace désormais de violer d’autres dispositions de l’accord si les autres Etats encore parties (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne et Russie) ne l’aident pas à contourner les sanctions américaines.

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Benjamin Netanyahou a accusé mardi l’Iran de vouloir « faire chanter » la communauté internationale en augmentant ses réserves d’uranium faiblement enrichi. « Cette semaine, l’Iran a sciemment violé l’accord nucléaire en augmentant le stock d’uranium enrichi autorisé en vertu de l’accord », a déclaré le Premier ministre israélien. Le régime iranien « espère qu’en violant l’accord, il sera en mesure de faire chanter le monde en réduisant la pression économique » qui pèse sur l’Iran depuis le rétablissement de sanctions américaines, a-t-il accusé. « Nous devrions faire exactement le contraire. Il est maintenant temps d’augmenter la pression. C’est le moment de tenir bon », a appelé Netanyahou. Dans une première réaction lundi, il avait appelé les pays européens à sanctionner l’Iran. «Vous vous êtes engagés à agir dès que l’Iran violerait l’accord nucléaire. Alors je vous dis: faites-le», avait dit Netanyahou. En déclarant avoir dépassé pour la première fois la limite imposée par l’accord de 2015, Téhéran « joue avec le feu », a prévenu lundi le président américain Donald Trump. La France a averti mercredi l’Iran qu’il ne « gagnerait rien » à sortir de l’accord encadrant son programme nucléaire.

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Les autorités syriennes ont accusé mardi Israël de « terrorisme d’Etat » après des frappes en Syrie imputées à l’Etat hébreu. Israël, qui a refusé de commenter sur ce bombardement, confirme rarement ses frappes en Syrie, même si ces derniers mois il a revendiqué plusieurs attaques. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), Israël a lancé des frappes près de Damas et dans la province de Homs (centre). Après l’attaque, le ministère des Affaires étrangères syriennes a porté plainte auprès du Conseil de sécurité de l’ONU, selon Sana. Les actes « hostiles » d’Israël n’auraient pas été possibles sans le soutien de ses alliés à Washington, a ajouté l’agence. Selon l’OSDH, les frappes de dimanche ont touché des positions iraniennes près de Damas et visé un centre de recherche et un aéroport militaire à l’ouest de la ville de Homs où des combattants du Hezbollah chiite libanais et des Iraniens sont déployés. Depuis le début en 2011 de la guerre en Syrie, Israël a mené plusieurs frappes contre l’armée syrienne mais aussi contre les forces de l’Iran et du Hezbollah, alliés indéfectibles du régime de Bachar el-Assad et deux grands ennemis de l’Etat hébreu implantés en Syrie. Déclenché avec la répression de manifestations par le pouvoir, le conflit en Syrie s’est complexifié avec l’implication de puissances étrangères et des groupes djihadistes. Il a fait plus de 370.000 morts.

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En Israël, à environ deux mois des prochaines élections législatives, le Parti travailliste s’est doté d’un nouveau chef. Amir Peretz a été élu pour mener la formation lors du prochain scrutin et tenter de faire oublier l’échec cuisant des élections d’avril ; le parti fondateur d’Israël n’a remporté que six sièges lors du dernier scrutin. Et pour ce, les membres du parti ont privilégié l’expérience au renouveau. Amir Peretz est un vétéran de la politique israélienne : il a passé plus de 30 ans déjà sur les bancs de la Knesset. Il fut également ministre à deux reprises : en charge de la Défense dans le gouvernement d’Ehud Olmert entre 2006 et 2007 puis de la Protection environnementale dans un gouvernement Netanyahou il y a cinq ans. À 67 ans, il retrouve un poste qu’il avait déjà occupé entre 2005 et 2007. Amir Peretz fut également dirigeant du principal syndicat israélien, Histadrout, menant alors des combats contre les politiques libérales du gouvernement de droite. Le syndicaliste était également membre de La Paix maintenant. L’ex-ministre s’est imposé face à deux jeunes rivaux, Stav Shaffir et Itzik Shmuli, tous deux trentenaires arrivés en politique après avoir mené les protestations contre le coût de la vie en 2011. Alors que le parti qui a fondé Israël se bat désormais pour sa survie, ses militants ont préféré le poids de l’expérience. Tout juste élu, Amir Peretz a dévoilé sa stratégie pour faire remonter les travaillistes : il veut unir le bloc de centre gauche face à Netanyahou. L’une des questions déterminantes pour la formation sera la possibilité de s’allier avec d’autres factions de centre-gauche en amont du nouveau scrutin de septembre – et notamment avec celle que vient de former l’ex-Premier ministre et ex-chef Travailliste Ehud Barak, qui ne porte pas encore de nom.

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