Lettre d’information du 29 Mars 2019

Le Congrès annuel de l’AIPAC s’est tenu du 24 au 26 mars à Washington réunissant de nombreuses personnalités politiques telles que Mike Pence, Nikki Haley, Nancy Pelosi, David Friedman ou encore Bill de Blasio et Mike Pompeo qui, à cette occasion, ont témoigné de leur engagement et de leur amitié envers Israël. Parmi les sujets évoqués : la lutte contre l’antisémitisme et l’antisionisme, les relations israélo-américaines, l’Iran, la Syrie etc.

Sans mentionner la représentante démocrate au Congrès récemment élue Ilhan Omar, Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis a affirmé que le soutien à Israël reste « indéfectiblement bipartisan », tout en réprimandant implicitement Ilhan Omar pour ses propos controversés le mois dernier, alors qu’elle accusait les militants pro-Israël d’encourager les élus à faire « double allégeance » à Israël. « Dans nos sociétés démocratiques, nous devrions accueillir le débat légitime sur la meilleure façon d’honorer nos valeurs et de promouvoir nos priorités sans remettre en cause la loyauté ou le patriotisme », a déclaré Nancy Pelosi devant un auditoire de 18 000 personnes. Elle a cité une résolution de la Chambre que les dirigeants démocrates ont supervisée il y a plusieurs semaines pour condamner l’antisémitisme et toutes formes de sectarisme. La motion avait été critiquée par les Républicains, qui l’avaient jugée « édulcorée » en ne faisant pas référence directement à Ilhan Omar, et en s’éloignant de l’accent mis sur l’antisémitisme.

Lundi, le vice-président américain Mike Pence a déclaré, face au même auditoire que le parti démocrate avait été « coopté » par les antisémites : « Le soutien à Israël reste inébranlable et bipartisan… indéfectiblement bipartisan », a-t-il dit.

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En duplex depuis Tel Aviv, Benyamin Netanyahou a quant à lui délivré une attaque cinglante contre les « forces » qui veulent séparer Israël des Etats-Unis, et a promis que le peule juif s’élèvera contre ceux qui veulent lui porter du tort. Le Premier ministre n’a pas mentionné la représentante du Minnessota nommément, mais a clairement fait référence à ses propos sur les motivations des lobbies pro-Israël, lorsqu’il a affirmé que « tout ne tournait pas autour des Benjamins ».

Durant son discours, Netanyahou a également rapidement parlé de la situation sécuritaire dans le sud d’Israël, et remercié le président américain Donald Trump pour sa reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan : « Le plateau du Golan est crucial pour notre défense. Il fait partie de notre histoire. Quand vous plantez une pelle dans le sol, ce que vous découvrez, ce sont les ruines d’anciennes synagogues. Des Juifs y vivaient il y a des milliers d’années, et le peuple d’Israël est revenu dans le Golan », a-t-il dit. « Israël a la main, et n’abandonnera jamais, jamais. Cela fait partie d’Israël. »

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Comme chaque année, l’AIPAC est l’occasion de faire des annonces politiques. Ainsi le président américain a signé lundi 25 mars un décret par lequel les États-Unis reconnaissent la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan. « Il a fallu beaucoup de temps pour y arriver », a commenté Donald Trump en signant le décret présidentiel. Le président américain a ensuite remis le stylo à Benyamin Netanyahou en lui recommandant de l’offrir comme cadeau au peuple israélien.

Cette décision intervient en pleine campagne électorale israélienne et tombe à point nommé  pour le leader israélien qui brigue un cinquième mandat à la tête du gouvernement. Trump lui avait déjà offert deux grandes victoires diplomatiques avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État hébreu en 2017 et le transfert de l’ambassade américaine dans la Ville Sainte, en mai 2018. Mais le président américain y voit aussi son propre intérêt et sait que cette annonce satisfera son électorat évangéliste en vue d’une potentielle réélection.

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Autre annonce phare lors du Congrès de l’AIPAC, le transfert de l’ambassade de Roumanie à Jérusalem. La Première ministre du pays qui assure la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne Viorica Dancila, a déclaré : « Je suis ravie de vous annoncer […], qu’en tant que Première ministre de Roumanie, avec mon gouvernement, nous allons transférer l’ambassade de Roumanie à Jérusalem, capitale d’Israël ». Elle a également annoncé une série de lois visant à dédommager les juifs roumains. La déclaration a mis le feu aux poudres en Roumanie. Sans tarder, le président libéral, Klaus Iohannis, qui brigue un second mandat à la présidentielle de décembre, a dénoncé une ingérence dans ses attributions. Ancien ministre des Affaires étrangères, Cristian Diaconescu rappelle que « la Constitution est claire à ce sujet : seul le président peut prendre une telle décision ». Les détracteurs de Dancila fustigent une vision irréaliste de la politique internationale, en désaccord avec les décisions des partenaires européens, qui mettrait l’UE dans l’embarras. Mais devant une Union hésitante, c’est la ligne de Trump que Dancila a choisi de suivre, qualifiant même le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem d’« acte admirable et courageux » qui lui a servi de modèle. Avec la République tchèque, la Roumanie est le second pays européen à annoncer le transfert.

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Au Moyen-Orient, la semaine a été marquée par des manifestations à Gaza contre les privilèges et la terreur du Hamas se tenaient côté palestinien. Le bilan économique et social est catastrophique : un taux de chômage de plus de 50 %, des coupures d’électricité plus de douze heures par jour, une eau à peine potable, un déluge d’impôts pour financer les dépenses des brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas. Une nomenklatura islamiste règne sur Gaza, avec un système de passe-droits, de népotisme, de corruption, le tout couvert par une chape de plomb médiatique. Le Hamas s’efforce par tous les moyens de canaliser la désespérance vers « l’occupant » israélien qui s’est pourtant retiré du territoire en 2005 en organisant, chaque vendredi depuis un an, une « marche du retour » à la frontière, afin de s’exonérer de toute responsabilité dans la détresse générale. Pour en célébrer le premier anniversaire, la propagande appelle à « la marche du million ». Cette tactique, couplée à la répression pour les plus contestataires, a longtemps fonctionné. Par ailleurs, le Hamas a d’abord encouragé les manifestations de la société civile contre la vie chère, pensant qu’elles seraient dirigées contre Israël et les frères ennemis du Fatah, le parti de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. Mais ce ne fut guère le cas et la riposte a été violente. Des dizaines de journalistes, des membres d’ONG, des contestataires de toutes sortes sont arrêtés. Quelques rares vidéos des manifestations, filmées en cachette, à l’image tremblotante, sont diffusées grâce aux réseaux sociaux. La police et les agents des services se sont comportés avec une telle brutalité que le Hamas s’est fendu exceptionnellement d’excuses publiques : « Désolé pour les dommages physiques et moraux subis par tous ceux qui appartiennent à notre peuple. » Un mea-culpa qui n’a évidemment pas convaincu.

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La situation est toujours instable autour de la bande de Gaza. Après un nouvel épisode violent de confrontation en début de semaine entre les groupes armés palestiniens et l’armée israélienne, un calme relatif est revenu. Mais les deux parties maintiennent la pression. Le Premier ministre israélien a, une nouvelle fois, prévenu de la possibilité d’une opération militaire de grande ampleur. « Tout Israélien doit savoir que si une vaste opération s’avère nécessaire, nous l’engagerons, avec force, après avoir épuisé toutes les autres possibilités », a dit Benyamin Netanyahou, qui s’est rendu jeudi à la lisière de la bande de Gaza et a rencontré de hauts gradés de Tsahal. »

La sécurité est le thème majeur de la campagne électorale du Premier ministre. Inquiété par des accusations de corruption qu’il rejette catégoriquement, il est confronté à un scrutin dont l’issue risque d’être serrée, étant donné la montée en puissance d’une coalition centriste, baptisée Bleu et Blanc et dirigée par l’ancien général Benny Gantz.

Les forces israéliennes ont mené des raids aériens et acheminé des renforts de troupes et de blindés près de la limite de la bande de Gaza, à la suite de tirs de roquettes qui ont blessé lundi sept habitants d’un village israélien au nord de Tel Aviv.