Lettre d’information du 23 Novembre 2018

La situation politique en Israël s’est relativement stabilisée en début de semaine. Pour rappel, la décision d’un cessez-le-feu le 13 novembre avec le Hamas dans la bande de Gaza avait été contestée par plusieurs membres du gouvernement israélien et du Likoud, et avait provoqué la démission du ministre de la défense, Avigdor Lieberman. Fragilisé par ce départ, Benyamin Netanyahou est parvenu après quelques jours d’incertitude et de tractations à sauver son gouvernement avec une majorité minimale. Se présentant en « combattant pour Israël », il a annoncé qu’il reprenait le ministère de la Défense: « Quand Israël traverse la situation sécuritaire la plus complexe de son histoire, on ne fait pas chuter le gouvernement. C’est irresponsable ! ». Lundi, Naftali Bennett, qui avait réclamé ce portefeuille, faisait finalement machine arrière, sans pour autant abandonner tout à fait son réquisitoire : « Israël traverse une crise de confiance sécuritaire. Le problème n’est pas chez nos ennemis », a affirmé le leader du Bayit Hayehudi, qui a pourtant renoncé à démissionner. « Nous retirons toutes nos exigences politiques et nous nous rangeons aux côtés du Premier ministre », précisant toutefois qu’il le jugerait sur ses actes.

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La situation sécuritaire d’Israël a été évoquée lors d’une réunion du Conseil de sécurité lundi, au cours de laquelle Nikki Haley a réprimandé l’envoyé spécial des Nations unies au Moyen-Orient après qu’il a appelé Israël et les Palestiniens à faire preuve de retenue suite à la flambée de violences à la frontière de Gaza la semaine dernière. Elle l’a ainsi accusé d’être « à côté de la plaque ». L’ambassadrice américaine a également fustigé les pays-membres qui, a-t-elle estimé, se sont focalisés de manière disproportionnée contre Israël, alors que des acteurs malveillants comme le régime iranien ne reçoivent pas autant d’attention.

Lundi, le Hamas a affirmé que c’était Israël qui avait « supplié » pour qu’un cessez-le-feu soit décrété la semaine dernière dans la bande de Gaza, faisant ainsi écho aux propos du Premier ministre israélien qui avait assuré que « nos ennemis (nous) ont supplié ». Lors d’une cérémonie à Sde Boker à la mémoire de l’ancien Premier ministre David Ben Gurion, Benyamin Netanyahou avait affirmé que tout comme le Premier ministre à l’époque, il devait prendre des décisions difficiles fondées sur des connaissances inconnues du public. Il avait défendu le cessez-le-feu conclu avec le Hamas et des groupes armés palestiniens basés à Gaza, assurant aux citoyens israéliens que « nos ennemis ont supplié pour un cessez-le-feu ». Israël « sait qu’il peut déclencher une guerre, mais qu’il est impossible d’y mettre un terme. C’est pourquoi Israël a demandé un cessez-le-feu par l’intermédiaire de médiateurs », a répondu aux propos du Premier ministre, Husam Badran, membre du bureau politique du Hamas, selon Arabi 21 news. Il a ajouté que le Hamas ne sera pas amené à « payer un prix politique » en échange de tout accord avec Israël concernant une trêve à long terme, assurant que de tels accords n’impliqueront aucune restriction à la « résistance » palestinienne.

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Dans ce contexte préoccupant, Donald Trump a décidé de reporter la publication du plan de son gouvernement visant à promouvoir une solution au conflit israélo-palestinien d’ici février 2019. Selon le journal palestinien Al-Quds, la décision de Trump « vise à soulager » le Premier ministre israélien. Des sources, citées par le journal, ont indiqué que Benyamin Netanyahou préférait que le plan ne soit pas publié du tout, en raison de la situation actuelle au Moyen-Orient. Le Président américain avait indiqué fin septembre que le plan pourrait être présenté dans « deux, trois ou quatre mois ». Il avait aussi pour la première fois exprimé, sans s’engager, une préférence pour la solution à deux Etats, c’est-à-dire la création d’un Etat palestinien qui coexisterait en paix avec Israël. Mercredi, la ministre de la Justice Ayelet Shaked s’est montrée sceptique quant au plan américain considérant qu’il s’agissait d’une « perte de temps ».

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La bande de Gaza n’est pas la seule zone d’instabilité. A la frontière libanaise, où est installé le Hezbollah, le groupe islamiste chiite, reconnu comme organisation terroriste par les Etats-Unis et l’Europe exerce son emprise sur le Liban où il a gagné les dernières élections et préoccupe vivement Israël. Le Hezbollah semble plus fort que jamais : il détient 120.000 roquettes, dont 50 000 cachées dans la zone contrôlée par la FINUL. Certaines roquettes sont équipées de système de guidage leur permettant de frapper n’importe où en Israël. Le Hezbollah, financé par l’Iran, ne reconnaît pas le droit d’Israël à l’existence.

L’Iran utilise le Hezbollah pour renforcer sa présence et créer un axe chiite jusqu’à la Méditerranée. Sept mille de ses soldats ont pris position en Syrie pendant la guerre. Ils sont appuyés par les Gardiens de la révolution équipés de missiles puissants et de drones armés. En mai, pour la première fois, les Iraniens ont tiré une trentaine d’ogives sur le plateau du Golan, le territoire syrien occupé par Israël depuis la Guerre des Six Jours en 1967. Le Dôme de fer, le système de défense antiaérienne de Tsahal, en a intercepté un certain nombre.

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Dans son dernier rapport sur l’application de la résolution 1701, Antonio Guterres tire la sonnette d’alarme sur les « graves préoccupations » qui mettent en péril la stabilité du Liban et de la région. « Le fait que le Hezbollah et d’autres groupes armés non officiels détiennent, comme ils l’affirment eux-mêmes de façon récurrente, des armes non autorisées échappant au contrôle de l’État en violation de la résolution 1701 est extrêmement inquiétant et présente une grave menace pour la stabilité du Liban et de la région. »

Ce rapport qui fournit une évaluation complète de la mise en œuvre de ladite résolution couvrant la période du 21 juin au 26 octobre 2018, y compris les dispositions spécifiques des résolutions 2373 (2017) et 2433 (2018), a fait hier l’objet de consultations du Conseil de sécurité de l’ONU. Antonio Guterres constate qu’en dépit du « grave incident » survenu le 4 août, la situation dans la zone d’opérations de la Finul le long de la ligne bleue est restée « dans l’ensemble calme ». L’armée libanaise a continué de renforcer la sécurité le long de la frontière avec la Syrie dans le cadre de l’extension du contrôle du gouvernement libanais sur l’ensemble du territoire libanais. Néanmoins, et bien que les deux parties se soient de nouveau engagées à mettre en œuvre la résolution 1701, elles n’ont pas encore appliqué certaines obligations qui y sont prévues.

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