Lettre d’information du Jeudi 29 Août 2019

Ces derniers jours, Israël a multiplié les frappes préventives ou de représailles contre les organisations proche-orientales liées à l’Iran au Liban, en Syrie et en Irak. Un raid aérien a visé dans la nuit de dimanche à lundi dans l’est du Liban, près de la frontière syrienne, une base militaire présumée du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP). Il intervient au lendemain des menaces lancées contre l’État hébreu par Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, dans le sillage d’une attaque au drone armé contre l’un de ses fiefs à Beyrouth, attribué par les autorités libanaises à Israël. Le président du Liban, Michel Aoun, a estimé lundi que cette opération constitue une « déclaration de guerre ».

En Irak, c’est la force paramilitaire al-Hachd al-Chaabi, proche de Téhéran, qui a accusé Tsahal d’être à l’origine d’un assaut aérien ayant tué dimanche deux de ses combattants dans l’ouest du pays, toujours près de la frontière avec la Syrie.

L’Irak est pour Téhéran un point de passage obligé dans son déploiement vers la Syrie, où les gardiens de la révolution appuient le régime de Damas dans sa lutte contre une insurrection en déclin. Ce soutien lui a permis d’accéder à la Méditerranée et à la frontière israélienne dans le secteur clé du plateau du Golan. L’axe chiite relayé par le Hezbollah libanais est vécu comme un danger existentiel par Israël. Interrogé jeudi sur le sujet, le premier ministre Benyamin Netanyahou a déclaré qu’il « n’accorde l’immunité à l’Iran nulle part ». « Nous agissons dans de nombreux domaines contre un pays qui veut nous annihiler. Bien sûr que j’ai donné carte blanche aux forces de sécurité », a-t-il affirmé.

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L’aviation israélienne a visé dans la nuit de dimanche à lundi des objectifs du Hamas dans la bande de Gaza en riposte au tir de trois roquettes palestiniennes. Les autorités israéliennes ont annoncé en punition la réduction de l’entrée de carburant pour la principale centrale électrique de la bande de Gaza. Les habitants de l’enclave ne devraient avoir de l’électricité que quatre heures par jour. Ces tensions frontalières s’accentuent alors que des élections législatives déterminantes pour l’avenir de Benyamin Netanyahou vont se dérouler le 17 septembre.

La bande de Gaza est également sous pression pour d’autres rison. Le Hamas qui règne sur l’enclave palestinienne depuis douze ans voit son autorité bafouée par des attaques terroristes. Elles ont visé dans la nuit de mardi à mercredi des policiers de l’organisation islamiste sur des barrages dans le centre de Gaza et en bordure de mer. Trois d’entre eux ont été tués et trois autres blessés. Les attentats sont attribués à deux kamikazes à moto qui se sont fait exploser à environ une heure d’intervalle. La piste de salafistes liés à l’État islamique (EI) est privilégiée. Les assauts ont été revendiqués par le groupe Wilayat Gaza («Province de Gaza») qui n’avait jamais fait parler de lui et serait la branche locale de Daech.

Gaza est sous la férule des services de renseignements du Hamas qui surveillent de près la population. Depuis plusieurs mois un climat délétère règne. L’organisation terroriste craint les infiltrations d’espions israéliens mais aussi les dissidences palestiniennes ainsi que l’exaspération des habitants excédés par les difficultés économiques, la pauvreté et l’absence de perspectives. Des manifestations de rue sévèrement réprimées ont éclaté au printemps dernier.

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Les autorités israéliennes ont accusé le Hamas d’être responsable de ces dernières violences qui fragilisent un accord de trêve négocié par l’ONU et l’Egypte et qui prévoit un allégement du blocus israélien sur Gaza en échange de la fin des opérations militaires depuis l’enclave palestinienne.

Plus précisément, l’armée israélienne accuse le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, de ne pas en faire assez afin de contenir son allié du Jihad Islamique, considéré comme proche de l’Iran, ennemi d’Israël.

Le ministère de l’Intérieur à Gaza n’a pas indiqué dans la nuit de mardi à mercredi si les explosions fatales à au moins deux policiers étaient liées à d’éventuelles tensions entre le Hamas et le Jihad islamique. Par ailleurs, après de nouvelles salves de roquettes depuis Gaza vers Israël ce week-end, les autorités israéliennes ont réduit de moitié les livraisons de carburant pour Gaza, essentielles pour alimenter l’unique centrale électrique de l’enclave palestinienne soumise à un blocus israélien.

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Le plan de paix américain pour un règlement du conflit israélo-palestinien ne sera pas présenté avant les élections législatives, le 17 septembre, en Israël, a annoncé mercredi 28 août un haut responsable de la Maison Blanche. « Nous avons décidé de ne pas présenter le plan de paix (ou des éléments de celui-ci) avant les élections en Israël », a tweeté Jason Greenblatt, conseiller spécial de Donald Trump, après des propos ambigus du président des Etats-Unis sur ce thème lors du récent sommet du G7.

Interrogé à l’occasion d’une rencontre avec le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, sur le calendrier de présentation de ce document, Donald Trump avait semé le doute. « Je pense que vous pourriez voir à quoi ressemble cet accord avant l’élection », avait-il lancé. En juin, les dirigeants palestiniens ont boycotté la présentation à Bahreïn du volet économique du plan de paix américain, qui fait notamment miroiter 50 milliards de dollars d’investissements dans les territoires palestiniens et les pays arabes voisins sur dix ans.

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En France, au lendemain de la fin du sommet du G7, Emmanuel Macron a présidé mardi 27 août la traditionnelle conférence des ambassadeurs, organisée tous les ans à cette période au palais de l’Élysée. Lors de son discours d’ouverture, le chef de l’Etat a particulièrement insisté sur un nécessaire rapprochement entre l’Union européenne et la Russie. « Pousser la Russie loin de l’Europe serait une profonde erreur », a-t-il estimé. « La vocation de la Russie n’est pas d’être un allié minoritaire de la Chine». L’Europe, pense-t-il, est menacée de disparition si elle continue à penser et à agir « comme avant », avec la « prudence » qui la caractérise. Pour retrouver la puissance française, la souveraineté et la civilisation européennes, il faut non seulement s’adapter, mais bouleverser les habitudes et prendre des risques. « Si la France et l’Europe n’ont pas d’audace pour se réinventer, personne ne le fera pour nous. Nous sommes les seuls pour lesquels l’immobilisme est mortel.» « Nous savons que des civilisations disparaissent (…) L’Europe disparaîtra. Et le monde sera structuré autour de deux grands pôles : les Etats-Unis d’Amérique et la Chine, et nous aurons le choix entre des dominations

Le président a répété ce message en fin de discours, invitant les diplomates à bousculer leurs habitudes en multipliant par exemple les contacts avec la société civile.