La Lettre d’information du Vendredi 01 Février 2019

La bataille pour les législatives bat son plein en Israël. Cette semaine, Benny Gantz s’est enfin exprimé sur sa vision et ses intentions, affichant ainsi son ambition de diriger Israël. Son discours, relayé en direct par les chaînes de télévision, a donné le coup d’envoi de la campagne des élections législatives, prévues le 9 avril prochain. Benny Gantz s’est présenté en alternative à l’indétrônable Premier ministre, Benyamin Netanyahou. Il a affirmé vouloir dépasser les clivages traditionnels avec un slogan, « Ni de droite, ni de gauche, Israël d’abord », et un nouveau parti, Hosen Lyisrael (résilience pour Israël).

Son intervention était d’autant plus attendue qu’il n’avait pas formulé la moindre idée depuis son entrée en politique. Offensif, l’ancien chef d’Etat-major a pilonné l’actuel gouvernement accusé de semer la discorde entre communautés, d’ « attiser la haine » dans le pays pour perpétuer son pouvoir et subordonner la sécurité à ses propres intérêts. Benny Gantz a dénoncé la corruption et les attaques contre les institutions sans citer le nom de sa cible, Benyamin Netanyahou, dont la popularité est indéniable. « La simple idée qu’un premier ministre puisse exercer le pouvoir alors qu’une inculpation est présentée contre lui me semble ridicule, cela n’arrivera pas », a-t-il dit alors que le procureur général pourrait annoncer en février son intention d’inculper le chef du gouvernement dans plusieurs affaires de corruption présumée. Décrit depuis plusieurs mois dans les médias locaux comme le concurrent le plus sérieux de Benjamin Netanyahou, au pouvoir depuis mars 2009, avec quatre mandats consécutifs de Premier ministre après un premier bail entre 1996 et 1999, les récents sondages classent Benny Gantz au statut de deuxième personnalité la plus à même d’exercer les fonctions de chef de gouvernement, après… Benjamin Netanyahou.

Bénéficiant du prestige de l’uniforme, Benny Gantz est une figure consensuelle et respectée, classée centriste par la presse locale. Si les sondages prévoient donc une nouvelle victoire de Benjamin Netanyahou, fort de la machine électorale de son parti et d’une solide base d’électeurs, le Premier ministre voit toujours planer au-dessus de sa tête une épée de Damoclès judiciaire qui pourrait changer la donne.

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Mardi, Benyamin Netanyahou a accusé l’Iran de lancer des cyberattaques quotidiennes contre Israël, lors de Cybertech, une conférence internationale à Tel-Aviv sur la cyber-technologie. « Les cyberattaques de l’Iran se produisent tous les jours. Nous les surveillons, nous les voyons et les déjouons toujours », a affirmé le Premier ministre israélien. Il avait affirmé au début du mois qu’Israël était « prêt à tout scénario » à la suite d’informations sur une possible cyber-intrusion étrangère lors des élections législatives du 9 avril.

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Les investissements dans les entreprises de cybersécurité en Israël ont dépassé le milliard de dollars en 2018. Un nouveau rapport réalisé par Start-Up Nation Central, qui suit le secteur des nouvelles technologies en Israël, révèle en effet un élan d’intérêt de la part d’investisseurs étrangers. « La place de leader qu’occupe Israël depuis longtemps en termes de prévention de la cybercriminalité reste incontestable », indique le rapport. Fin 2018, l’Etat hébreu comptait 450 entreprises de cybersécurité actives, 60 d’entre elles ont été créées l’année précédente. Israël est le n°2 du secteur derrière les Etats-Unis. Il enregistre 20 % des investissements en capital-risque du secteur dans le monde, d’après une analyse des bases de données de PitchBook et Start-Up Nation Central.

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Lors de la conférence Cybertech, Benyamin Netanyahou a également évoqué d’autres menaces de la part de l’Iran, qui « nous a menacé ces dernières 24 heures en affirmant pouvoir nous détruire en visant nos villes avec ses missiles ». La semaine dernière, Israël a mené une frappe contre des cibles iraniennes en Syrie. Israël continue parallèlement de renforcer ses liens avec la Russie. Dans cette perspective, le premier ministre israélien a discuté cette semaine avec deux responsables russes du renforcement de la « coordination militaire » en Syrie pour éviter des « frictions » entre militaires dans ce pays, a indiqué le bureau de Benyamin Netanyahou. Les discussions ont porté notamment « sur l’Iran et la situation en Syrie, ainsi que sur le renforcement du mécanisme de coordination militaire entre les armées (russe et israélienne) en vue d’éviter des frictions », a affirmé le bureau du Premier ministre israélien dans un communiqué, sans donner d’autres précisions. Au cours de cette rencontre, l’émissaire du Kremlin pour la Syrie Alexandre Lavrentiev et le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Verchinine ont « réaffirmé l’engagement de la Russie pour le maintien de la sécurité nationale d’Israël ».

En 2015, Israël et la Russie ont mis en place un mécanisme de « déconfliction » afin d’éviter les accrochages entre leurs armées en Syrie. Auparavant, Benyamin Netanyahou avait réaffirmé au président Poutine lors d’un entretien téléphonique « qu’Israël est déterminé à poursuivre ses efforts pour empêcher l’Iran de s’implanter militairement en Syrie ». La République islamique d’Iran et la Russie sont des alliées du régime syrien de Bachar al-Assad, qu’elles ont aidé à infliger de nombreuses défaites aux rebelles et djihadistes.

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Jeudi, Benyamin Netanyahou et le ministre de l’Énergie, Yuval Steinitz ont inauguré une nouvelle plateforme sur le gisement de gaz naturel Leviathan, saluant une vraie « révolution ». « Il s’agit du plus grand trésor naturel découvert en Israël et l’arrivée de la plate-forme symbolise notre entrée dans la phase finale de son développement », a déclaré Steinitz. Les fondations de la plateforme, d’une taille de 98 mètres, sont arrivées ce week-end sur une péniche en provenance du Texas, où elles ont été construites, ont expliqué la société américaine Noble Energy et son partenaire israélien Delek, les partenaires principaux du consortium Leviathan. S’exprimant près de l’installation, située à 10 kilomètres de la côte israélienne de la Méditerranée, Benyamin Netanyahou a jugé que l’exploitation de Leviathan constituerait un « élément essentiel de la puissance stratégique d’Israël ». Il a indiqué que cette plateforme serait reliée aux infrastructures gazières européennes, tout en fournissant de l’énergie à Israël, pour un montant de plusieurs milliards de shekels, selon un communiqué de son bureau. Le ministre de l’Énergie, Yuval Steinitz, a évoqué les accords en vigueur avec l’Égypte et la Jordanie, qui devraient bénéficier d’un surplus de gaz. « Le gisement de gaz de Leviathan est le plus grand trésor naturel découvert en Israël et l’arrivée de la fondation de la plateforme symbolise notre entrée dans la phase finale de son développement », a-t-il affirmé.

Israël disposait déjà, avec le gisement Tamar exploité dès 2013, de réserves estimées à 238 milliards de m3. Le Leviathan, découvert en 2010 et où la production doit débuter en 2019, renfermerait 539 milliards de m3 de gaz naturel ainsi que 34,1 millions de barils de condensé.

La marine israélienne a simulé cette semaine une attaque sur les plateformes de gaz naturel du pays, y compris un test de tir réel de missiles mer-à-mer pour détruire un « navire ennemi », a annoncé l’armée. L’armée a déclaré que c’était l’exercice militaire le plus complexe réalisé depuis des décennies. Par ailleurs, ce mois-ci, des pays de Méditerranée orientale ont annoncé au Caire leur intention de lancer un forum de coopération régionale sur le gaz, ressource devenue un enjeu économique et stratégique majeur au large de leurs côtes.