Lettre d’information du Vendredi 03 Mai 2019

Comme chaque année, la vie s’est figée dans tout Israël pendant deux minutes, jeudi 2 mai à 10 h, au son des sirènes, pour marquer la journée de la Shoah en mémoire des six millions de victimes juives du nazisme durant la Seconde Guerre mondiale. La veille, lors d’une cérémonie à Yad Vashem, à Jérusalem, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a dénoncé la hausse de l’antisémitisme dans le monde. « Nous vivons un paradoxe, l’admiration à travers le monde pour l’Etat des juifs s’accompagne dans certains milieux d’une hausse de l’antisémitisme », a-t-il déclaré. Il a notamment fait référence au récent attentat qui a fait un mort dans une synagogue en Californie et à un dessin, publié dans le New York Times, le représentant en chien-guide menant le président américain Donald Trump aveugle et coiffé d’une kippa. Le quotidien américain avait présenté samedi ses excuses après la publication du dessin, reconnaissant qu’il « comprenait des clichés antisémites ».

Le président Reuven Rivlin a quant à lui condamné « toute forme de racisme et d’antisémitisme » et mis en garde, sans donner de noms, contre la formation d’alliances avec des dirigeants accusés d’antisémitisme.

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L’antisémitisme progresse en Europe et en Amérique du nord, selon un rapport annuel du Centre Kantor publié mercredi par le Congrès juif européen. « L’année 2018 a vu le plus grand nombre de Juifs assassinés depuis des décennies », peut-on lire dans le rapport qui déplore une augmentation de 13% des incidents « graves et violents ».

L’augmentation de la violence antisémite, des menaces et du harcèlement a également été relevée par de multiples études, notamment de l’Agence européenne des droits fondamentaux et de l’Anti-Defamation League (ADL) américaine.

Malgré tout, le Centre Kantor note certains progrès. Les gouvernements européens, selon lui, prennent de plus en plus le problème au sérieux et arrêtent des mesures. Et le nombre de pays ayant adopté la définition de l’antisémitisme élaborée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste est en hausse.

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Jeudi, Jared Kushner, conseiller de Donald Trump a déclaré qu’il ne devrait pas faire référence aux « deux Etats ». Depuis deux ans, le gendre du président américain a pour mission de parvenir à « l’accord ultime » entre Israéliens et Palestiniens. Le plan devrait être dévoilé après la fin du ramadan qui s’achève début juin. En attendant, celui qui était jusque-là très discret dans les médias se fait plus présent pour préciser les contours de ce projet. « Je réalise que ça signifie des choses différentes selon les gens. Si vous dites « deux Etats », ça veut dire une chose pour les Israéliens, ça veut dire une autre chose pour les Palestiniens », a expliqué Jared Kushner lors d’une conférence organisée par le cercle de réflexion Washington Institute.

« Disons juste qu’on va travailler sur les détails de ce que cela signifie », a-t-il ajouté sans plus de précisions. « J’espère que cela montrera aux gens que c’est possible, et s’il y a des désaccords, j’espère qu’ils porteront sur le contenu détaillé plutôt que sur les concepts généraux », a-t-il poursuivi, estimant que ces seuls concepts, connus depuis des années, n’avaient pas permis de résoudre cet inextricable conflit.

Jared Kushner a aussi assuré que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, actée par Donald Trump fin 2017, « ferait partie de tout accord final ». Et même s’il a affirmé que les autorités israéliennes devraient aussi « faire des compromis », sans dire lesquels, il a une nouvelle fois mis l’accent sur l’indispensable « sécurité » de l’Etat hébreu.

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A l’actualité cette semaine, les propos de l’ancien ambassadeur de France à Washington ont continué de faire polémique. Le ministère israélien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadrice française Hélène Le Gal pour lui faire part de son mécontentement concernant les déclarations de l’ambassadeur de France à Washington, qui avait accusé Israël d’être un « État-apartheid ». Dans un entretien accordé au magazine The Atlantic, le 19 avril, l’ambassadeur sortant avait déclaré qu’Israël était « extrêmement à l’aise » dans le statu-quo parce que le pays remportera la mise.

La conquête de la Cisjordanie en 1967 et l’extension des implantations israéliennes sur ce territoire palestinien, illégales aux yeux de la communauté internationale, ont imposé deux lois différentes selon Gérard Araud : une pour les Israéliens, l’autre pour les Palestiniens « sur le même territoire avec un peuple dominant l’autre ». « Israël dans ses limites de 1967 (hors Cisjordanie, Jérusalem-Est, Golan et bande de Gaza, ndlr) n’est ni un État colonial ni un régime d’apartheid », a-t-il souligné, précisant qu’il ne revenait pas sur ses propos accordés à The Atlantic.

Mais Emmanuel Nahshon, porte-parole du Ministère des Affaires étrangères, a estimé que cette explication n’était pas recevable, répondant à Araud sur Twitter qu’il avait fait allusion à Israël de manière claire dans l’entretien accordé à The Atlantic. « Vous savez parfaitement que 60% des Palestiniens de Cisjordanie sont placés sous la gouvernance de l’AP [Autorité palestinienne]. Vous savez que l’AP refuse systématiquement les négociations de paix. Vos propos ont été offensants et déplacés », a écrit le diplomate israélien.

Et l’intéressé de répondre : « Je suis désolé. C’était dans le contexte du processus de paix. Je n’ai pas honte de mon opinion et je connais très bien le sujet. Oui, la Cisjordanie. Pas Israël ».

Pourtant il semble oublier l’essentiel : le rôle des Palestiniens dans l’échec du processus de paix. Israël n’a commencé à contrôler ces territoires que par suite d’une guerre d’autodéfense menée alors que son existence même était menacée. Le contrôle s’est poursuivi par suite de l’intransigeance des voisins arabes d’Israël qui ont constamment rejeté les nombreuses offres de paix d’Israël, notamment son message délivré dans le sillage de la guerre des Six Jours selon lequel il était disposé à échanger la majeure partie des territoires en échange de la paix. L’Egypte en 1979 et la Jordanie en 1994 finirent par signer des traités de paix avec Israël. Mais les Palestiniens n’y sont toujours pas résolus.

En 2008 le Premier Ministre israélien Ehoud Olmert proposa à Mahmoud Abbas un État palestinien sur la totalité de la Bande de Gaza et de la Cisjordanie (avec une annexion de 5,8% par Israël mais compensée par un territoire de taille équivalente pour l’État palestinien); la division de Jérusalem entre deux États avec une souveraineté partagée sur le Mont du Temple; l’acceptation par Israël d’un nombre symbolique de réfugiés palestiniens dont le « droit au retour » devait s’appliquer à l’État palestinien avec un fond international pour compenser les réfugiés (juifs et arabes) de 1948. Mahmoud Abbas n’accepta pas la proposition. En février 2014, le Secrétaire d’État américain John Kerry proposa un plan de paix similaire. Le Président Obama ne parvint pas à convaincre Abbas de son intérêt lors de leur réunion à la Maison blanche le 16 mars 2014. Ces deux rejets par du leader palestinien s’ajoutent à trois précédents historiques ; le plan de partage de la Commission Peel en 1937, le plan de partage de l’ONU et les paramètres de Bill Clinton en décembre 2000.

Le gouvernement palestinien est malheureusement plus préoccupé à éduquer à la haine et inciter au terrorisme qu’à promouvoir la paix. Et la communauté internationale a sa part de responsabilité puisqu’elle les a entretenus dans une situation d’assistanat et de frustration. C’est la raison pour laquelle le plan de paix américain doit être examiné avec sérieux car il pourrait apporter des solutions nouvelles. Pour l’heure, il n’a cessé d’être critiqué par un grand nombre de diplomates qui ont pourtant eux-mêmes échoué dans leur mission.

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